Collectivisation forcée de la campagne tchécoslovaque dans les années 1950

La collectivisation forcée de la campagne dans les années 1950 - 1953 et les aspects juridiques de cet acte, qui a changé la vie de milliers de familles en Tchécoslovaquie était, ce mardi, le thème d'une audience publique au Sénat tchèque. Retour, avec des historiens présents, sur ce chapitre demeurant toujours ouvert de l'histoire tchèque.

L'action dite « K », d'après le mot russe « Koulak » qui désignait les paysans riches, fut lancée en Tchécoslovaquie au début de l'année 1950. Après la nationalisation de l'industrie, c'est au tour de la campagne avec la suppression de la propriété agricole privée et la création d'exploitations agricoles collectives. La collectivisation entraîne l'élimination de la paysannerie dans le pays. Des familles entières, condamnées à la confiscation de leurs biens, sont contraintes de quitter leurs champs et fermes édifiées depuis des siècles et transmises de génération en génération. Elles doivent déménager contre leur gré, loin de leurs domiciles. Beaucoup de paysans sont emprisonnés et envoyés aux camps de travaux forcés où certains d'entre eux trouvent la mort.

La campagne pour la collectivisation à l'URSS, 1930e
La plus connue est la tragédie dite de Babice - nom d'une commune en Moravie du sud. Cette région de forte tradition catholique s'opposait à la collectivisation. Le régime procède aux provocations et à la criminalisation. L'assassinat de trois fonctionnaires communistes, probablement mis en scène par la StB, sert de prétexte pour déclencher une vague de représailles. Un procès contre 14 opposants a lieu. Sept peines capitales sont prononcées et une dizaine de personnes condamnées à perpétuité. Semer la peur et intimider, voilà le modèle emprunté à l'URSS où la collectivisation avait entraîné, au début des années 1930, une famine faisant 10 millions de morts en Ukraine.

En Tchécoslovaquie, la collectivisation n'a pas eu pour conséquences une famine, mais pour la civilisation évoluée que le pays était jusqu'à 1948, c'était très dramatique, comme nous le rappelle Pavel Bret, de l'Office de documentation et d'investigation sur les crimes du communisme :

« Jusqu'à 1948, il était garanti par la Constitution que la propriété privée de terres serait maintenue. Ceci a changé tout d'un coup, quand les paysans riches, surtout les propriétaires de terres, étaient qualifiés de koulaks. C'était le début de leur liquidation judiciaire, administrative, existentielle. L'action « Koulak » lancée sur ordre du président Klement Gottwald a touché plus de 2000 familles. Des commissions composées de fonctionnaires des comités nationaux et d'agents du corps de sécurité nationale étaient constituées dans chaque région. Leur tâche était de faire pression sur les propriétaires de terre d'une superficie de 20 hectares, plus tard il a suffi de 15 hectares, pour qu'ils les transfèrent aux coopératives. En cas de refus, les paysans étaient jugés et condamnés à plusieurs années de prison, à la confiscation de tous leurs biens et à l'interdiction de séjour dans la région, pour beaucoup d'entre eux jusqu'à la fin de la vie. »

L'historien Michael Stehlik n'hésite pas à employer le terme « expulsion » en parlant de la collectivisation de la campagne tchécoslovaque dans les années 1950. L'intervention du régime contre le groupe des paysans a été aussi dure que celle contre ses adversaires politiques et les Eglises. De plus, elle a marqué l'élimination de toute une couche sociale et a complètement changé la structure de l'économie du pays. Les conséquences étaient fatidiques :

« Le chiffre final est énorme : la collectivisation a touché, sous une forme ou une autre, près de 300 000 personnes. Le transfert même a concerné 1 100 familles. Tout le processus était extrêmement douloureux, des peines de mort ont été prononcées, des crimes commis... »

Relancer un débat sur ces injustices était le but de l'audience publique ce mardi au Sénat tchèque. Car après 1989, l'attention s'est focalisée sur l'atténuation des conséquences matérielles de la collectivisation forcée, sous forme de restitution des biens confisqués. Maintenant, il faut l'attirer sur l'aspect moral et juridique de l'affaire. A ce jour, personne n'a été rendu responsable des crimes commis.