Dans une commune tchèque, un maire virtuel pour rapprocher citoyens et administration

Le centre d'information de Ratiboř avec l’avatar du maire de Ratiboř, Martin Žabčík

Au début du mois d’avril, Ratiboř, dans le sud-est de la Tchéquie, est devenue la première commune du pays à mettre en service un « maire numérique », soit un double virtuel du vrai maire, animé grâce à l’intelligence artificielle. Un projet pilote censé permettre aux habitants d’avoir accès à leur élu 24h/24.

Il a la même coupe de cheveux, la même voix, le même visage et porte la même alliance : sur un écran transparent apparaît un avatar ultra-réaliste du maire de Ratiboř, Martin Žabčík (sans affiliation politique), capable de répondre aux questions de ses quelque 1 800 administrés.

Martin Žabčík | Photo: La commune de Ratiboř

Derrière cette apparente simplicité se cache un système bien plus sophistiqué qu’un simple chatbot : en effet, la version numérique de Martin Žabčík est connectée à une base de données complète de la municipalité. Son avatar peut ainsi fournir des informations précises sur les travaux, les taxes locales ou encore les projets en cours. Une question posée à voix haute reçoit une réponse en quelques secondes, accompagnée d’une voix et d’une gestuelle reproduisant fidèlement celles de l’élu en chair et en os.

L’objectif ? Rendre l’information publique plus accessible : « Les habitants n’ont plus besoin de chercher dans les documents officiels, il suffit de demander », explique le maire véritable.

Mais ce double numérique de Martin Žabčík n’est pas figé car il apprend en continu : pour affiner et préciser ses réponses, les développeurs nourrissent l’IA avec des données de la municipalité, mais aussi via les interactions des habitants eux-mêmes. Le système apprend progressivement le fonctionnement de la commune, mais aussi la personnalité du maire comme l’explique Martin Gazda, de la société de Zlín qui a créé ce double numérique :

Martin Gazda | Photo: Růžena Vorlová,  ČRo

« Nous essayons d’apprendre à connaître le maire, puis nous configurons le système en fonction des mots qu’il utilise, de son sens de l’humour, de sa personnalité, de son degré d’empathie ou de sa manière usuelle de s’exprimer. Et nous essayons de transposer cette personnalité dans le système numérique. »

L’avatar de Martin Žabčík  arrive même à « déduire » tout seul certaines choses à partir des connaissances qui lui ont été fournies dans sa base de données interne. L’ambition de ce qui reste un programme informatique, même à visage humain, est de donner l’impression de dialoguer avec une personne réelle.

Martin Žabčík | Photo: La commune de Ratiboř

L’un des avantages majeurs de ce dispositif innovant réside avant tout dans sa disponibilité permanente. Car contrairement à un élu ou à un agent administratif, le maire numérique ne dort jamais ! Accessible via son écran interactif dans le centre d’information local et à l’entrée de la mairie, mais aussi prochainement par téléphone et en ligne, il permet aux habitants d’obtenir des réponses à toute heure de la journée et tout au long de la semaine. Pour la municipalité, l’intérêt se compte aussi en termes d’organisation : il permet de déléguer les questions simples à l’IA afin de libérer du temps pour des tâches plus complexes.

Le projet n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat de près de deux ans de développement, mené en collaboration avec des entreprises technologiques locales et des partenaires internationaux, notamment américains. La commune de Ratiboř sert de terrain d’expérimentation. En échange, la commune a pu bénéficier de la technologie sans en supporter les coûts, habituellement estimés à plusieurs centaines de milliers de couronnes. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres collectivités en Tchéquie.

Ratiboř | Photo: Palickap,  Wikimedia Commons,  CC BY-SA 4.0

Dans la commune, le dispositif suscite la curiosité, mais aussi parfois l’appréhension, notamment chez les personnes âgées pas toujours à l’aise avec les outils numériques.

Martin Žabčík | Photo: La commune de Ratiboř

C’est une des raisons pour lesquelles le maire – le vrai ! – a prévu de présenter son avatar aux seniors de la commune afin de leur expliquer comme il fonctionne : « je pense qu’ils cesseront d’avoir peur de ces technologies qui pourraient devenir plus familières », veut croire Martin Žabčík.

L’expérience de Ratiboř pose la question de l’avenir des relations entre les citoyens et les institutions à l’ère de l’intelligence artificielle. A bien plus grande échelle, l’Albanie en a donné un exemple unique en son genre en lançant en septembre dernier Diella, une ministre générée par l’intelligence artificielle et titulaire du portefeuille des marchés publics. Bien au-delà de la simple facilitation de l’accès aux services publics au niveau local, cette ministre virtuelle a une fonction bien plus ambitieuse : être une innovation permettant de lutter contre la corruption.

Auteur: Anna Kubišta | Source: iROZHLAS.cz
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