Presse : l’affaire du don de bitcoins ne fait plus de l’ODS le choix du « moindre mal »

L’affaire du don de bitcoins au ministère de la Justice qui secoue la coalition gouvernementale à quelques mois des élections légsilatives est - bien évidemment, tant il en a été question cette semaine - le premier sujet de cette nouvelle revue de presse. Au sommaire également : les réactions à la victoire du Karol Nawrocki lors de l’élection présidentielle en Pologne, les défis à relever pour la Tchéquie en matière d’intelligence artificielle ou encore ces anciens présidents tchèques qui ne savent pas se taire.

De l’avis de plusieurs observateurs de la scène politique tchèque, l’affaire du don problématique de bitcoins au ministère de la Justice, qui a suscité de très nombreux commentaires depuis son éclatement la semaine dernière, pourrait entraîner la chute de la coalition Spolu (Ensemble) composée de trois  partis, de droite avec les conservateurs de l’ODS, et de centre-droit avec TOP 09 et les chrétiens-démocrates du KDU-ČSL. Beaucoup s’accordent également à dire que l’ODS a terni son image de « parti du moindre mal », une image qu’il sera désormais difficile de restaurer à quatre mois de la tenue des élections législatives (les 3 et 4 octobre). Un texte publié sur le site Seznam Zprávy indique à ce propos :

« Lorsque la coalition Spolu (composée à l’origine de cinq partis) a remporté les élections législatives en 2021, son leader, le futur et actuel Premier ministre Petr Fiala, était bien conscient que cette victoire ne constituait pas une preuve de sa popularité. Le résultat du scrutin était plutôt l’expression d’un choix ‘du moindre mal’ face au mouvement populiste ANO d’Andrej Babiš, qui était alors le Premier ministre sortant. C’est la raison pour laquelle Petr Fiala a qualifié ce succès ‘d’engagement’ et a appelé ses collègues au sein de l’ODS à faire le nécessaire pour ne pas décevoir les partisans de la coalition. Il ne pouvait alors pas imaginer qu’un peu moins de quatre ans plus tard, à l’approche des élections suivantes, il se retrouverait confronté à cette affaire dite des bitcoins que certains de ses électeurs auront bien du mal à digérer. »

Comme le souligne encore Seznam Zprávy, ce n’est pourtant pas la première fois que la coalition Spolu se trouve dans une situation fâcheuse quelques mois seulement avant les élections. Le site rappele ainsi, par exemple, le scandale sexuel, au printemps 2021, de l’ancien jeune député Dominik Feri, membre du parti TOP 09, et ce, bien que celui-ci n’ait finalement pas eu de conséquences néfastes dans les urnes. Cette fois, toutefois, prévient aussi l’auteur, « dans le cas du ministre démissionnaire de la Justice Pavel Blažek, on peut s’attendre à une issue différente ». Il explique pourquoi :

« Les événements actuels influenceront le choix des électeurs, surtout dans les rangs de ceux qui sont indécis. C’est pourquoi il sera important de suivre comment la coalition Spolu se sortira de ce bourbier en ce mois de juin. Dans tous les cas, il est désormais établi que l’ODS ne représente probablement plus le choix du ‘moindre mal’ ».

Le ton d’un commentaire publié dans le quotidien Hospodářské noviny est plus dur et catégorique :

« À une époque où tout ce qui importe se déroule dans l’espace numérique, notre pays est manifestement dirigé par des gens qui ne savent pas s’y orienter. Cela soulève bien sûr plusieurs autres questions, dont celle de savoir quelles sont les compétences techniques et managériales dans les autres ministères ? Or, la ligne de défense de Petr Fiala dans cette affaire pourrait se résumer à la formule suivante : ‘Nous ne sommes pas des criminels, juste des empotés’. »

L’élection présidentielle en Pologne dans le contexte européen

Hospodářské noviny s’est intéressé également à la victoire de  Karol Nawrocki lors de l’élection présidentielle en Pologne, en plaçant celle-ci dans un contexte européen plus large. « Les nationalistes conservateurs polonais ont infligé une nouvelle défaite au camp libéral européen. Celui-ci rencontre des difficultés non seulement en Europe centrale, mais aussi partout ailleurs, et il est d’ailleurs fort probable que cela soit également le cas lors des élections législatives en Tchéquie en octobre prochain ou lors de l’élection présidentielle en France en 2027 », estime ainsi l’auteur, avant de citer trois points qui, selon lui, se rejoignent :

Karol Nawrocki | Photo: Abaca Press/Profimedia

« La peur ne sert à rien. La campagne électorale en Pologne a clairement montré qu’il ne suffit pas d’effrayer les électeurs en leur faisant croire que votre adversaire défend des positions indignes des hautes valeurs morales et privilégie les intérêts nationaux restreints au détriment des intérêts européens plus vastes. Avoir une histoire crédible compte aussi aux yeux des électeurs. De même, se plaindre du nationalisme ne sert à rien si l’Union européenne ne constitue pas un symbole compréhensible auquel l’électeur peut s’identifier. Certes, cela est plus facile en Pologne qu’en Tchéquie, car l’argent européen se trouve littéralement sous les yeux des Polonais, que ce soit sous la forme de nouvelles routes, de nouvelles autoroutes, de nouvelles voies ferrées, de nouvelles gares et de tous les autres projets réalisés qui ont véritablement permis au pays de progresser. »

« Il ne fait pourtant aucun doute, et moins encore dans le monde actuel, que l’Union européenne est indispensable en tant qu’instrument tout à la fois géopolitique, économique et, de plus en plus, sécuritaire », souligne en conclusion le chroniqueur du journal économique. Le problème, selon lui, réside dans le fait que les politiciens libéraux pro-européens ne savent pas bien expliquer cette réalité face aux nationalistes qui crient beaucoup plus fort.

« Sans aucun doute, la victoire de Nawrocki marque la fin de tous les espoirs libéraux », renchérit pour sa part le quotidien en ligne Deník Referendum, tandis que le journal Deník estime, lui, en revanche que la victoire de Karol Nawrocki en Pologne est une chose positive :

« La cohabitation est quelque chose que la Pologne a connu à maintes reprises au cours des trente dernières années. Parfois, cette cohabitation a profité à tous et, d’autres fois, elle a été source de complications pour le gouvernement. Dans les bons moments, cette situation a poussé les deux camps à négocier pour trouver des compromis. Il faudrait que cela se reproduise rapidement. »

La Tchéquie face aux défis de l’IA

La Tchéquie pourrait-elle figurer parmi les dix pays les plus avancés en matière d’intelligence artificielle, comme le souhaite le gouvernement ? Une question à laquelle le quotidien Mladá fronta Dnes apporte une réponse ambiguë :

Source: kp yamu Jayanath,  Pixabay,  Pixabay License

« Même si cela semble aujourd’hui peu probable après diverses affaires, dont celle de la numérisation ratée des procédures administratives pour les permis de construire, la Tchéquie présente un bilan plutôt positif en matière d’électronisation, de numérisation et même d’intelligence artificielle. L’administration publique est certes à la traîne pour ce qui est de la numérisation de ses services, n’apparaissant qu’en 22e position parmi 38 pays européens. En revanche, le pays est très bien placé en ce qui concerne les connaissances numériques de sa population. Selon ICILS 2023 (International Computer and Information Literacy Study), une enquête comparative internationale qui mesure le niveau des connaissances scolaires des élèves âgés de 14 ans en littératie numérique et en pensée informatique, les jeunes Tchèques figurent même parmi les meilleurs. De même, les écoles et les élèves sont bien équipés puisque plus de 80 % d’entre eux ont accès à au moins deux ordinateurs. »

Le problème, selon l’auteur, est que le gouvernement se contente de préparer une loi sur l’intelligence artificielle. Par ailleurs, la stratégie nationale en la matière est trop vaste et trop  vague. L’heure est donc à un optimisme modéré :

« Il existe en Tchéquie des jeunes gens talentueux qui se sont formés par eux-mêmes malgré un système scolaire parfois rigide. Le pays possède également suffisamment d’experts et même d’entreprises performants dans ce domaine. Certes, on ne trouve pas de grandes entreprises comme OpenAI ou Anthropic, pas plus que de Silicon Valley comme en Amérique, et peut-être n’y en aura-t-il même d’ailleurs jamais. Néanmoins, un certain nombre d’entreprises utilisant des applications d’intelligence artificielle ou développant des modèles spécialisés plus modestes existent déjà et pourraient encore émerger. Les jeunes sont prêts à répondre à ce défi, les écoles sont équipées, il ne reste donc ‘plus’ qu’à introduire l’enseignement et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les écoles. »

Ces anciens présidents tchèques qui refusent de rester dans l’ombre

Le magazine Reflex constate que les anciens présidents tchèques Václav Klaus et Miloš Zeman « sont déchaînés depuis leur départ à la retraite, que le pouvoir leur manque et qu’ils cherchent à attirer l’attention à travers leurs déclarations provocatrices » :

Miloš Zeman | Photo: Michal Krumphanzl,  ČTK

« Dernièrement, lors d’une rencontre avec des habitants à Brno, Miloš Zeman, prédécesseur de l’actuel président Petr Pavel, a exprimé ses craintes quant à une éventuelle manipulation des prochaines élections législatives. Qu’est-ce qui le pousse à affirmer cela alors que notre système électoral est aussi sûr que le trésor d’une banque ? Il n’existe aucun indice, il ne s’agit là de rien d’autre pour lui que d’exprimer son soutien à la formation d’un gouvernement dirigé par Andrej Babiš et Tomio Okamura, les leaders  populistes d’ANO et du parti d’extrême droite SPD. Selon Miloš Zeman, la Cour constitutionnelle, main dans la main avec les services secrets, pourrait être impliquée dans cette prétendue fraude. Ainsi donc, sans même disposer du moindre semblant de preuve pour étayer son propos, l’ancien plus haut dignitaire de l’État met en doute l’intégrité de deux institutions parmi les plus importantes ! »

À ce même propos, l’hebdomadaire Respekt rapporte que, selon un récent sondage effectué par l’agence STEM, près de la moitié des Tchèques redoutent que le gouvernement de Petr Fiala puisse chercher à manipuler les prochaines élections législatives. Et ce, en dépit du fait que les élections en Tchéquie aient jusqu’à présent toujours été dénuées du moindre soupçon de fraude.