Des acteurs et figurants de toutes nationalités pour reconstituer la bataille d’Austerlitz à Slavkov

La reconstitution de la bataille d’Austerlitz en 2010

Les commémorations du 220e anniversaire de la bataille d’Austerlitz culminent ce week-end près de Brno, en Moravie du Sud, avec la reconstitution, samedi, de cet événement historique majeur du début du XIXe siècle. Des centaines d’acteurs et figurants ainsi que des milliers de spectateurs sont attendus pour commémorer cette célèbre bataille napoléonienne. Pour en parler, Radio Prague Int. a interrogé Jakub Samek, vice-président du Projet Austerlitz qui coordonne la reconstitution.

Jakub Samek | Photo: Dailymotion

« Le Projet Austerlitz est né en 1998 : à l’époque il s’agissait de préparer la commémoration du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz. La reconstitution a eu lieu le 3 décembre 2005 (le lendemain de l’anniversaire de la bataille, le 2 décembre, ndlr) : on avait sept ans pour se préparer et donc tous les ans, on a organisé des événements avec une participation de plusieurs centaines de ‘reconstructeurs’ venant de tous les pays de l’Europe. Le projet Austerlitz 2005 a remporté un gros succès : pour le bicentenaire nous avons accueilli presque 3 700 participants venant de 24 pays du monde, dont le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Et c’était aussi pour l’apprentissage. C’était la première fois que Mark Schneider, l’acteur qui joue le rôle de Napoléon, venait en Europe : la toute première fois pour la reconstitution de la bataille de Waterloo, et donc six mois plus tard, nous l’avons invité aussi pour celle d’Austerlitz. Depuis, il est régulièrement invité et cette année, en 2025 ce sera sa dernière fois. »

220 ans de la bataille d’Austerlitz, c’est forcément une année spéciale pour vous. Comment est-ce qu’on se prépare finalement à un tel anniversaire ? Est-ce qu’il y a des choses en particulier qui changent par rapport aux années habituelles ?

« Il y a beaucoup plus d’intérêt parmi les groupes de reconstitution en Europe. Si chaque année nous accueillons un millier de participants, cette année c’est 1 800. C’est beaucoup. On a aussi dû élargir le champ de bataille, qui normalement mesure 250 sur 200 mètres, pour cette année c’est 400 sur 250, donc c’est beaucoup plus important. Nous aurons plus de chevaux, plus de fusils, donc il fallait plus d’espace. Le programme est un peu plus long, parce qu’on commence le week-end qui précède, avec des petites commémorations dans des villages, dans des petites villes autour du champ de bataille, qui continuent toute la semaine. Mais comme le vrai anniversaire tombe cette année un mardi et suit les événements commémoratifs, on a décidé d’inviter Mark Schneider à rester en Tchéquie jusqu’au 2 décembre. Mardi matin, nous allons faire une autre cérémonie sur la colline de Žuráň, qui était le point de commandement initial de Napoléon. A ce lieu est lié le fameux ‘soleil d’Austerlitz’, car c’est à 7h30 que le soleil se lève au-dessus des hauteurs de la colline de Pratzen. Nous avons une petite cérémonie, une petite parade avec des troupes de reconstitution, et Napoléon qui s’en va pour accueillir le soleil d’Austerlitz. »

Source: Projekt Austerlitz

En ce qui concerne le public, vous attendez à peu près combien de personnes pour la reconstitution spécifiquement et pour les événements annexes ?

« C’est toujours difficile à dire parce que tout dépend du temps : s’il pleut, s’il fait trop froid, les gens sont là mais en nombre moins important. On attend jusqu’à 15 000, 20 000 personnes pour la reconstitution de la bataille. En tout, si on compte les petits programmes dans les villages et aussi ce qui se passe à Brno, on peut arriver à 100 000 visiteurs peut-être. »

C’est donc vraiment un événement important pour la région, pour le tourisme et la vie culturelle locale.

«  Tout à fait. La région de la Moravie du Sud est le partenaire le plus important qui soutient ces événements depuis des années. »

Puisqu’on parle de partenariat ou de coopération, comment cela se passe-t-il avec la partie française ?

« Depuis le début, l’ambassade de France et l’ambassadeur viennent assister aux coopérations. Non seulement la reconstitution de la bataille, mais également le dimanche, quand il y a l’acte de recueillement au Monument de la Paix. Donc, bien sûr, l’ambassade participe à ces événements. Cette année, c’est un peu plus important aussi parce que nous aurons des délégations de l’armée française. Il y aura plusieurs régiments qui continuent la tradition d’Austerlitz. Ils vont assister à des cérémonies, des commémorations, visiter aussi le champ de bataille. Ils seront spectateurs de nos efforts. Et puis, je suis très curieux de parler avec eux et d’avoir leur opinion sur notre travail. »

Comment un événement comme celui-ci s’organise-t-il ? Parce que c’est gigantesque au niveau de la logistique : ça veut dire beaucoup de costumes, beaucoup de fusils, beaucoup des chevaux. C’est une logistique très minutieuse, j’imagine.

« Oui, mais nous avons une longue expérience de deux décennies. Donc, ce n’est pas si compliqué. Quant aux uniformes, aux armes, aux chevaux et aux canons, ils appartiennent aux ‘reconstitueurs’. Ce n’est donc pas à nous d’organiser tout cela. L’invitation des groupes de reconstitution dépend de la qualité de leurs uniformes, de leurs armes, de leur niveau d’entraînement. Donc, il faut que nous connaissions les invités. Cela est aussi facile parce que nous participons régulièrement à des événements à travers l’Europe, non seulement à Waterloo, mais aussi à Leipzig, en Italie et un peu partout. Nous nous connaissons tous depuis des années. »

Ces ‘reconstitueurs’, comme vous dites, ce sont des gens vraiment passionnés qui ont à cœur de rendre un spectacle le plus authentique possible…

« Tout à fait, oui. Et il y aussi ceux qu’on appelle les ‘historiens vivants’, qui sont très stricts, qui peut-être ne seraient pas d’accord avec tout. Il se trouve que dans ces événements reconstitutifs, l’important c’est aussi le nombre. Et avec le nombre, il y a toujours des compromis qu’il faut faire. Donc, ce n’est pas 100 %, mais il faut un niveau de qualité acceptable. »

La reconstitution de la bataille de Slavkov | Photo: Zdeněk Pudil,  ČRo

Je voulais m’attarder sur la question de la mémoire qui est évidemment différente ici et en France. Ce genre d’événement, ça permet aussi plus de deux siècles plus tard d’avoir une forme de mémoire réconciliée ?

« Absolument, oui. Je connais beaucoup de gens qui font des reconstitutions de guerres plus modernes, pour qui l’ambiance historique et les problèmes politiques sont toujours vivants. Dans notre cas, c’est une histoire qui date du début du XIXe siècle. Donc, ce n’est plus vivant. Au contraire, les conflits d’alors nous permettent de mieux comprendre l’ambiance de cette époque napoléonienne, de voir les différents points de vue sur l’histoire de Napoléon et de ses adversaires. Il faut essayer de comprendre et échanger, bien sûr. Il faut dire aussi que c’est que ce ne sont pas que des Français qui portent l’uniforme français. Ce sont aussi des Tchèques, des Polonais, c’est des Italiens, bien sûr. Il y a aussi des Britanniques qui portent l’uniforme français. Au contraire, dans l’uniforme autrichien ou l’uniforme russe, on trouve des Allemands, on trouve n’importe quelle nationalité. C’est donc un mélange qui permet aussi de communiquer, d’échanger les idées sur l’histoire. C’est quelque chose qui peut enrichir nos connaissances sur l’époque. »

Une dernière question plus personnelle : qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’histoire napoléonienne ?

« Quand j’étais petit, je faisais des maquettes d’avions. J’aimais bien l’histoire militaire, un peu comme beaucoup de jeunes hommes. Et puis, ma mère était traductrice et la culture, la langue françaises étaient toujours présentes dans notre famille. J’ai étudié au lycée bilingue Neruda de Prague. Tout cela s’est combiné, je dirais. Et puis, j’ai lu plusieurs livres sur Napoléon, rencontré des gens qui étaient déjà actifs dans la reconstitution. J’ai fini par créer mon premier uniforme et tout cela a commencé il y a 22, 23 ans. »