Francophones à Prague - Andrew Argent, un Français passionné de football qui fait jouer les petits

Andrew Argent

Un gymnase, des rires, des enfants partout, qui courent, qui sautent, tapent dans des ballons, et leurs parents derrière, qui les encouragent, qui discutent. Au milieu de la joyeuse cohue, un grand personnage, allure sportive, un bonnet planté sur une tête qui arbore un grand sourire, qui donne quelques consignes, salue tous les petits sportifs dont il connaît chacun des noms, et échange quelques paroles en anglais ou en français avec leurs parents. Le décor est planté, au personnage de se présenter. Andrew Argent, bientôt 42 ans, né près de Rouen, marié à sa femme bulgare, deux enfants. Le Français, passionné de football, a accepté de partager au micro de Radio Prague Int. sa vie et ses projets en Tchéquie.

Au foot comme dans la vie, un coup de tête peut changer le cours d’une partie. Andrew nous explique son choix de venir vivre en Tchéquie.

Andrew Argent : « Je pense que c’était l’envie de voir autre chose. J’avais 28 ans, envie d’essayer quelque chose, envie de partir. Un ami m’a dit qu’il avait envie de partir vivre au Canada ou en Tchéquie. Je lui ai dit que je le suivais. On est arrivé ici en octobre 2011. Tout s’est fait sur un coup de tête. Je suis originaire de Rouen, une très jolie ville, tout se passait très bien mais j’avais cette envie d’essayer quelque chose de nouveau. On était parti pour un an, on s’était dit, quoi qu’il arrive, on part un an. Et au final, ça fait treize ans. »

Treize ans, ça laisse le temps de créer des projets. Andrew nous raconte :

« J’ai eu la chance d’arriver avec un travail, chez BlueLink International, un centre d’appel très intéressant pour commencer un premier travail à Prague et évoluer rapidement. J’y suis toujours, treize ans après. Cependant, j’ai évolué. À côté, j’ai un ‘živnostenský list’, un statut d’autoentrepreneur qui me permet d’organiser des événements sportifs. Ça me permet de travailler chez BlueLink à mi-temps avec quelques heures par semaines et de développer mes activités, notamment League5 Kids Academy, tous les dimanches matins. »

Photo: League5 Academy

La League5 Kids Academy, c’est l’endroit où on l’a retrouvé. C’est tous les enfants qui s’amusent en faisant du sport, qui échangent dans une myriade de langues, avec leurs parents qui les accompagnent. C’est aussi sûrement l’une des plus grandes fiertés d’Andrew.

« Ce n’était pas forcément mon idée, mais j’ai toujours été dans le football. Un ami que j’ai rencontré ici, Johan, qui est belge, m’avait proposé de commencer une académie pour s’amuser, pour ses deux enfants issus d’un mariage tchèque et belge. La maman n’était pas encline à les laisser intégrer un club tchèque, à cause des trois entraînements par semaine, des contraintes du weekend, des matchs… On s’était dit qu’on allait faire quelque chose d’amusant. On a commencé en mai 2015 avec quelques enfants, on a ensuite continué jusqu’à la fin juin 2015 avec une vingtaine d’enfants, puis en septembre on n’a pas arrêté. Aujourd’hui en 2025, cela fait neuf ans, bientôt dix ans en mai, que League5 Kids Academy existe. On a environ quatre-vingts enfants qui viennent à l’occasion. Il n’y a rien d’officiel, les enfants viennent quand ils veulent, c’est flexible. On est une association qui reçoit parents et enfants avec des organisations d’anniversaires, avec les entraînements le dimanche matin. Je ne suis pas sûr qu’on puisse réellement appeler cela des entraînements puisque que c’est plus un lieu de rencontre où l’on fait du foot et également des centres de loisir pendant les périodes estivales. »

Le format, en tout cas, semble avoir conquis de nombreux enfants et parents, au vu de l’affluence chaque dimanche. Andrew détaille ce qui rend la League5 Kids Academy si attractive.

« Je pense que l’on va se démarquer essentiellement par le côté récréatif de l’activité. Les enfants viennent seulement quand ils veulent, quand ils peuvent. On ne fait pas de matchs contre d’autres clubs. On est là seulement pour faire un pour se rassembler le dimanche matin avec des enfants qui ont de 3 à 14 ans. On fait une heure pour chaque groupe d’âge. On mise tout sur l’aspect récréatif, fun, on n’a pas l’ambition de créer de nouveaux champions. On est cependant sûr et certain que les enfants vont grâce à cela aimer le sport, l’aimer de plus en plus, et vouloir plus. Notre désir est que les enfants deviennent tellement passionnés de sport qu’ils nous quittent en nous disant qu’ils veulent faire encore plus de sport. On aura alors réussi notre travail, et les enfants deviendront peut-être de futurs grands sportifs, ou pas, mais dans tous les cas, ils auront appris à aimer le sport. »

Andrew Argent | Photo: League5 Academy

Cette passion pour le sport, et en particulier pour le football, qu’Andrew s’attelle à transmettre aux enfants, remonte à loin et a structuré sa vie. Il nous explique où elle est née.

« En bas de chez moi. J’ai grandi dans ce qu’on appellerait en France un lieu sensible, même si de mon point de vu ce n’était pas sensible. On avait un rendez-vous football tous les jours en bas de l’immeuble. On jouait sur l’herbe avec des T-shirts ou des chaussures qui faisaient office de buts. Ça a commencé comme ça, il y a quasiment plus de trente-cinq ans, à Amfreville-la-Mi-Voie dans la banlieue de Rouen. Le foot m’a beaucoup aidé, car je n’étais pas très assidu à l’école, qui n’était pas vraiment faite pour moi, même si je suis quand même allé jusqu’au baccalauréat. Le football m’a permis de voir autre chose. Sans le football, je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui j’aurais pu avoir la chance de vivre cette expérience à l’étranger et de rencontrer ma femme. Le football est très important pour ma vie sociale, culturelle. »

League5 Academy | Photo: Martin Fort

Au-delà du football, Andrew se confie sur sa vie sociale à Prague, et revient sur le sens qu’il donne à sa présence en Tchéquie.

« Étant solitaire, je ne sais pas si l’on peut dire que je cherche un contact avec des locaux ou des expatriés. Les mots d’ailleurs ont leurs importances. J’essaye toujours d’expliquer à mon entourage que nous ne sommes pas des « expatriés ». Je suis un émigré économique. Je ne suis pas venu en tant qu’expatrié avec une entreprise qui m’a envoyé travailler ici. Je suis un immigré, aussi bien que les immigrés arrivent d’Afrique en France. C’est la même chose. La seule différence est que nous sommes en Europe, que nous sommes européens et blancs, mais c’est la même chose. Je ne cherche pas forcément à m’intégrer plus que cela puisque nous arrivons à vivre aujourd’hui en parlant anglais. Les Tchèques parlent plutôt bien anglais. Je peux cependant parler tchèque, mais je n’ai pas de réel intérêt à le parler puisque à la maison nous parlons français, anglais et bulgare. Cela fait treize ans que je suis à Prague, je fais les efforts minimums. Je n’ai cependant pas trop d’intérêts à aller chercher de nouveaux amis Tchèques ou non-Tchèques. Tout se passe très bien ainsi. »

Andrew Argent  (à droite) | Photo: Martin Fort

Si tout se passe bien à Prague, c’est sans doute en raison du cadre de vie de la capitale tchèque. Andrew revient sur les avantages de la ville, en n’oubliant pas de mentionner quelques difficultés qui peuvent se poser pour un Français qui viendrait habiter en Tchéquie.

« Ce que j’aime ? Avoir une capitale à taille humaine. On a tous les avantages d’une capitale, avec de nombreux services, dont un très bon service de transport qui fonctionne même la nuit et de nombreux lieux pour manger. L’inconvénient de Prague ? Peut-être la différence culturelle. Les Tchèques sont très bienveillants, très ouverts, mais culturellement, nous avons une autre vision sur la sympathie, sur l’ouverture d’esprit. Encore une fois, ce n’est que mon point de vue. Cela étant dit, en général, il n’y a jamais de problèmes à Prague. Tout est fait pour que la vie se passe bien, que ce soit de par les infrastructures, les écoles. Mes enfants vont dans une école maternelle tchèque et nous en sommes ravis. L’aspect culturel est différent, mais ce n’est pas grave. Je suis venu en Tchéquie, chez les Tchèques, j’accepte qui ils sont, ce qu’ils font, c’est à moi de m’adapter. Et je pense que l’on s’adapte plutôt bien. »

Nous lui avons demandé de nous partager son lieu favori de Prague. La réponse n’étonnera guère !

Aire sportive Pražačka | Photo: Sportovní a rekreační areály Praha 3

« Evidemment, c’est un terrain de football ! Il est situé à Pražačka, près de Žižkov où j’habite. Ce n’est pas forcément le premier lieu qui vient en tête à Prague pour un touriste ou pour un résidant de la ville, mais c’est mon coin préféré. Je m’y rends régulièrement pour jouer ou pour regarder, il y a toujours du monde. Si je devais choisir un coin plus touristique, ce serait forcément le Pont Charles, Letná ou la vieille ville. Il y a tout ce qu’il faut à Prague pour être heureux. On peut sortir la nuit avec des copains, faire la fête, ou bien y aller en amoureux avec son conjoint ou sa conjointe. On passera toujours un bon moment à Prague. C’est sans regrets que je me suis embarqué dans cette aventure. »

Auteur: Thomas Curtelin
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