En Centrafrique, un centre de formation agricole qui se développe aussi grâce à l’Enfant Jésus de Prague
Depuis quelques années, en coopération avec l’ONG tchèque Siriri, une école agricole et une ferme pédagogique à Bangui offrent une formation à plusieurs centaines de jeunes étudiants. Carme et prêtre italien en mission en République centrafricaine depuis plus de trente ans, père Stefano est le responsable de cet établissement. De passage à Prague, nous l’avons rencontré pour évoquer le développement de ce projet, ainsi que sa longue histoire avec un Enfant Jésus de Prague qui, explique-t-il, n’a jamais cessé de le guider depuis son enfance.
Extraits principaux de l'entretien dont la version sonore offre l'intégralité :
« Je m’appelle Stefano Molon et suis prêtre carme, donc Père Stefano. Je suis Italien de naissance, j’ai 62 ans et j’ai grandi à Gênes. Mais très jeune, je suis entré au séminaire, et à 29 ans, j’ai été ordonné prêtre. Et ce, tout de suite avec un fort désir de vivre ma mission pour les autres, en particulier en Afrique où, déjà, les carmes de Gênes menaient plusieurs missions. Je suis donc parti dès mes 30 ans, c’était en 1993, soit la même année que celle où les carmes de Gênes sont arrivés à Prague pour prendre la charge de l’église de Sainte-Marie-de-la-Victoire, où se trouve la statuette de l’Enfant Jésus de Prague. »
« Il existe un lien entre les deux pays. Les carmes de Gênes ont un grand sanctuaire, le sanctuaire d’Arenzano, avec une basilique qui est elle aussi dédiée à l’Enfant Jésus de Prague. Pendant toutes les années (sous le régime communiste) où l’église est restée fermée ici à Prague, les carmes italiens ont gardé le désir de pouvoir un jour y retourner. Et cela a été possible (au début des années 1990) grâce au cardinal Vlk. Donc, voilà, l’année où, moi, je suis parti en Afrique, les carmes sont revenus à Prague. Depuis, je suis venu plusieurs fois rendre visite à mes confrères à Prague, et plusieurs d’entre eux sont aussi venus en Centrafrique pour des missions plus brèves que la mienne, puisque moi, je suis toujours resté là-bas. Nous sommes donc un peu comme des frères. Et cette année, j’ai profité d’un petit mois de congé en Italie non seulement pour rendre visite à mes confrères à Prague, mais aussi aussi à chercher de voir un peu les possibilités de coopération. »
Enfant en Italie, connaissiez-vouus déjà cette histoire de l’Enfant Jésus de Prague ?
« Quand j’étais enfant de chœur, dans la petite chapelle proche de ma maison que je fréquentais avec ma maman et mes frères, il y avait, sur la droite, une statuette que moi, petit enfant, je considérais comme une poupée. Parce que je n’en connaissais pas le sens et parce que cela ressemblait vraiment à une poupée. Ce n’est que quelques années plus tard, je devais alors 12 ou 13 ans, que je suis allé pour la première fois dans ce sanctuaire à Arenzano dédié à l’Enfant Jésus de Prague. À cette époque-là, au milieu des années 1970, visiter cette église à Prague était très compliqué. »
« En 1976, je suis entré dans cet internat à Arenzano qui donnait aux enfants la possibilité de devenir prêtre. Chaque jour pendant plusieurs années, nous avons assisté à la messe célébrée dans cette grande église, avec une belle statuette certes légèrement différente de celle que l’on trouve à de Prague, mais qui était néanmoins celle de l’Enfant Jésus de Prague. Nous parlions aussi entre nous de la ville de Prague qu’un prêtre italien avait pu visiter. Il nous a raconté que l’église était à moitié fermée, combien c’était difficile de la visiter... Et c’est comme ça que mon amour pour l’enfant Jésus, cette dévotion, a grandi. »
« Jusqu’au jour où, pour la première fois, j’ai moi aussi pu me rendre à Prague et visiter cette église qui est absolument magnifique. C’est aussi la raison pour laquelle des gens du monde entier la visitent. »
Effectivement, en ce mercredi matin de bonne heure, on voit déjà pas mal de passage dans l’église avec des gens qui s’arrêtent pour prier un petit moment devant la statuette. Avec le temps, y restez-vous toujours aussi attaché que lorsque vous-même étiez enfant ?
« Oui, quand je suis devenu frère, j’ai pris aussi le nom religieux de frère Stéphane de l’Enfant Jésus. Et on peut ici se demander ce que cela signifie, car on pense à Jésus mort sur la croix, puis ressuscité. Mais, quand on prie et que l’on s’approche de cette statuette, de cet enfant et de Dieu qui s’est fait petit homme, cela facilite beaucoup la confiance. Cela facilite l’ouverture du cœur et la prière. Et je comprends pourquoi beaucoup de gens s’approchent de Dieu de cette façon. Dieu qui est tout-puissant, qui pourrait être loin, mais qui s’est fait petit enfant et qui aime que l’on s’adresse à lui par la prière sous cette forme-là. Alors, moi aussi, j’ai continué à aimer prier l’Enfant Jésus. N’oublions pas ce que Jésus a enseigné que pour entrer au royaume des cieux, il faut devenir semblable aux enfants. »
« Cela signifie aussi que chacun d’entre nous, même s’il est grand, adulte, doit savoir rester simple pour accueillir les autres et pour être accueilli. Alors, c’est un bon message aussi pour moi, et pour tout le monde qui vient ici dans cette église. »
Quelle est la place de cet enfant Jésus dans votre mission en Centrafrique ? Vous aide-t-il là-bas aussi ?
« Oui, certainement. Vous savez, la République centrafricaine est vraiment le pays des enfants et de la jeunesse. Les enfants sont partout et leur présence est une importance source de joie pour le cœur, vraiment. Mais aussi d’inquiétude, parce que l’on se demande ce que l’on peut faire pour aider cette jeunesse. »
« Me concernant, une des difficultés quotidiennes de ma mission, depuis trente ans, est d’être confronté à l’apparente lenteur des changements. Et avec un cœur d’enfant, cet enfant Jésus me donne sa confiance, comme les enfants ont confiance en leurs parents. Et avec cette simplicité de cœur, je ne peux certes pas changer le monde, mais je peux apporter ma petit aide. Cet esprit d’enfant me permet de continuer à travailler sans me décourager. Je ressens toujours un peu d’enthousiasme et de joie de servir ce jeune pays-là. »
« Je crois aussi que l’enfant Jésus m’aide beaucoup à continuer à vivre non seulement sans vieillir mais aussi en gardant un cœur jeune. »
Père Stefano, si vous êtes de passage à Prague, pour la première fois depuis dix ans, c’est aussi dans le cadre d’un projet qui a été lancé il y a quelques années de renouvellement d’une plantation de palmiers à huile vieillissante et d’école agricole destinée aux jeunes Centrafricains à Bangui. C’est un projet qui a été développé avec l’ONG tchèque Siriri et l’Université des sciences de la vie de Prague...
« Quand j’étais enfant, je voulais devenir fleuriste ou agriculteur. J’ai toujours aimé l’agriculture, planter des fleurs, des arbres, ou garder des animaux. Ma maman saurait vous dire combien d’animaux je lui ai ramenés à la maison alors que nous habitions dans un appartement... Et même au séminaire, jeune frère, jeune prêtre, cet amour ne m’a jamais quitté. Qui vient en Centrafrique peut voir des arbres que j’ai plantés il y a trente ans et que les bras de trois personnes ne suffisent pas pour encercler aujourd’hui... »
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« Et depuis deux ans, effectivement, on m’a confié la direction de ce projet qui existe depuis environs cinq ans d’école agricole carmel à Bangui. Et dans cette grande plantation de palmiers à huile vieillissante que nous avons renouvelée, nous avons fait ‘pousser’ cette école agricole qui est un grand atout pour le pays, car il manque énormément de structures de formation. Désormais, nous sommes en train de faire naître une université d’agronomie. »
« Notre centre, lui, propose aux jeunes une formation d’une année, très intense, pour leur permettre de devenir des entrepreneurs agricoles. Nous formons dans tous les domaines de l’agriculture : de la pépinière au potager en passant par le verger, les fleurs et la zootechnie. Nous possédons toutes les structures pour cela. Depuis deux ans, je travaille pour mettre aussi en pratique et pouvoir disposer de toutes les réalités concrètes et de tous les animaux de différentes espèces : les lapins, les cailles, les poules, les brebis, les bovins de races améliorées... »
« La rencontre avec Siriri, une ONG qui est au service du développement de la Centrafrique, a été très fructueuse. Depuis déjà plusieurs d’années, Siriri nous soutient à différents niveaux, surtout en matière de formation des jeunes. Et aux yeux de ses responsables, cette école agricole à Bangui peut être vraiment un atout pour le développement du pays. Ils nous ont aidé, par exemple, à construire un poulailler moderne ou à développer un un petit élevage bovin. »
« Et cette année, nous allons étudier comment redonner une âme à cette grande culture de palmiers vieillissante. Nous avons commencé il y a deux ans, mais la question désormais est de savoir comment concrètement continuer à avancer dans ce projet. Je suis donc à Prague pour rencontrer des responsables de la faculté d’agronomie et les partenaires qui voudront nous aider. »
Dans quelle mesure cette expertise de l’université de Prague est-elle importante pour le développement de votre projet ?
« Un jeune expert très compétent de l’université de Prague, Jan Staš, qui est responsable de projets dans plusieurs pays du monde, est venu nous voir l’année dernière et ce projet l’a beaicup enthousiasmé car il en a constaté les atouts sur le terrain. Il s'agit d’un terrain, qui nous appartient, de plus de 120 hectares situé dans le centre de Bangui. Quand il a été été acheté, il y a vingt-cinq ans, et quand le projet de cette palmeraie et de grande cultivation d’arbres à bois, de teck surtout, et d’autres arbres forestiers a été lancé, il se trouvait totalement hors de la ville. Il n’y avait même pas d’accès, pas de route. »
« Mais actuellement, Bangui, comme la plupart des capitales africaines, est en train de grandir, et donc ce terrain, grand et petit à la fois, de 120 hectares, est totalement entouré des quartiers. Et pour la ville, c’est un poumon vert. Il y a cette école, certes, mais c’est aussi devenu un endroits où les habitants de Bangui aiment venir pour prier, pour se ressourcer ou pour pique-niquer, parce que c’est vraiment comme un grand parc, accessible, propre, et un peu en hauteur, avec un climat légèrement meilleur que celui de Bangui. Et maintenant, donc, il faut continuer à voir comment y travailler. »
Parmi les jeunes que vous avez formés avec succès, y a-t-il déjà des projets qui ont été développés par ces anciens étudiants en dehors du cadre de l’école ? Autrement dit, dans quelle mesure votre travail porte-t-il ses fruits ?
« Alors là, je dois être très humble. C’est un grand défi, mais je ne dispose pas de toutes les données. L’idée est que le plus grand pourcentage de jeunes puissent continuer en réalisant leurs propres projets, en poursuivant leurs études à l’université, mais je sais aussi que beaucoup se perdent en route et qu’ils choisissent de faire autre chose. »
« Il y a la difficulté de l’accès au crédit. Dans ce pays, si tu n’as pas d’argent, c’est difficile de se lancer. Siriri, là aussi, aide les meilleurs de nos jeunes pour qu’ils puissent continuer à étudier, mais pour le reste, nos possibilités et moyens sont limités. »
« Le but est que chaque jeune qui sort de l’école puisse avoir déjà une perspective concrète de réalisation. Nous avons un très bon professeur d’entrepreneuriat, qui est devenu une des matières principales dans notre école. Il aide les jeunes à comprendre la manière d’entrer dans la vie professionnelle, comment ils peuvent accéder à certaines aides, comment s’organiser en coopérative, etc. Malheureusement, les Centrafricains ont du mal à travailler ensemble, ils n’ont pas encore cette mentalité d’unir leurs forces dans un intérêt commun et il y a un peu de méfiance réciproque. C’est une grande limite, alors que seul, tu ne peux pas t’en sortir. Il te faut absolument te mettre en coopérative pour réussir. »
Père Stéphane, ce projet d’école agricole vous a-t-il apporté à vous aussi un nouvel élan dans votre mission en Centrafique ? Vous avez évoqué au début de cet entretien le fait que vous avez toujours aimé avoir les mains dans la terre, les animaux...
« C’est une très belle question et, oui, c’est la réalité. J’ai eu de grandes difficultés à commencer. Quand on m’a déplacé à Bangui, j’étais curé d’une petite paroisse rurale à Bahoro à 400 kilomètres de Bangui depuis six ans et cela a été une belle expérience. Quand on m’a demandé de prendre en main cette école et cette ferme, on m’a laissé un peu seul, je n’étais pas accompagné et cela a été très difficile. Aujourd’hui, deux ans plus tard, je commence à avoir une vision plus claire des personnes qui m’aident plus visible, et, c’est vrai, c’est comme une deuxième jeunesse à 62 ans. »
« Je suis très motivé parce que je crois en ce projet pour le développement du pays avec ses différentes collaborations avec les autres universités, les autres centres les formation... Et, pour moi, c’est un grand défi qui réclame beaucoup d’énergie et qui est source de fatigue aussi. Mais je suis heureux de pouvoir donner de ma personne et les changements sont visibles pratiquement jour après jour. Si vous venez visiter la ferme dans six mois, elle ne sera plus ce qu’elle est aujourd’hui. Le projet avance donc, et j’espère que petit à petit il deviendra un phare et une source de lumière aussi le pays. »







