Centrale nucléaire de Temelin : le torchon brûle entre Vienne et Prague

Temelin

Les Autrichiens en veulent toujours aux Tchèques d'avoir homologué, début novembre, la centrale nucléaire de Temelin, située en Bohême du Sud à quelques kilomètres de la frontière entre les deux pays. Jeudi, le Parlement autrichien a même adopté une résolution invitant son gouvernement à porter plainte contre la République tchèque si celle-ci ne présentait pas « sans délai » de preuves du renforcement de la sécurité de la plus importante usine tchèque de production d'électricité.

Après le blocage de différents passages frontière par des activistes autrichiens, ce sont cette fois les députés à Vienne qui s'en prennent à Prague. Les parlementaires autrichiens reprochent aux Tchèques d'avoir violé les accords de Melk passés entre les gouvernements des deux pays en décembre 2000, soit peu de temps après la mise en service de la deuxième centrale nucléaire dont dispose la République tchèque. Selon l'interprétation autrichienne de ces accords, les deux parties s'étaient entendues pour que l'homologation de l'usine ne puisse se faire qu'après que plusieurs points relatifs à la sécurité et à la sûreté aient été clarifiés. Or, les autorités autrichiennes affirment que leurs collègues tchèques ne les ont pas consultées avant l'homologation.

Une vision des choses qui a entraîné des réactions de colère de l'autre côté de la frontière. Le président de la République, Vaclav Klaus, a qualifié la démarche autrichienne de « scandaleuse », précisant qu'il n'imaginait même pas que le Parlement tchèque puisse mener une démarche similaire à l'égard d'un pays voisin. Quant au ministre des Affaires étrangères, Alexandr Vondra, il a menacé d'interrompre le dialogue de sécurité si Vienne déposait sa plainte, probablement auprès de la Cour internationale de justice à La Haye. « Les accords de Melk stipulent une collaboration sans précédent en matière de sécurité. Et nous donnons le maximum d'informations », s'est justifié le chef de la diplomatie. Présidente de l'Office national de la sécurité nucléaire, Dana Drabova a fait part, elle aussi, de son mécontentement :

« Prague a présenté tout ce qu'il était possible et raisonnable de présenter d'un point de vue technique en matière de sûreté. Des mesures supplémentaires n'auraient donc guère de sens. Mais au sujet du renforcement et de l'amélioration des paramètres de sécurité, il faut bien préciser que c'est un processus qui accompagne et accompagnera toujours le développement de la centrale nucléaire, mais ce non pas parce qu'un Parlement adopte une résolution, mais parce que c'est une condition fondamentale pour que la centrale puisse fonctionner comme elle se doit. »

Bien qu'irrités, les responsables tchèques ne s'inquiètent toutefois guère. D'une part parce que les accords de Melk ne relèvent du droit de l'Union européenne, et d'autre part parce qu'ils sont convaincus de leur bon droit. Et les Autrichiens ont beau s'inquiéter des défaillances, il est vrai fréquentes de Temelin, et être opposés à son exploitation depuis le lancement des travaux de construction de l'usine en 1990, il n'en demeure pas moins, comme le note le ministre tchèque de l'Industrie et du Commerce, Martin Riman, que le Parlement autrichien n'avait jamais adopté, jusqu'à ce jeudi, une telle résolution pour aucune des vingt-trois autres centrales nucléaires en activité dans les autres pays voisins de l'Autriche.