Les Accords de Munich, 70 ans après

Kopie Mnichovské dohody, foto. Štěpánka Budková

Retour, dans cette page d’histoire, sur les Accords de Munich signés il y a 70 ans, dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938. Quatre hommes d’Etat – Hitler, Chamberlain, Mussolini et Daladier, ont délibéré du sort de la Tchécoslovaquie sans celle-ci. Les accords qui en résultent laissent Hitler annexer les régions limitrophes tchécoslovaques – les Sudètes. Le gouvernement tchécoslovaque finit par accepter dans l’espoir que la paix en Europe puisse ainsi être sauvegardée.

La copie des Accords de Munich, photo: Štěpánka Budková
Le document vieux de 70 ans, dont la copie est exposée jusqu’au 23 novembre au Sénat, suscite aujourd’hui encore des sentiments les plus divers. On écoute l’historien Karel Straka, de l’Institut d’histoire militaire:

« Munich est incontestablement perçu par notre société comme un traumatisme, nous n’avons pas lutté et c’est pour cela que la question éternelle qui est posée et qui sera encore posée en rapport avec Munich est la suivante : fallait-il combattre ? »

Ivan Dérer
L’armée tchécoslovaque était mobilisée depuis le 23 septembre 1938. Les sentiments avec lesquels le gouvernement de Prague a accepté le diktat de Munich sont illustrés par le discours rempli d’émotion du ministre de la Justice, Ivan Dérer :

« Nous étions donc placés devant un choix : soit le combat héroïque de nos armées, mais un combat sans perspective, une guerre horrible qui se serait terminée par l’anéantissement de nos armées, par une destruction totale de la nation, soit accepter ce que les puissances européennes nous ont dicté à Munich et ce qui garantit un minimum vital à notre Etat, ses frontières ethnographiques et nationales. »

Edouard Daladier
La Tchécoslovaquie est amputée d’un tiers de ses territoires limitrophes. La protection de la minorité allemande en Tchécoslovaquie est un argument-clé de Hitler à Munich. Il déclare que c’est le plafond de ses revendications. Les Britanniques sont d’accord, ils ne veulent pas de guerre, les Français non plus. Les archives sonores conservent le discours d’Edouard Daladier, président du Conseil, prononcé à l’aéroport du Bourget le 30 septembre, à son retour de Munich :

« Je reviens d’Allemagne après une négociation certainement difficile, mais avec la conviction profonde que l’accord que nous avons conclu était indispensable au maintien de la paix de l’Europe. C’est la certitude qu’elle est aujourd’hui sauvée grâce au désir de concessions mutuelles et à l’esprit de collaboration qui n’a cessé d’inspirer à Munich l’action des chefs de gouvernement des quatre grandes puissances occidentales. J’espère qu’après avoir franchi ce défilé dangereux, nous pourrons envisager un règlement général des grands problèmes européens. Des heureux résultats sont aussi la conséquence certaine de l’émouvante discipline, du calme et de la résolution dont le peuple de France n’a cessé de faire preuve pendant tous ces derniers jours. C’est pourquoi jamais le peuple de France n’a possédé davantage qu’aujourd’hui l’estime réelle et profonde de toutes les grandes nations. »

Edvard Beneš
En revanche, le président tchécoslovaque de l’époque, Edvard Beneš, n’a aucune raison de partager l’espérance des puissances occidentales. Il essaie pourtant de garder son sang-froid, comme en témoigne son discours d’abdication prononcé le 5 octobre 1938 :

« Vous savez que dans ces circonstances, les quatre puissances se sont réunies pour convenir entre elles du sacrifice qu’elles nous demandent de faire au nom de la paix mondiale et que nous sommes contraints d’accepter. Je ne veux aujourd’hui ni analyser ni critiquer cette affaire, n’attendez pas de moi un seul mot de récrimination à l’égard d’une partie ou d’une autre. Il appartiendra à l’histoire de juger et son verdict sera certainement juste. Je dirais seulement ce que nous ressentons tous, avec beaucoup de douleur : le sacrifice que l’on nous a demandé si catégoriquement est inadéquat et injuste. »

Adolf Hitler à Prague
La conviction que la paix puisse être sauvegardée est généralement grande en Europe de l’Ouest. Voici un message de La jeunesse du monde présenté le 1er octobre 1938 sur les ondes de la radio française par un étudiant en archéologie :

« Au nom de la jeunesse de France, je m’associe à celle d’Allemagne, d’Angleterre et d’Italie dans l’immense joie de pouvoir espérer de nouveau que la puissance ne sera jamais plus dans la négation de la paix dans ce monde dont nous avons, nous, à édifier l’histoire de demain. Certes, le prix de nos vies n’aurait pas été trop cher si l’honneur et le bonheur de ce monde les avaient réclamé. Mais pour que nos jeunesses restent vaillantes, il n’est pas nécessaire, il n’est pas utile, il n’est pas bon qu’elles ajoutent leur force au fléau de la nature. »

Neville Chamberlain, Édouard Daladier, Adolf Hitler, Benito Mussolini
En réalité, Hitler n’a jamais renoncé à ses plans de destruction. Le 14 mars 1939, sa décision d’occuper le Protectorat de Bohême-Moravie est prise. Le 15 mars, à l’aube, les troupes nazies entrent dans Prague. Voici, pour conclure, le regard de l’historien Karel Straka sur la crise de Munich :

« Du point de vue historique, Munich a constitué un acte de violence sans précédent commis par quatre grandes puissances à l’égard d’un petit Etat. Ce facteur de solutionner une question autour d’une table de conférence ou à un forum du directoire n’était pas nouveau à Munich. C’est une idée qui est apparue dès le milieu des années 1930 en rapport avec le pacte des 4 et ce n’est qu’en 1938 qu’elle a été appliquée dans la pratique… »