En République tchèque, pas de plombiers mais des prêtres polonais

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En République tchèque, on ne parle pas du phénomène du plombier polonais, comme en France, mais plutôt de celui du prêtre polonais. Aujourd'hui, environ 200 prêtres catholiques venus de la très pieuse Pologne voisine célèbrent la messe dans des églises tchèques.

Petr Kolar
Explications avec Petr Kolar, prêtre jésuite tchèque :

« Le phénomène est très réel. Le manque de prêtres, en Bohême surtout, est cruel. La Pologne, depuis assez longtemps, a beaucoup de vocations sacerdotales, donc les évêques polonais ont décidé de prêter l'oreille à la demande des évêques tchèques de donner un coup de main, surtout après la chute du mur de Berlin, parce que jusque là, la formation des prêtres était ici très surveillée et limitée. Les prêtres polonais sont arrivés assez nombreux dans les années 90. Maintenant il y a un reflux, c'est à dire que certains rentrent dans leur pays, se rendant compte que la Bohême n'est pas catholique au sens polonais du terme. Le contraste est moins fort en Moravie-Silésie, où j'habite. Il y a aussi une partie de la Silésie qui est polonaise, donc là c'est moins difficile. Les prêtres polonais s'intègrent beaucoup plus facilement. Ceci dit, tout étranger quand il vit dans un pays qui n'est pas le sien lutte avec les mêmes problèmes : avec la langue et avec les mentalités. »

« Certains réussissent mieux que d'autres, mais certains réussissent si mal qu'ils restent malheureux tout le temps de leur séjour et rendent malheureux les autres. Or, même si le tchèque et le polonais semblent linguistiquement proches, les mentalités et le catholicisme sont très différents, et même presque opposés. Donc s'habituer à la vie de la Bohême centrale quand on vient de la Pologne catholique n'est pas facile. »

« Enfin, je ne parle pas de cas précis car je ne suis pas prêtre diocésain, donc je n'ai pas de contacts directs avec ces Polonais. Mais j'ai vécu beaucoup en France, en Allemagne et en Autriche et quand un évêque doit envoyer un prêtre à l'étranger, il n'envoit pas son bras droit ou ses meilleurs éléments. Souvent, il envoit ceux avec qui il a quelques difficultés ou frictions. Or, si de tous les diocèses polonais se retrouvent dans un endroit dépeuplé et déchristianisé quatre ou cinq prêtres polonais (c'est un cas hypothétique, je ne vis pas en Bohême centrale mais j'ai observé ce problème ailleurs) qui sont un peu en conflit avec leur évêque polonais, ils vont très rapidement entrer en conflit avec l'évêque et le clergé local. Donc la difficulté est naturelle ; la surmonter est possible mais difficile, et tout le monde ne réussit pas. »