Enseignement bilingue francophone : 150 spécialites de 31 pays à Prague (II)

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Les Rencontres de l'enseignement bilingue francophone se sont tenues à Prague à la fin de la semaine dernière. Pendant deux jours, 150 spécialistes ont pris part à ce colloque organisé à l'initiative du ministère français des Affaires étrangères avec le concours du ministère de l'Education de la République tchèque. La réaffirmation de l'importance que la France accorde à la promotion du français et du plurilinguisme en Europe était l'un des principaux objectifs de ces rencontres. Mais inversement, quelle est la place accordée en France à l'enseignement des langues, alors que de nombreux visiteurs étrangers se plaignent régulièrement du faible niveau en la matière des Français, voire, pire encore, de leur mauvaise volonté à s'exprimer autrement qu'en français ? Sous-directrice du français à la Direction générale de la Coopération internationale et du Développement du ministère des Affaires étrangères, Sophie Lovy était présente à Prague et nous a répondu.

Photo: Archives de Radio Prague
« Je crois que la France est assez généreuse dans son approche de l'enseignement des langues étrangères. Dans son système éducatif public, elle offre, à ma connaissance, dix-sept langues dans l'enseignement primaire et secondaire et cinquante-six langues sont contrôlées ou peuvent être examinées au niveau du baccalauréat. Je crois que c'est le record mondial. Cela étant, la difficulté vient de la demande sociale, de la demande des familles, des parents qui sont extrêmement préoccupés de la réussite de leurs enfants dans la langue de communication internationale qu'est l'anglais. Et toute notre bataille, en France comme ailleurs en Europe et partout dans le monde, consiste à expliquer aux parents que leurs enfants seront meilleurs locuteurs et auront de meilleurs chances d'être plurilingues s'ils commencent par une autre langue étrangère avant l'anglais. Toutes les études démontrent qu'on apprend mieux une troisième langue lorsqu'on en maîtrise déjà une autre étrangère. C'est un argument scientifiquement valide et, au surplus, il me semble que c'est la seule façon de préserver la diversité linguistique. Il faut absolument que les familles s'orientent d'abord sur une autre langue étrangère et ensuite sur l'anglais. »

-L'enseignement bilingue n'est-il pas réservé à une certaine élite ?

« Nous ne le souhaitons pas. Ce que je constate, c'est que l'enseignement bilingue est recherché par des familles dans des stratégies d'apprentissage pour leurs enfants. Et donc, de fait, dans certains pays, mais pas tous, l'apprentissage bilingue correspond finalement à une sélection qui est opérée par les établissements qui sont en mesure de choisir les enfants les plus doués puisqu'il y a plus de demandes que de places. Il ne faudrait pas, eneffet, que cela conduise à une sélection sociale, mais tout au plus académique si cette sélection s'impose. »