En Tchéquie, les mères célibataires de plus en plus touchées par la pauvreté
La pandémie de Covid-19 et l’inflation galopante qui s’en est suivi sont les deux principales raisons pour expliquer la hausse sans précédent du nombre de familles monoparentales vivant sous le seuil de pauvreté. C’est ce qui ressort d’une étude menée par l’Académie des sciences de Tchéquie.
Alors qu’en 2021, 32,4 % des familles monoparentales vivaient sous le seuil de pauvreté, leur pourcentage atteignait 36,3 % l’an dernier. Selon l’institut SYRI qui étudie les impacts socio-économiques des maladies et des risques systémiques et qui rassemble des chercheurs de plusieurs institutions, dont de l’Académie des sciences, le taux moyen de pauvreté monétaire n’était « que » de 9,5 % en 2024 – mais de 12 % pour les familles avec enfants.
On parle ici de manière générique de « familles monoparentales », mais la réalité crue est que l’immense majorité d’entre elles sont en fait des femmes seules avec leurs enfants à charge. En Tchéquie, le nombre de ménages dans lesquels vit uniquement un parent avec ses enfants, généralement des mères donc, même si le nombre de pères tend à augmenter, représente environ un quart de l’ensemble des ménages.
Depuis le début de la pandémie, la chercheuse Radka Dudová a suivi 32 mères célibataires avec des enfants en bas âge et a mené des entretiens approfondis avec elles. Il ressort de son étude que pendant la pandémie, elles ont été aidées par des organisations non gouvernementales qui se sont substituées à « l’État social, qui a souvent failli à sa mission ». Après le recul du Covid-19, la situation des familles monoparentales s’est encore détériorée. En cause : l’inflation liée à la pandémie mais aussi à la guerre en Ukraine qui a vu une flambée des prix de l’énergie notamment. Les femmes en auto-entrepreneuriat ont souvent vu leur affaire périciliter pendant la pandémie, certaines n’ont pas retrouvé de travail après un congé parental avec pour résultat des économies qui fondent comme neige au soleil – notamment pour couvrir les courses alimentaires essentiellement. Radka Dudova :
« Bien sûr, il y a eu des aides de l’Etat pendant le Covid, mais elles n’étaient pas disponibles immédiatement et certainement pas pour tout le monde. Beaucoup de ces femmes ont rapidement dû se résoudre à vendre leurs biens pour avoir de l’argent. »
L’étude montre que les femmes ont surtout fait des économies sur leur propre nourriture, tout en étant bien conscientes que ce choix pouvait avoir des effets négatifs sur leur santé. Dans les récits qu’elles ont livrés à la chercheuse, elles décrivent la pression ressentie quant à leurs capacités à subvenir seules aux besoins de leurs enfants. Notamment lorsqu’il s’agissait d’aller demander des aides sociales, certaines femmes se sont retrouvées confrontées à des préjugés sur leur incapacité supposée à s’occuper de leurs enfants – en dépit de la situation exceptionnelle qu’a représenté la pandémie.
Beaucoup de mères célibataires disent s’être retrouvées seules, avec des enfants à leur charge, après s’être séparées de leur partenaire en raison de visions irréconciliables, d’une infidélité, mais aussi d’une consommation excessive d’alcool ou de drogues par celui-ci, de violences conjugales ou de petite criminalité.
Leur situation s’apparente souvent à une double peine : défavorisées financièrement, elles doivent aussi souvent faire face à la honte ressentie en endossant le rôle de la personne qui demande de l’aide. Beaucoup de femmes ont mis du temps à parler publiquement et ont, pour certaines, cherché des moyens de nourrir leurs enfants en vendant des vêtements, de l’équipement électroménager ou en faisant par exemple un don de plasma pour récolter un dédommagement de 700 couronnes.
Evidemment, d’autres groupes de population sont également menacés de pauvreté : ceux bénéficiant d’une pension d’invalidité ou encore les seniors, mais comme le soulignent certains experts, nombre d’entre eux ont toutefois réussi à se sortir plus rapidement que les mères célibataires de la situation précaire dans laquelle la pandémie et l’inflation les avaient plongés.






