En Tchéquie, la difficile recherche d'un consensus politique sur les questions internationales

Les plus hauts représentants de l’État tchèque, du président de la République aux présidents des deux Chambres du Parlement en passant par les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, se sont réunis au Château de Prague

Le soutien à l’Ukraine, l’augmentation des dépenses militaires ou encore la nécessité de reconsidérer la coopération avec l’Europe et les États-Unis face à l’évolution de la rhétorique américaine ne font pas l’unanimité au sein de la classe politique tchèque. C’est dans ce contexte que le président Petr Pavel et le Premier ministre Petr Fiala, de nouveau réunis au Château de Prague lundi, ont réaffirmé leur volonté de voir l’ensemble des partis siégeant au Parlement accorder leurs violons sur les questions fondamentales, dans l’intérêt du pays.

Samedi dernier, 8 mars, dans une brochure en forme de bilan provisoire publiée à l’occasion du deuxième anniversaire de son entrée en fonction au Château de Prague, en plus d’exprimer son souhait de voir la Tchéquie à l’avenir devenir « la Finlande de l’Europe centrale », à savoir un pays à la fois sûr de lui, résolu, déterminé et prospère, Petr Pavel a exprimé sa déception quant à l’incapacité des différents partis représentés au Parlement à parvenir à des compromis sur les thèmes les plus importants.

Et si le président a cité la réforme des retraites comme exemple, il aurait tout aussi bien pu prendre celui des questions internationales tant la classe politique tchèque apparaît divisée entre les partisans et opposants du soutien à l’Ukraine ou des nouvelles positions américaines.

Petr Pavel | Photo: X de Petr Pavel

La nécessité de réagir à l’évolution de la situation internationale depuis le retour aux affaires de Donald Trump et le rapprochement entre les États-Unis et la Russie, la volonté aussi d’augmenter notoirement les dépenses militaires, sont les raisons pour lesquelles les plus hauts représentants de l’État tchèque, du président de la République aux présidents des deux Chambres du Parlement en passant par les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, se sont réunis au Château de Prague, lundi en fin d’après-midi. Une réunion longue de plus de deux heures à l’issue de laquelle Petr Pavel a exprimé la priorité de Prague dans l’état actuel des choses :

« Notre préférence restera de continuer à coopérer étroitement avec les États-Unis et de conserver une relation transatlantique opérationnelle. Mais nous nous devons également de nous préparer à un scénario dans lequel l’Europe, ou une partie de l’Europe, se devra de compter sur elle-même. Et dans ce cas de figure, nous sommes prêts à coopérer très étroitement avec les pays qui pensent comme nous ou de la même manière que nous, afin de nous assurer que nous conservons toutes les capacités nécessaires pour assurer notre défense. »

Fin février déjà, à la suite d’une première réunion au Château, le président et le Premier ministre avaient convenu de la nécessité d’accélérer le processus de réarmement et de modernisation de l’armée. Puis, mercredi dernier, le gouvernement avait confirmé sa volonté de faire grimper les dépenses militaires à 3 % du produit intérieur brut à l’horizon 2030. Une volonté qui n’est toutefois pas celle de tous, comme le regrette Petr Fiala :

Petr Fiala | Photo: Anna Boháčová,  Profimedia

« Dans cette situation internationale complexe, nous devons faire le maximum pour que toutes les forces politiques clés s’accordent sur la manière de renforcer notre sécurité, sur la direction à prendre, sur la nécessité d’augmenter les dépenses militaires, et sur toutes ces choses fondamentales. C’est la raison pour laquelle j’ai convoqué pour ce jeudi une réunion à laquelle ont été conviés tous les dirigeants des partis politiques représentés à la Chambre des députés et durant laquelle je m’efforcerai de faire en sorte que nous parvenions à un tel consensus dans l’intérêt des Tchèques. »

Le propos du chef du gouvernement a été relayé par un Petr Pavel soucieux, comme il le déclare souvent lors de ses fréquents voyages en province, de voir les Tchèques faire preuve d’une plus grande unité et cohésion :

« Les questions de sécurité de notre pays ne sont pas l’affaire d’un parti politique. Elles nous concernent tous. Et la manière dont nous entendons garantir la défense de ce pays et définir les grandes lignes de sa politique étrangère est bien entendu quelque chose qui doit faire l’objet d’un consensus aussi large que possible. »

Petr Fiala et Vít Rakušan | Photo: Anna Boháčová,  Profimedia

En attendant leur possible évolution en fonction des résultats des élections législatives qui se tiendront à l’autome prochain, les grandes lignes de la politique étrangère de la Tchéquie restent inchangées, comme l’a rappelé Vít Rakušan, le leader du parti libéral STAN, une des quatre formations composant la coalition gouvernementale de centre-droit :

« Nous sommes membres à la fois de l’Union européenne et de l’OTAN, et nous souhaitons y faire preuve de proactivité. Nous considérons clairement la Russie comme l’agresseur et l’Ukraine comme la victime. J’espère donc que, ne serait-ce que sur ces principes de base, nous parviendrons à nous mettre d’accord avec le mouvement ANO. »

Pour l’heure, toutefois, dans les rangs de l’opposition, à l’exception des Pirates, pas plus le mouvement dirigé par l’ancien Premier ministre Andrej Babiš, qui, en février dernier, avait participé à la réunion des leaders du groupe parlementaire Patriotes pour l’Europe à Madrid, que le parti d’extrême droite SPD, n’ont encore répondu à l’invitation lancée par le Premier ministre.

À six mois de la tenue d’élections dont ANO fait plus que jamais figure de grand favori, ni le soutien à l’Ukraine ni l’augmentation des dépenses militaires ne sont considérés comme des priorités par ces deux formations, comme en témoigne la réaction de Tomio Okamura, leader du SPD :

Tomio Okamura | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Pour ce qui est de la volonté de faire passer le montant des dépenses militaires à 3 % du produit intérieur brut, comme cela a été annoncé la semaine dernière, nous nous voyons mal trouver un terrain d’entente avec le gouvernement et le président, car nous considérons que cette augmentation se ferait sur la base d’un endettement monstrueux. »

Enfin, alors que le débat plat son plein en Allemagne voisine ces derniers jours quant à une éventuelle annulation de la commande de trente-cinq avions de combat F-35 américains, précisément en raison du revirement des États-Unis dans la guerre en Ukraine, le Premier ministre tchèque, toujours lundi, a, lui, fait savoir que Prague n’envisageait pas de reconsidérer le contrat signé à Washington l’année dernière - le plus important de l’histoire de la Tchéquie en matière d’armement - portant, lui aussi, sur l’achat de vingt-quatre chasseurs américains. Une preuve que, pour l’heure, en matière de défense, la Tchéquie n’entend pas couper le lien avec des États-Unis qu’elle continue de considérer comme un allié.