Dans l'ombre de Moscou (1948-1989)

Prague, février 1948
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L'immédiat après-guerre, nous l'avons vu, avait constitué une période de doute sur l'orientation politique et diplomatique de la Tchécoslovaquie. Profitant d'un état de grâce en Europe centrale et d'une mainmise sur la vie politique tchécoslovaque, Moscou imposa officiellement en 1948 à Prague un mariage forcé. Comment sont dès lors construites les relations entre l'URSS et la Tchécoslovaquie ?

Prague, février 1948
La Tchécoslovaquie d'après 1948 n'est plus que l'ombre d'elle-même. Voire celle de Moscou. Les communistes triomphants, sous la houlette de Klement Gottwald, entament la stalinisation du pays, collectivisant l'agriculture, les industries n'ayant pas encore été nationalisées sous l'ancien président Benes, et instaurant un régime policer à l'image de celui de Moscou.

Cette relation de vassalité imposée à la Tchécoslovaquie, en partie par elle-même, est toutefois ébranlée par l'arrivée au pouvoir à Prague d'Alexandre Dubcek.

Loin de vouloir renoncer au socialisme, Dubcek tente de donner à la Tchécoslovaquie une bouffée d'air en levant partiellement la censure, et en freinant le processus de collectivisation. Sous son impulsion, la société profite de cette pause, les médias libres se développent, les arts s'écartent de la ligne officielle du Parti, critiquant de plus en plus vivement le communisme pragois et son protecteur moscovite.

Cette nouvelle politique, inédite en Tchécoslovaquie, inquiète Moscou qui ne voit pas d'un bon oeil ces signes de déviationnisme tchécoslovaque. Après des négociations infructueuses avec Dubcek, Brejnev décide d'employer la force. Le 21 août 1968, l 'Armée Rouge appuyée par les troupes du Pacte de Varsovie entre sur le territoire tchécoslovaque. Pour un grand nombre de Tchécoslovaques, y compris des citoyens qui jusque là croyait encore au communisme, le désenchantement est total. Le communisme ne remplit plus ses fonctions, et Moscou n'est plus le génial grand frère du peuple tchécoslovaque, mais un agresseur.

La rupture des Tchécoslovaques à l'égard de l'URSS, de politique, tend à devenir de plus en plus émotionnelle. Les chars soviétiques sont accueillis par une foule brandissant des drapeaux tchécoslovaques et scandant « Ivane, jdi domu ! » (Ivan - nom russe- rentre chez toi !). Le 16 janvier 1969, l'étudiant Jan Palach s'immole par le feu en signe de protestation contre l'invasion de son pays par l'Armée Rouge, et sera imité quelque temps après par un autre étudiant, Jan Zajic. Pour beaucoup de Tchécoslovaques, la répression du printemps de Prague constituera un choc durable et l'URSS aura montré à cette occasion son vrai visage, celui d'une mère tyrannique.

Sous la pression des Soviétiques, intervenant directement dans les affaires intérieures tchécoslovaques, Dubcek est remplacé par Gustav Husak, qui rétablit l'ordre et la pax sovietica. Débute alors la période dite de la normalisation, marquée par la paralysie totale du régime communiste tchécoslovaque, n'osant plus bouger. Les historiens Cornej et Pokorny parleront d' « une nation et d'une société enterrées vivantes ». Les mouvements de résistance comme la Charte 77 conduite, entre autres, par Vaclav Havel, se bornent très vite à la répression systématique du régime tchécoslovaque, fortement influencé par Moscou.

Les années 1980 sont marquées par un changement politique important à Moscou. Succédant à Andropov et Tchernenko, le jeune Mikhaïl Gorbatchev souhaite infléchir la marche forcée du communisme pour le faire partir sur de meilleures bases. En effet, l'URSS est à bout de souffle, épuisée par une course à l'armement tournant à l'avantage des Etats-Unis, et souffre d'un manque de productivité évident.

Sentant que les évolutions intérieures des régimes d'Europe centrale (Pologne et Hongrie principalement) se font dans le dos de Moscou, et rompant avec la doctrine Brejnev selon laquelle l'Armée Rouge devait intervenir dans tout pays où le communisme imposé par Moscou serait menacé, Gorbatchev se détourne de l'Europe centrale. L'URSS se détourne peu à peu de la Tchécoslovaquie et se concentre sur son empire.

Le regard des Tchécoslovaques se porte alors principalement vers la Pologne et la Hongrie. En Pologne, l'élection en 1978 du Polonais Karol Wojtyla au Saint-Siège redonne espoir aux Polonais, ainsi que les grèves lancées par le premier syndicat libre Solidarité. En Hongrie, la libéralisation progressive du régime alliée à l'ouverture des frontières avec l'Autriche laisse apercevoir la fin du tunnel.

Gorbatchev laisse la Pologne organiser une table ronde entre le Parti Communiste, l'Eglise et Solidarité. Il ne réagit pas au percement du Mur de Berlin. A Prague, les Tchécoslovaques appelées à manifester suite à une manifestation d'étudiants, agitent des drapeaux tchécoslovaques, en signe de d'indépendance nationale retrouvée. Les drapeaux et symboles de l'URSS sont retirés.

La Tchécoslovaquie, quelques semaines après ses voisines polonaise et hongroise, recouvre son indépendance.

Auteur: Clément Duclos
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