Coronavirus : « des conséquences désastreuses pour nos affaires et pour beaucoup d'autres »

Photo: EasyBNB

L’entrepreneur français Faiçal Orakzai est le co-fondateur d'EasyBnB. Basée à Prague et très liée au tourisme étranger en République tchèque, cette jeune société est évidemment frappée de plein fouet par la crise du coronavirus et les mesures prises pour limiter la pandémie :

Photo: EasyBNB
« EasyBNB est spécialisée dans la location court-terme. On travaille avec les propriétaires de logements pour les aider à les mettre sur les plateformes de location court-terme comme AirBnB ou Booking.com ; on s’occupe de tout pour les propriétaires – la communication avec les touristes, l’accueil, le ménage et la maintenance des appartements, etc. »

Votre activité est-elle gravement menacée aujourd’hui ? On se doute que oui…

« Complètement. Les frontières sont fermées, aucun touriste ne peut rentrer dans le pays. Donc nous sommes directement impactées par les mesures prises. Du coup, nous n’avons quasiment aucun chiffre d’affaires pour le mois de mars et le mois d’avril s’annonce très inquiétant également. »

Comment faites-vous face, comment ça se passe avec vos employés ?

« C’est assez difficile, dans le sens où pour le moment il y a très peu d’activité en ce moment. Nous avons une vingtaine d’employés au siège social et plus d’une cinquantaine de collaborateurs avec lesquels on travaille pour la maintenance et du nettoyage. Pour le moment, 90 à 95% du personnel est à l’arrêt. »

« On essaie quand même de préparer le futur. On essaie aussi de trouver des solutions pour nos clients pour qu’ils essaient de tirer certains revenus de leur propriété. »

Comment ?

« On essaie de trouver des locataires pour du moyen-terme (de un à six mois). On essaie de réfléchir à une forme d’aide à la communauté. On met directement en contact avec les propriétaires pour savoir s’ils peuvent aider à loger des membres du personnel médical en cette période difficile. Ce n’est pas nous qui décidons bien évidemment, mais on a des retours positifs et on va essayer de mettre ces solutions en place. »

« A part ça, on est beaucoup dans l’attente évidemment, on attend de savoir ce que va décider le gouvernement tchèque. On espère qu’une solution sera trouvée très rapidement. »

Le gouvernement tchèque prend des mesures qui concernent aussi les PME, avec notamment le ‘kurzarbeit ‘ et les prêts à taux zéro. Votre société est-elle intéressée ?

Photo illustrative: manbob86, Pixabay / CC0
« On est intéressé, parce que toute aide est bienvenue. La situation est difficile. Mais il y a les annonces et la réalité. Demander un prêt à taux zéro est difficile pour nous – notre société n’était pas endettée, notre activité était florissante avec de bonnes perspectives de croissance en Tchéquie et ailleurs. Du jour au lendemain, on nous demande de fermer notre business, ce que l’on fait à cause de la situation sanitaire, mais la solution qu’on nous offre est de peut-être nous prêter de l’argent. Nous avons fait la demande pour un prêt à taux zéro la semaine dernière et on n’a pas encore reçu de réponse. On va devoir s’endetter, si le prêt est accepté, pour pouvoir continuer notre activité… »

Conséquences sur le marché de l'immobilier à Prague

On a vu dès cette semaine les conséquences concrètes sur le marché de l’immobilier à Prague avec le retour d’appartements à louer dans le centre-ville. Pour beaucoup il s’agit là d’une conséquence heureuse de cette crise. Vous avez dû cette année faire face aux critiques du système AirBnB et maintenant la crise du coronavirus…

« Pour le début de l’année 2020 ça fait beaucoup effectivement. Sans vouloir rentrer dans la polémique et dans les chiffres, il n’y a aucun lien de cause à effet entre AirBnB et l’augmentation des loyers. On sait qu’en Tchéquie l’obtention des permis de construire est très longue et compliquée… »

On a déjà évoqué sur notre antenne ces difficultés administratives pour la construction de nouveaux logements – là, pour l’instant le fait est que le nombre d’appartements du centre-ville proposés en location est en hausse avec des loyers en baisse.

Photo illustrative: Štěpánka Budková
« C’est un fait et évidemment pour les locataires c’est une très bonne nouvelle ! Les propriétaires doivent mettre leur logement sur le marché pour espérer en tirer un certain revenu. Pour nous, effectivement, c’est une période assez difficile. La conséquence est évidemment désastreuse pour nous, mais aussi pour des millions de personnes dans le monde. »

« Le fait qu’il y ait des appartements moins cher à louer est une très bonne nouvelle mais ce qui me fait peur c’est que de nombreuses entreprises comme la nôtre - que ce soit des restaurants, des bars, des sociétés de logistique, etc. - ne ne seront plus en mesure de payer les salariés si une solution n’est pas trouvée rapidement. Donc c’est très bien d’avoir des appartements disponibles, mais si les gens ne peuvent pas payer leur loyer, cela va créer une situation difficile pour tout le monde, pour les propriétaires, les locataires, les chefs d’entreprises, les employés, bref pour une bonne partie de la société. »

Cette crise va-t-elle changer le marché immobilier à Prague de manière durable selon vous ?

« Bonne question. Je ne pense pas. L’offre augmente mais la demande est très faible à l’heure actuelle. C’est assez difficile de trouver des locataires. Sur le long terme il va y avoir une chute des prix, mais relative. A mon avis elle concernera surtout les prix de vente de logements, mis sur le marché par des gens qui seront en difficulté à cause de la crise économique engendrée par la crise sanitaire. »

« Concernant les loyers, il y a entre 2000 et 3000 appartements à Prague disponibles 365 jours par an sur AirBnB et la demande est beaucoup plus forte. Donc même si ces appartements reviennent sur le marché, il y aura toujours un manque de logements locatifs à Prague, comme c’est le cas depuis plusieurs années. Donc une évolution sensible à court-terme oui, mais pas sur le long-terme selon moi. »