En 2020, les leaders de la contestation contre Andrej Babiš veulent accentuer leur pression

Benjamin Roll et Mikuláš Minář, photo: Hospodářské noviny, 31. 12. 2019

L’association « Un million de moments pour la démocratie », qui a organisé les grandes manifestations contre Andrej Babiš à Prague l’année dernière, a présenté, mardi, ses premiers plans pour 2020. Un « Relais pour la démocratie » notamment se tiendra dans les chefs-lieux des treize régions de province avec, chaque semaine, un rendez-vous de protestation et de débat dans une ville différente. Grandes figures de l’association, ses cofondateurs Mikuláš Minář et Benjamin Roll ont profité de l’occasion pour faire le point sur leur action.

Benjamin Roll et Mikuláš Minář, photo: Hospodářské noviny, 31. 12. 2019
Pour son dernier numéro de l’année, le 31 décembre dernier, le quotidien Hospodářské noviny leur avait consacré une pleine première page. Sur la photo, Mikuláš Minář apparaissait en premier plan, avec Benjamin Roll à ses côtés en léger retrait et en-dessous du titre « Personnalité de l’année 2019 ». Au singulier probablement parce que les deux jeunes hommes travaillent en binôme depuis le lancement de leur mouvement en février 2018 et que plus personne en République tchèque, deux ans ou presque après, ne les imagine l’un sans l’autre.

Simples étudiants en théologie à l’Université Charles devenus figure de l’opposition au Premier ministre Andrej Babiš, Mikuláš Minář et Benjamin Roll, âgés respectivement de 26 et 24 ans, ont fait descendre des centaines de milliers de Tchèques dans la rue à plusieurs reprises en 2019 et ainsi engendré un mouvement populaire comme le pays n’en avait plus connu depuis les manifestations qui avaient abouti à la chute du régime communiste en 1989.

Depuis, même le prestigieux quotidien britannique The Times a placé Mikuláš Minář sur sa liste des vingt « étoiles montantes » à suivre dans le monde en 2020, aux côtés de Jimmy Sham, l'organisateur des manifestations de Hong Kong, de la princesse espagnole Leonor, 14 ans, ou encore de Valérie Pécresse, la présidente du conseil régional d'Île-de-France.

Photo: Martina Schneibergová
Mais surtout, si un nombre croissant de jeunes Tchèques s’intéressent de nouveau aujourd’hui aux affaires politiques et publiques et expriment leurs opinions, c’est en grande partie grâce à eux. Dans un entretien accordé à Radio Prague International mardi à l’issue de la conférence de presse, Benjamin Roll a confirmé l’ampleur prise par le mouvement de contestation en l’espace de quelques mois :

« Nous-mêmes avons été surpris du nombre de gens qui ont souhaité s’engager activement. C’est une grande source d’espoir pour l’ensemble de la société, car cela montre que nous ne sommes pas une société apathique ou qui serait tombée dans la léthargie. De plus en plus de gens prennent conscience qu’il existe des problèmes dans notre pays, et que ce ne sont pas des petits problèmes. Et l’année 2019 nous a montré qu’il existait une volonté de résoudre ces problèmes. »

Photo: Hynek Moravec, CC BY-SA 4.0
Andrej Babiš n’ayant cependant pas démissionné de ses fonctions de chef du gouvernement malgré les poursuites judiciaires dont il continue de faire l’objet, pas plus que Marie Benešová de celles de ministre de la Justice, comme Un million de moments le réclamait également, Benjamin Roll reconnaît cependant que leur objectif est encore loin d’être atteint :

« La partie n’est pas encore gagnée. Au contraire, l’urgence d’empêcher une nouvelle restriction des principes démocratiques dans notre pays apparaît un peu plus encore au grand jour. Ce que nous voulons, c’est que la société soit prête à défendre ces principes si la situation venait à s’aggraver davantage encore. Nous voulons croire que nous sommes sur la bonne voie et c’est fantastique ! »

Pour atteindre ce but et accentuer la pression sur Andrej Babiš et ses affaires, des débats se tiendront donc un peu partout dans le pays à compter de la fin février de manière à mettre en lumière, encore et toujours, les problèmes actuels, et ce y compris à l’échelle locale. Président de l’association, Mikuláš Minář a expliqué que la démission du Premier ministre, toujours en situation de conflit d’intérêts selon lui, continuera d’être réclamée :

Mikuláš Minář, photo: Martina Schneibergová
« Nous nous doutions que les gens avaient tendance à attendre trop et à chercher un sauveur. Mais nous ne soupçonnions pas qu’ils en attendraient autant. Ces attentes sont souvent exagérées et même parfois un peu irréalistes. Or, les attentes irréalistes engendrent des déceptions. Si quelqu’un pensait qu’il suffit de claquer des doigts et de rassembler un certain nombre de gens sur la place publique pour que le Premier ministre démissionne compte tenu de la situation politique actuelle, il s’agissait à l’évidence d’une erreur. »

Plus généralement, d’ici à juin 2021, « Un million de moments pour la démocratie » entend faire le tour de la République tchèque avec pour objectif de parvenir à une victoire des partis considérés comme démocratiques lors des prochaines élections législatives.