Pas de graffitis sur le pont Nuselský ?

Foto: Visualisation, Taktum

Huit artistes tchèques et étrangers, reconnus dans le domaine de l’art urbain, devaient décorer, dès ce vendredi, les quatre piliers du pont Nuselský, une des principales artères de Prague. Or cette opération, soutenue par la mairie de Prague, a été reportée suite à une vague de protestations de la part des spécialistes et même de certains artistes. Le projet a également suscité une vive polémique dans les médias.

Foto: Visualisation, Taktum
L’année prochaine, le pont Nuselský most fêtera ses quarante ans d’existence. Mesurant presque 500 mètres de long sur une trentaine de mètre de large, il permet de traverser, en voiture, en métro ou à pied, la vallée du quartier de Nusle et relie ainsi la partie sud de la capitale avec le centre-ville. Par ailleurs, cette construction en béton et en fer, unique dans la capitale et qui a aujourd’hui une valeur architecturale incontestable, est aussi tristement réputée pour être le pont des suicidés : plus de 300 personnes s’y sont donnés la mort en sautant d’une hauteur de quarante mètres… Krištof Kintera avait l’an passé installé une sculpture en forme d’hommage à ces victimes au niveau du premier pilier du pont : il s’agissait d’une lanterne tournée vers le ciel.

A l’automne 2012, une autre création artistique aurait dû décorer l’un des plus grands ponts du pays. Huit artistes tchèques et étrangers qui se consacrent à l’art urbain, auraient dû dessiner des graffitis sur les quatre piliers gris du pont Nuselský. Le projet, soutenu par la municipalité de Prague et subventionné, entre autres, par la société d’approvisionnement en gaz Prazská plynárenská, devait se dérouler dans le cadre de l'exposition internationale du graffiti et du street art qui sera ouverte début octobre à la Bibliothèque municipale de Prague. Le projet a immédiatement soulevé des réactions houleuses. Un des architectes du pont, Stanislav Hubička, dont le consentement n’a d’ailleurs pas été demandé par les organisateurs, a été parmi les premiers à critiquer la décoration. Vladana Rydlová, co-organisatrice du projet « Graffiti bridge », explique :

Foto: Visualisation, Taktum
« M. Hubička craint que les couleurs qui devraient être utilisés par les artistes, des couleurs façade d’une bonne qualité, ne pénètrent en profondeur. Si tel était le cas, il ne serait plus possible d’enlever ces peintures ».

Finalement, un autre aspect a empêché les organisateurs et les artistes de réaliser leurs ambitions : il s’est avéré que ces derniers n’avaient pas obtenu l’accord de l’Institut de protection des monuments historiques – condition sine qua non car le pont se trouve dans la zone protégée de la capitale. Le projet a donc été ajourné, mais le débat sur les graffitis, dont l’ampleur et l’intensité peuvent même surprendre, se poursuit : que ce soit dans la presse écrite ou dans les médias électroniques. A-t-on le droit de toucher au pont ? Les graffitis proposés sont-ils de qualité ? Ont-ils une valeur artistique ? Ne relèvent-ils du domaine du kitsch ? Ne fait-on pas de Prague un « cirque où tout est permis » ? Et, finalement, le gris du béton est-il si laid ? Autant de questions soulevées au cours de ce débat. Les artistes, eux-non plus, ne sont pas unanimes : des étudiants des Beaux-Arts ont lancé une pétition pour la sauvegarde du Nuselský most dans sa forme actuelle, une pétition soutenue à l’heure actuelle par 500 personnes.