Le 2e Prix littéraire des ambassades francophones de Prague décerné à un thriller gothique

L’ambassadrice du Canada Emily McLaughlin et Petra Klabouchová

Roman noir traduit par Barbora Faure et publié aux éditions Agullo, « Près du mur nord » (« U severní zdi », en tchèque) de Petra Klabouchová est le titre du livre tchèque qui a remporté le Prix littéraire 2026 des ambassades francophones de Prague.

Organisé en partenariat avec le Centre littéraire tchèque (CzechLit) et l’Alliance française de Brno, ce prix récompense l’auteur et le traducteur d’un ouvrage tchèque traduit et publié en français au cours de l’année précédente.

Dans le cadre du Mois de la francophonie, sa remise s’est récemment tenue à l’ambassade du Canada, et sa principale locataire, Emily McLaughlin, présidente du groupe des ambassadrices et ambassadeurs francophones de Prague, s’est chargée de récompenser ses nouvelles lauréates.

« C’est un livre inspiré de faits historiques réels. ‘Près du mur nord’ est l’endroit où se trouvent les fosses communes du cimetière de Ďáblice. C’est une partie du cimetière dont l’accès était interdit. On n’y déversait que les déchets du cimetière et, sous le régime communiste, on y jetait dans des fosses communes - car ‘enterrer’ n’est certainement pas le mot juste - les victimes torturées, exécutées, y compris les femmes qui étaient emprisonnées à la prison de Pankrác et leurs enfants souvent nouveau-nés, qui, d’après les pierres tombales, ne vivaient généralement qu’un ou deux jours, et dont le régime se servait soit pour faire chanter ces femmes pour qu’elles signent ce dont il avait besoin, soit les laissait mourir de leur propre chef, sans le moindre soin. »

Petra Klabouchová | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.

Originaire de la Šumava, massif de moyennes montagnes du sud de la Bohême à cheval entre l’actuelle République tchèque, l’Allemagne et l’Autriche, Petra Klabouchová, ravie d’entendre un extrait de la traduction de son livre en français lors de la cérémonie, a grandi dans une région où les frontières, en raison du voisinage avec l’Europe de l’Ouest, faisaient l’objet de la plus grande surveillance dans l’ancienne Tchécoslovaquie. Et comme l’écrivaine l’explique elle-même, ce sont davantage les « petites histoires », souvent « épouvantables », de la grande histoire, plutôt que des contes de fées, qu’enfant elle a entendu raconter.

Tombeaux d'honneur au cimetière de Ďáblice | Photo: Petr Lukeš,  Radio Prague Int.

De ses origines à proximité de ce no man’s land et de ce rideau de fer que seuls quelques âmes téméraires ont réussi à franchir au péril de leur vie, Petra Klabouchová puise aujourd’hui une grande partie de son inspiration. Et ce, même si c’est donc un cimetière de Prague, ville où elle vit désormais, qui sert de cadre à son premier roman traduit en français, comme l’explique Sára Vybíralová, responsable de la promotion de la littérature tchèque dans l’espace francophone à CzechLit :

« C’est un roman tiré de faits réels, à la fois un roman historique et un polar. C’est donc un mélange intéressant avec d’un côté, une écriture relativement accessible et captivante, et de l’autre, une histoire extrêmement sombre et vraie. Et c’est aussi, comme l’auteure elle-même l’a souligné à plusieurs pendant cette soirée, une histoire qui était censée être oubliée. »

« L’histoire touche à une zone du cimetière de Ďáblice (Ďáblický hřbitov - dans sa partie nord se trouve aujourd’hui une sorte de champ funéraire créé dans les années 1990 et dédié aux victimes de l’ancien régime communiste exécutées et torturées dans les années 1950) au nord de Prague qui est longtemps restée interdite d’accès, car c’est à cet endroit que, entre autres, les enfants des femmes qui étaient prisonnières politiques étaient enterrés dans des fosses communes. Et c’est bien évidemment une chose que le régime voulait cacher. »

Ambassadeur de France à Prague, Stéphane Crouzat, qui suit des cours hebdomadaires de tchèque - une langue dont il affirme « comprendre toujours un peu plus » - a lui aussi beaucoup apprécié ce roman. Un ouvrage qui lui a permis de découvrir tout à la fois une auteure tchèque contemporaine et une page de l’histoire d’un pays où la littérature a toujours occupé une place prépondérante et où il exerce ses fonctions de diplomate :

L’ambassadeur Stéphane Crouzat | Photo: Ambassade de France en République tchèque

« J’ai lu ce livre comme j’ai d’ailleurs lu également les quatre autres (finalistes). Mon choix était donc raisonné et incontestablement, c’est celui de Petra Klabouchová que j’ai préféré. D’abord parce qu’il raconte de manière très prenante et très angoissante - il faut bien le dire - l’histoire vraie de personnes qui ont souffert sous le joug communiste dans les années 1950. Ce sont des histoires absolument invraisemblables et extrêmement douloureuses de trahison, d’espoirs totalement déçus, de tentatives de quitter le pays. Tout cela avec une idée dramatique très astucieuse de manière à pouvoir réunir toutes ces histoires qui sont tirées de témoignages réels. C’est aussi un livre très bien traduit que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Je suis donc très heureux qu’il ait remporté le prix. »

Un prix dont les principaux critères de sélection sont « la qualité littéraire, la pertinence du sujet et sa résonance universelle » selon ses organisateurs, et dont Stéphane Crouzat, pour qui Milan Kundera et Václav Havel sont les auteurs tchèques préférés, justifie le bien-fondé :

« Ce prix est pour nous d’abord une merveilleuse façon de nous intéresser à la littérature tchèque, de lire les ouvrages qui nous sont proposés par CzechLit, et puis de montrer aux Tchèques l’intérêt qu’il y a à publier dans une autre langue, et cette langue, c’est le français. C’est aussi une manière de réunir les ambassadeurs de la francophonie autour d’un projet commun et d’encourager les échanges intellectuels entre ces pays de la francophonie et la République tchèque. »

Il s’agissait de la deuxième édition du Prix littéraire des ambassades francophones de Prague, et « Près du mur nord » a succédé au palmarès à la bande dessinée « La Grande aventure de Pepík » de Pavel Čech, traduit en français par Jean-Gaspard Páleníček.

Les quatre autres finalistes de l’édition 2026 :

Martin Harníček - Albin (roman, éd. Monts Métallifères, traduit par Benoît Meunier)

Štěpánka Jislová - Coups de cœur (bande dessinée, éd. Dargaud, traduit par Benoît Meunier)

Lucie Lučanská - Sous la tente (jeunesse, éd. MeMo)

Petra Soukupová - Qui a tué mon chien (jeunesse, éd. La Joie de lire, traduit par Aude Pasquier)

Le 2e Prix littéraire des ambassades francophones de Prague | Photo: Ambassade de France en République tchèque
mots clefs:
lancer la lecture