Nicolas Berton, comédien à Prague : « Mon premier travail était dans un bureau »

Vue de Prague depuis Vyšehrad

Derrière la voix posée et l’air tranquille de Nicolas Berton se cache un Français qui n’a pas peur du changement pour poursuivre ses nombreuses passions. Installé depuis quinze ans à Prague, Nicolas nous a accueillis dans la salle de répétition où il a l’habitude de jouer de la batterie avec son groupe. Il a accepté de partager l’histoire de sa vie trépidante au micro de Radio Prague Int.

Le destin tient à pas grand-chose. Pour Nicolas, à un fanion blanc, rouge, avec un triangle bleu, dans la voiture d’un ami, qui a scellé le sort du jeune Français qu’il était alors, le précipitant pour plus d’une décennie dans la capitale tchèque. Il nous raconte :

Nicolas Berton | Photo: Thomas Curtelin,  Radio Prague Int.

« C’était en 2008, je vais voir des amis en Alsace. C’était en hiver, une période où on ne travaillait pas. On faisait la fête et on visitait l’Alsace et ses alentours. Dans la voiture de l’un de mes amis, il y avait au rétroviseur un petit drapeau de la République tchèque. Je lui ai demandé s’il y avait déjà été. Il m’a répondu que non, qu’il avait seulement quelqu’un d’éloigné dans sa famille là-bas, et m’a dit que comme nous ne faisions rien en ce moment, on pouvait s’y rendre le lendemain pour visiter. Le lendemain, on est donc parti à trois, en voiture, à Prague. On a visité, fait la fête, et trouvé la ville superbe. Depuis ce moment-là, j’ai gardé Prague dans un coin de ma tête. Deux ans plus tard, j’étais dans une situation où je n’avais plus de travail parce qu’à l’époque je faisais des boulots saisonniers. Je me suis demandé ce que je pouvais faire. J’ai alors décidé d’essayer d’aller à Prague. Je suis parti à Prague en voiture, une voiture que j’ai achetée exprès pour faire le déménagement car je n’en avais pas. J’ai mis pleins de choses dedans, je suis venu à Prague, et j’ai dit ‘on va voir ce qui se passe’.  Ça fait quinze ans, je ne suis jamais reparti. »

Comédien, joueur d’échecs et entraîneur de football

En quinze ans, il s’en est passé des choses pour Nicolas, qui a enchaîné les métiers, dans des secteurs très différents.

« Quand je suis arrivé à Prague, mon premier travail était dans un bureau.  Je faisais du recouvrement de factures impayées. À Prague, il y a pleins de centres où il y a des grandes entreprises internationales, qui ont leurs pôles. Je travaillais pour une entreprise américaine. Il y avait une équipe qui s’occupait des clients français, une autre des clients allemands, espagnols, italiens… Chacun dans sa langue. Moi, je contactais les clients français de cette entreprise pour récupérer les factures impayées. Je voulais faire ça pendant six mois, un an, et au final je suis resté six ans. Après, j’ai commencé à faire du théâtre pour enfants en anglais. On allait dans les écoles tchèques partout dans le pays et on faisait des pièces. Maintenant, je suis comédien, à la fois pour les tournages et dans mon nouveau théâtre. À côté de ça, une fois par semaine, je donne des cours d’échecs et fais des entraînements de foot pour des enfants. »

À cette liste déjà bien longue, s’ajoutent les cours d’échecs et les activités périscolaires qu’il menait au sein du Lycée français de Prague. Aujourd’hui comédien, Nicolas nous explique le spectacle dans lequel il joue actuellement.

Photo: Image Black Light Theatre

« C’est un théâtre particulier, avec un spectacle visuel. En français on dirait ‘le théâtre de lumière noire’, en anglais ‘Black Light Theatre’. Sur une scène qui est toute noire, on voit des acteurs qui interagissent avec des objets fluorescents qui bougent plus ou moins par magie. C’est un petit peu comme Alice au pays des merveilles. Je ne parle donc pas pendant le spectacle et c’est pour ça que je peux le faire. »

Malgré ce rôle muet, Nicolas pratique la langue tchèque, qu’il a peu à peu apprise au cours de son séjour dans la capitale.

« Je n’ai jamais pris de vrais cours de tchèque. J’ai commencé tout simplement quand je travaillais au bureau. À chaque fois, pendant ma pause de midi, quand j’allais manger, il y avait des journaux et des magazines à disposition. J’ai commencé à les lire sans comprendre. Je regardais la signification des mots qui revenaient le plus souvent, et j’ai ainsi commencé à en apprendre quelques-uns. Au travail, j’écoutais mes collègues tchèques qui parlaient entre eux. Pendant une dizaine d’années, mon niveau a augmenté très lentement, car je parlais anglais avec tout le monde. Ces cinq dernières années, comme je suis plus dans un milieu tchèque, j’ai appris beaucoup plus vite. Et depuis deux ans, j’ai commencé sur Duolingo. »

Nicolas nous rassure, même si l’on ne parle pas tchèque, on peut toujours se faire comprendre. Preuve en est avec cette anecdote qu’il nous raconte.

Photo illustrative: Daniel Zach,  ČRo

« C’est une anecdote qui est arrivée il y a plusieurs années, quand mes parents sont venus me voir à Prague. Motards, ils sont venus en moto avec d’autres amis. On était dans la campagne tchèque où on avait loué une petite maison pour tout le monde.  La veille du départ, je devais rentrer à Prague pour le travail. Ils ont donc passé la dernière soirée tous seuls dans le village. Ils sont allés au restaurant local tous seuls, je n’étais pas là pour faire le traducteur. Comme personne ne parlait beaucoup anglais, ils ont dû se débrouiller pour commander leur repas et leurs boissons sans parler ni anglais ni tchèque. Pour commander la nourriture, ils faisaient des mimes. Ils mimaient une poule pour commander du poulet, un cochon pour qui voulait manger du porc. Pour l’apéro, le barman a même demandé à ma mère de passer derrière le bar pour servir ses amis ! Je pense que c’est un peu comme dans tous les pays, les Tchèques de la capitale sont un petit peu moins sympathiques que les Tchèques de la campagne. Mais à la campagne, quand il y a un groupe d’étrangers, tout le monde est très étonné de les voir, et ça donne des situations très sympathiques. »

Les hivers sont un peu longs

Si les Tchèques de la capitale sont peut-être un peu moins avenants que leurs homologues de la campagne, Nicolas n’en tarit pas moins d’éloges pour la capitale tchèque.

Photo: Václav Holič,  DPP

« Concernant Prague, le calme de la ville, qui compte quand même plus d’un million d’habitants, est très agréable. C’est une ville plutôt paisible. Je me souviens que la première fois que mes parents sont venus me voir, eux qui n’aiment pas les grandes villes et habitent dans un village, ont trouvé la ville très calme. Au calme s’ajoute la sécurité, qui y est liée. Il y a très peu de violence, la nuit on ne craint rien. Une autre chose incroyable : les transports publics. Il y a des trams, des bus et le métro qui vont partout et circulent toute la nuit. On peut, de n’importe quel point de Prague, à n’importe quelle heure, de jour comme de nuit, rentrer chez soi.»

Il n’oublie cependant pas de relever quelques points négatifs.

« Ce que j’aime le moins du pays ? Déjà les hivers sont un peu longs. Le froid ne me dérange pas, mais quand ça dure trois mois, c’est un peu long. J’entends également beaucoup de gens se plaindre de la nourriture tchèque. Moi je fais une différence. La nourriture tchèque dans les restaurants, je trouve ça bon, il n’y a pas de problèmes. Par contre quand je fais mes courses dans les supermarchés, je trouve que ça manque de variété, j’ai l’impression de toujours manger la même chose, notamment en ce qui concerne les fruits et légumes. Là ça manque de légumes méditerranéens et de soleil. »

Prague | Photo: Marta Guzmán,  Radio Prague Int.

À Vyšehrad, loin des foules de touristes

De cette capitale qu’il apprécie tant, il a accepté de nous partager avec nous son lieu favori.

La forteresse de Vyšehrad | Photo: Paul-Henri Perrain,  Radio Prague Int.

« C’est un coin où les touristes ne vont pas trop, car il est un peu écarté du centre-ville. C’est une ancienne forteresse, Vyšehrad, qui est sur un promontoire en bord de rivière. On y trouve toujours les remparts et un grand parc à l’intérieur. C’est très calme, il y a beaucoup de personnes qui promènent leurs chiens, des mamans avec leurs poussettes. En été, des gens viennent y faire des pique-niques. Vyšehrad est fréquenté principalement par des Tchèques et des expatriés qui connaissent le coin, il y a beaucoup moins de touristes qu’en centre-ville ou qu’au Château de Prague. »

Si Nicolas s’est bien intégré dans la capitale tchèque, au point d’en connaître ses jardins secrets, il ne conserve pas moins un lien fort avec son pays d’origine.

« Mes parents et le reste de ma famille habitent en France. J’y retourne en général deux fois par an. J’ai également beaucoup d’amis en France, qui sont venus me voir à Prague. Je parle français presque tous les jours, que ce soit avec mes amis, mes parents, sur WhatsApp, ou avec quelques Français que je connais ici. »

Quant à l’avenir, c’est toujours avec la même ouverture que Nicolas l’envisage.

« Je sais que je vais rester encore quelques années à Prague. Je ne pense pas toute ma vie. C’est encore loin mais je pense déjà à quand je serai plus vieux, quand j’aurai 65-70 ans, et que les problèmes de santé arriveront. Je ne me vois pas rester dans ce pays à cause de la langue, parce que, quand on commence à être malade il faut bien comprendre ce qui nous arrive. Par contre, je ne sais pas si je vais rester encore deux ans, cinq ans, dix ans. En ce qui concerne le travail, je vais continuer mes activités de comédien à Prague. J’aimerais essayer d’aller dans un autre pays, pour essayer une autre expérience de vie, mais je ne sais pas quel métier je pourrais faire là-bas. C’est un peu cela qui me fait rester pour le moment à Prague. »