Des ONG veulent inciter les Tchèques à ne pas voter pour du « blabla »

blablanevolim.cz

Les promesses électorales peuvent constituer un genre littéraire en soi. Sans les traiter comme de la science-fiction, elles restent néanmoins trop souvent éloignées du récit réaliste. Réunies sous la plateforme « Rekonstrukce státu » (« La reconstruction de l’Etat »), une vingtaine d’ONG tchèques affirment ne pas vouloir se contenter de paroles en l’air. A l’approche des élections législatives anticipées, les 25 et 26 octobre prochains, elles ont lancé, la semaine dernière, une campagne intitulée « Bla bla nevolím » (« Je ne voterai pas pour du blabla ») qui vise à transformer le flux préélectoral en un engagement réel, réaliste et réalisable.

blablanevolim.cz
L’objectif de cette campagne « Je ne voterai pas pour du blabla » est à la fois de rendre un service aux électeurs munis d’informations supplémentaires et de les rapprocher de l’objectif de la plateforme « Rekonstrukce státu » : changer les règles du jeu afin de limiter les pratiques de corruption. Président de la branche tchèque de Transparency International, David Ondráčka nous a donné plus de détails sur le projet en cours :

« La campagne que nous venons de lancer se situe en période préélectorale et vise à pousser les candidats à tenir les promesses qu’ils ont données avant d’être élus. Nous voulons rendre ces promesses plus concrètes et tangibles, et c’est pourquoi nous demandons à chaque candidat de déclarer son soutien aux neuf projets de loi anti-corruption. S’ils acceptent, par le biais de leur signature, d’en soutenir au moins six, ils devront les soumettre à la Chambre des députés une fois qu’ils seront devenus législateurs. »

Il s’agit de la seconde campagne de « Rekonstrukce státu », qui place la lutte contre la corruption au centre de son intérêt. La démission du gouvernement de Petr Nečas et la dissolution de la Chambre des députés ont mis un terme au premier projet lancé en mai 2013. A l’époque, les signatures d’une cinquantaine de législateurs avaient été rassemblées. Tous les députés s’engageaient alors à voter pour neuf lois anti-corruption, dont une, qui interdit les actions anonymes, a déjà été approuvée. Le changement de contexte politique a donc entraîné une modification de la stratégie. Quant aux aboutissements concrets de ces engagements, David Ondráčka y croit :

David Ondráčka, photo: Šárka Ševčíková, ČRo
« D’une part, la force d’application réside dans la pression publique. En effet, en échange de leurs signatures, nous promettons à nos représentants politiques de faire un monitoring permanent de leurs activités, et lors de chaque vote au Parlement de signaler systématiquement et publiquement s’ils s’écartent de leurs promesses. D’autre part, nous disposons des voies médiatiques afin de faire passer l’information à un grand nombre d’électeurs. Enfin, nous allons désigner publiquement les députés actuels qui ont le plus freiné l’adoption des lois anti-corruption. Ainsi, nous faisons l’usage des instruments dont dispose la société civile, qui est de rendre les informations publiques et de les présenter dans leur contexte. Si les électeurs n’en tiennent pas compte, c’est bien sûr leur choix, mais après, ils auront le Parlement qu’ils méritent. »

Les bénévoles de « Rekonstrukce státu » demanderont à tous les candidats des partis dont les intentions de vote dépassent les 2% de soutenir les projets de lois anti-corruption, tous étant déjà prêts et rédigés.

Photo: Kristýna Maková
Selon le « Baromètre global de la corruption 2013 » de Transparency International, 83 % des sondés estiment que la corruption dans le secteur public tchèque est un problème très grave. Si les électeurs décident donc de tenir compte des engagements déclarés à l’initiative de « Rekonstrukce státu », les projets de lois suivants auront plus de chances d’aboutir : la réforme du financement des partis politiques visant à plus de transparence, la loi sur la fonction publique pour stabiliser la gestion de l’Etat, ou encore la loi sur les nominations dans les conseils de surveillance des entreprises publiques, un dernier toujours très controversé et qui a été à l’origine de la chute du gouvernement de Petr Nečas.