Démission du ministre Vondra : une affaire trop lourde à porter

Alexandr Vondra, photo: CTK

C’est un bien triste record dans l’histoire de la politique tchèque : en annonçant, mercredi, qu’il abandonnerait ses fonctions le 7 décembre prochain, le ministre de la Défense Alexandr Vondra devient le douzième membre du gouvernement à quitter prématurément celui-ci depuis sa nomination en juillet 2010. Personnage marquant de l’histoire tchèque de ces vingt-trois dernières années depuis la chute du régime communiste, Alexandr Vondra a expliqué sa décision par une perte de confiance auprès des électeurs. Mais son image reste entachée par l’affaire ProMoPro, un marché public au montant surévalué qu’a supervisé Alexandr Vondra durant la présidence tchèque de l’Union européenne en 2009.

Alexandr Vondra, photo: CTK
l’époque, au sein du gouvernement dirigé par Mirek Topolánek, Alexandr Vondra était ministre en charge des affaires européennes et donc, en tant que tel, un des principaux responsables de la présidence tchèque du Conseil européen. Le marché en question, qui concernait l’attribution des services audiovisuels de la présidence, avait été attribué dans des circonstances douteuses à la société ProMoPro. La signature des contrats aurait en effet été accompagnée d’un détournement de fonds d’environ trois millions d’euros. Logiquement mis en cause, Alexandr Vondra a toujours nié toute implication dans l’affaire. Une version qui semble également être celle de la police, puisque le ministre ne figure pas parmi les douze personnes inculpées depuis. Reste que même s’il continue à clamer son innocence, Alexandr Vondra n’en reste pas moins conscient du tort que lui a causé cette affaire :

« J’ai la conscience tranquille. C’est une affaire qui appartient au passé. Mais un homme politique doit aussi tenir compte de la manière dont est présenté son travail et dont on parle de lui. Or, si je me pose la question de savoir quelles sont les raisons de mon échec aux dernières élections sénatoriales, je dois reconnaître que mon image est sans aucun doute une des principales raisons. »

Officiellement, la perte de son mandat de sénateur en octobre dernier, synonyme pour lui d’une perte de confiances des électeurs, est la raison essentielle de sa démission. Mais ce n’est pas la seule, comme l’a expliqué Alexandr Vondra mercredi :

Alexandr Vondra et Petr Nečas, photo: CTK
« Procéder à des changements dans le secteur de l’armement est extrêmement compliqué et le moment est venu pour moi de laisser ma place à quelqu’un d’autre, qui arrivera avec une nouvelle énergie. Je suis convaincu qu’il est nécessaire de poursuivre les changements que nous avons entrepris il y a deux ans et demi de cela. »

Le Premier ministre, Petr Nečas, a réagi à cette annonce en déclarant que le départ d’Alexandr Vondra, le ministre de la Défense « le plus compétent de ces vingt dernières années » selon lui, constituait une perte importante pour le cabinet :

« Alexandr Vondra faisait partie des membres du gouvernement qui ne se consacraient pas seulement à leur ministère, mais qui avaient une vue d’ensemble plus générale sur notre politique. Il a toujours participé très activement aux conseils des ministres, et ne s’intéressait pas seulement aux dossiers qui concernaient le ministère de la Défense. »

Ancien dissident porte-parole de la Charte 77, ancien conseiller du président Havel, ancien ambassadeur aux Etats-Unis et politique reconnu pour ses talents de diplomate, Alexandr Vondra était le dernier ministre membre du Parti civique démocrate (ODS, principale formation de la coalition) qui n’avait pas encore été remplacé par Petr Nečas depuis la formation du gouvernement tripartite. Des quinze ministres nommés en juillet 2010, n’en reste plus aujourd’hui que cinq, y compris le Premier ministre lui-même. Une constatation qui se suffit à elle-même.