Comment se soignait-on au Moyen Age ? Des taches dans des livres pourraient y répondre
Des scientifiques de l’Université d’Olomouc et de l’Université Charles à Prague ont décidé d’analyser les taches disséminées sur les feuilles de plusieurs codex médiévaux afin d’en savoir plus sur la façon dont les gens se soignaient à l’époque.
Un ensemble manuscrit de traités médicaux de Jan de Hvožďany datant de 1474, un incunable rassemblant deux traités médicaux de la fin du XVe siècle et des traités médicaux provenant des collections du Musée municipal de Vodňany : les auteurs ou surtout, les personnes qui les ont manipulés y ont-ils laissé par mégarde une tache de nourriture ou bien, comme l’espèrent les scientifiques, des traces de mélanges médicinaux dont ils auraient trouvé la recette dans ces mêmes livres ?
C’est à cette question que doit tenter de répondre l’étude chimique de ces taches lancée par les universités d’Olomouc et de Prague. Des échantillons infinitésimaux de ces taches ont été prélevés et leur manipulation est hautement sensible, comme le signale Lukáš Kučera, du département de chimie analytique :
« En ce qui concerne l’échantillon, il s’agit simplement d’une poudre, dont la taille peut s’apparenter à celle d’un grain de blé. Nous travaillons donc avec une quantité vraiment minuscule, et c’est pourquoi il est extrêmement important de réfléchir soigneusement à l’avance à la manière dont nous allons procéder à son analyse – nous n’avons pas droit à l’erreur. »
Comme le souligne un autre scientifique de l’équipe, Jakub Slačálek, les chimistes ne disposent que d’une seule tentative à la fois.
« Nous devons commencer par des techniques non invasives, des techniques qui ne vont pas détruire l’échantillon, ce comme la spectroscopie Raman ou l’infrarouge. Ensuite, nous pouvons passer à des méthodes plus destructives, où nous pouvons dissoudre l’échantillon. »
L’objectif est de déterminer si les taches sont le résultat d’une préparation de médicaments d’époque. Lukáš Kučera :
« Nous pouvons déterminer si l’apothicaire mangeait un encas au-dessus du livre ou s’il était en train de préparer une potion, un onguent ou un médicament. Le problème, c’est que s’il mangeait du pain avec du saindoux et que nous découvrons des traces de saindoux, nous ne saurons pas s’il a été servi à la préparation du médicament ou s’il l’a simplement fait tomber de son casse-croûte. »
Ce scientifique tchèque n’en est pas à sa première étude de ce genre : depuis plusieurs années, ses recherches ont permis de déterminer la première utilisation du millet comme matière première dans la production de bière en Europe centrale – une boisson prisée dans cette région depuis des temps très anciens – ou la production de produits laitiers à l’époque de l’Age du cuivre – période préhistorique qui correspond notamment à celle où vécut Ötzi, dont on a retrouvé la momie naturelle dans les Alpes italiennes en 1991.
Ces recherches conjointes devraient s’achever dans trois ou quatre mois, levant potentiellement le voile sur certaines pratiques médicales du Moyen Age pour l’heure inconnues ou méconnues.






