En hommage à Kepler, ils veulent illuminer le viaduc de Nusle

En décembre prochain, nous fêterons le 450e anniversaire de l’astronome Johannes Kepler. Pour l’occasion, douze étudiants Erasmus à Prague souhaitent lui rendre hommage en illuminant le pont de Nusle des signes du Zodiaque. Une entreprise inédite pour la bande qui, il y a encore quelques semaines, ne se connaissait pas. Benjamin Rigaud, à l’initiative de l’idée, nous en dit plus sur le projet Kepler 450.

Benjamin Rigaud, bonjour. Alors, le projet Kepler 450, c’est quoi ?

Benjamin Rigaud | Photo: LinkedIn de Benjamin Rigaud

« C’est un projet fou pour le viaduc de Nusle qui relie le centre de Prague aux nouveaux quartiers du sud. On veut tout simplement transformer cette structure monumentale en un nouveau monument en hommage à Kepler en y projetant les douze constellations du Zodiaque, ce qui pourrait créer un nouveau ciel étoilé pour Prague, la nuit. […] Ça fera 108 m de long pour 40 m de haut. »

Comment est née cette idée ?

« C’est compliqué à expliquer, mais ça s’inspire d’un projet ancien assez connu qui est le cénotaphe de Newton d’Etienne-Louis Boullée. Au XVIIIe siècle, cet architecte voulait construire un énorme monument sphérique à la gloire d’Isaac Newton mais ça n’a jamais été fait. C’est un projet qui me fascine, je suis étudiant en Sciences et en Histoire et j’aime beaucoup l’art et l’architecture. Je me suis rendu compte que si on ne prenait que la bande zodiacale de la sphère Louis-Boullée, on pouvait la dérouler sous le viaduc de Nusle, pour rendre hommage à Kepler, et non plus à Newton. »

Pouvez-vous présenter votre groupe ?

La visualisation des constellations du Zodiaque sur le pont de Nusle | Source: Kepler 450

« Nous sommes douze étudiants Erasmus. On est cinq Français et il y a toutes les nationalités imaginables : un Macédonien, un Croate, un Norvégien, un Iranien, une Kirghize, une Polonaise, etc. On fait tous des études différentes, on ne se connaissait pas, j’ai lancé des appels sur les réseaux sociaux et douze personnes sont venues d’un coup. Il y a des informaticiens, des architectes, des étudiants en management, économie et en business. Il y a aussi des gens qui travaillent déjà dans des entreprises à Prague mais on s’intéresse tous à l’architecture et on a à peu près la même vision quant à l’architecture de Vitruve. »

Qu’est-ce qui vous unit ?

« C’est l’envie de laisser une trace dans Prague. On a été là en Erasmus et n’avons même pas eu de cours en présentiel. Nous ne sommes même pas allés dans nos facs. On a quand même eu la chance de partir à l’étranger, il y a beaucoup de gens dont les Erasmus ont été annulés, donc on doit quelque chose à Prague. Et ce qu’on va offrir en échange, c’est un petit souvenir. »

Pourquoi Johannes Kepler ?

Johannes Kepler | Source: public domain

« Parce qu’il est  associé à Prague où il a vécu. Il y a rejoint Tycho Brahe à la cour de Rodolphe II. Et tout simplement, c’est son 450e anniversaire cette année. Et je pense que dans la mémoire tchèque, c’est une figure nationale importante. »

Comment avez-vous choisi le viaduc de Nusle ?

« C’est un pont qui a une histoire très compliquée, c’est-à-dire qu’il est très associé à la période communiste. Concrètement, ce n’est pas le pont le plus apprécié de Prague. Pourtant il a un énorme potentiel. Je crois à l’architecture selon Vitruve, c’est-à-dire où l’architecture doit être solide, utile et belle, firmitas, utilitas, et venustas. Et ce pont, tout simplement, il est solide et utile mais il n’est pas beau. Mais si on projette les signes du Zodiaque, il pourrait l’être. »

Quelles technologies allez-vous utiliser pour projeter ces constellations ?

« On va prendre la plus simple et la plus moderne, la technologie Gobo. Ce sont des projecteurs avec un filtre très haute définition qui projettent très bien et de manière très nette. Et c’est ce qu’utilise la plupart des artistes, comme par exemple au Signal festival. On s’inspire beaucoup d’eux aussi. »

Le viaduc de Nusle | Photo: Kristýna Maková,  Radio Prague Int.

Comment allez-vous financer ce projet ?

« On commence par chercher des partenariats institutionnels et des soutiens politiques. On se donne six mois pour réaliser ce projet, puisque Kepler est né en décembre et qu’on veut célébrer son anniversaire en posant la première pierre du projet. On pense aussi faire un Kickstarter (plateforme internet de financement participatif, ndlr) mais aussi, pourquoi pas par la publicité. C’est-à-dire que s’il y a des marques qui sont intéressées pour nous contacter pour projeter leur logo, parmi les constellations, ça pourrait être super beau. On s’est aussi inscrit à des concours. »

De quel montant avez-vous besoin ?

« On s’est dit que pour le Kickstarter, on allait demander 4 000 € pour pouvoir faire une version minimale du projet. Après si on veut faire quelque chose de mieux, on peut aller jusqu’à 12 000 €. »

Est-ce que ce projet pourrait être installé à long terme ?

« On essaye d’en discuter avec la mairie de Prague 2 qui, pour l’heure, nous a dit que c’était imaginable pour quelques mois. Une fois que ce sera fait et si on se rend compte que ce projet artistique est une meilleure manière d’illuminer la nuit, on essayera que ça devienne un nouvel éclairage urbain et un nouveau monument pragois. »

Pensez-vous que votre projet pourra être mené à son terme ?

« Oui, peut-être qu’il ne sera pas mené selon la forme qu’on imagine maintenant mais d’une manière ou d’une autre, on va créer un Zodiaque géant projeté quelque part. On est sûrs de le faire. »

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