Environnement – Charbon : la République tchèque attaque la Pologne en justice

La mine de charbon de Turów, photo: Dominik Jůn

La République tchèque va prochainement déposer une plainte contre la Pologne auprès de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) en raison de son projet d’extension de la mine à ciel ouvert de charbon de Turów.

L’information a été confirmée par le ministre des Affaires étrangères, Tomáš Petříček, mardi. Prague, qui considère ces activités illégales, demande l’arrêt de l’exploitation de la mine, qui se trouve dans le sud-ouest de la Pologne à proximité des frontières avec la République tchèque et l’Allemagne.

Le chef de la diplomatie a expliqué que la République tchèque, opposée au projet depuis 2016, n’avait pas d’autre solution, mais que celle-ci restait ouverte à de nouvelles négociations avec la Pologne. « Il est regrettable qu'une action en justice soit nécessaire alors que la majorité de l'Europe cherche des moyens pour abandonner progressivement l’exploitation du charbon en raison des changements climatiques », a-t-il déclaré.

Selon le Bureau européen de l’environnement, c’est la première fois dans l’histoire de l’UE qu’un État membre en poursuit un autre pour des raisons environnementales. Les négociations menées entre les deux parties ces derniers mois pour trouver un terrain d’entente et limiter les dommages écologiques ont donc été infructueuses. La Pologne a néanmoins fait part de son étonnement suite à l’annonce de la décision du gouvernement tchèque, affirmant que selon les dernières discussions un compromis semblait possible.

Initialement, la République tchèque souhaitait que l’extension à 30 km2 du site, dont l’exploitation par la Pologne est prévue jusqu’en 2044 de manière à assurer la sécurité nationale en matière d’approvisionnement en électricité, ne menace pas l’alimentation en eau potable des communes voisines situées de l’autre côté de la frontière.

En décembre dernier, la Commission européenne, dont l’avis avait été sollicité par les ministères tchèques de l'Environnement et des Affaires étrangères, avait d’ailleurs estimé que la Pologne n'avait pas évalué correctement l'impact environnemental du projet et n'en avait pas suffisamment informé les autorités tchèques.

La République tchèque, qui pour l’instant prévoit d’abandonner définitivement le charbon dans la seconde moitié des années 2030, et dont le volume extrait l’année dernière a été le plus faible depuis 1965, considère que la Pologne ne respecte pas ses obligations découlant de diverses directives européennes et que le projet va à l'encontre de la politique de l'UE visant à opter pour des sources d'énergie propres et renouvelables.

Selon Greenpeace, la centrale thermique et la mine de Turów, propriété du groupe PGE, affectent la qualité de l’air et des nappes phréatiques depuis plusieurs années. Les habitants des communes tchèques se plaignent également du niveau du bruit. Des manifestations contre le projet ont déjà été organisées à plusieurs reprises dans la région, auxquelles ont participé des Tchèques, des Allemands mais aussi des Polonais.