Mine de Turów : entre la Pologne et la Tchéquie, des intérêts difficilement conciliables

La mine de Turów

Selon certains médias tchèques, le différend autour de l’exploitation de la mine de lignite à Turów constitue la plus « grande crise » tchéco-polonaise de ces dernières décennies. Avec d’importants enjeux énergétiques, sociaux et environnementaux en toile de fond, l’affaire révèle de profondes divergences entre les deux pays. Des divergences légitimes que ne met pas toujours en valeur le débat politique entre les deux gouvernements.

La mine de Turów | Photo: Jerzy Górecki,  Pixabay,  CC0

Du côté polonais, les craintes sont grandes quant à la production d’électricité et à l’avenir de la région de Bogatynia, largement dépendante de l’activité minière. Une dépendance que rappelle Karolina Baca-Pogorzelská, journaliste pour le média polonais Outriders, interrogée dans le podcast Vinohradská 12 de la Radio tchèque :

« C'est une situation très difficile. PGE [Polska Grupa Energetyczna], le propriétaire de la mine de lignite, vient d'ouvrir une nouvelle unité de combustion dans la centrale électrique voisine. Cette mine et cette centrale jouent un rôle important dans l'ensemble du système énergétique polonais. La centrale couvre de 5 à 7 % de l’ensemble de l'énergie produite en Pologne. Bien sûr, nous pouvons aussi importer de l'énergie, ce qui se fait déjà par exemple en cas de problèmes dans d'autres centrales électriques. Mais plus généralement, la centrale de Turów est importante. »

Au-delà de la question de l’indépendance énergétique, le gouvernement polonais ne manque jamais non plus de rappeler les conséquences sociales qu’entraînerait la fermeture de la mine. Quelque 8 000 personnes sont employées à la mine, à la centrale ou encore dans les entreprises associés. Mais comme l’explique encore Karolina Baca-Pogorzelská, l’activité aussi de plusieurs dizaines d’autres milliers de Polonais dépend indirectement de celle de la mine :

« Oui, l'impact d’une fermeture serait fortement ressenti. Et elle ne toucherait pas que les mineurs ou les employés de la centrale. L’emploi génère de l’emploi : l’argent qu’ils gagnent, les mineurs le dépensent ensuite ailleurs. Donc s’ils devaient perdre leur travail, ce serait évidemment un désastre pour les autres activités dans les alentours. De 30 à 40 000 personnes vivant dans la région seraient affectées par la fermeture de la mine et de la centrale. Ce ne sont donc pas seulement les intérêts de PGE qui sont en jeu ici, mais toute la région de Bogatynia. »

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Côté tchèque de la frontière, les préoccupations sont d’une autre nature. Ce sont avant tout les conséquences écologiques qui sont pointées du doigt. Rédacteur en chef de l’antenne de la Radio tchèque à Liberec, en Bohême du Nord, Michal Jemelka s’est rendu à la frontière, pratiquement à un jet de pierre de la mine, pour commenter les conséquences potentielles d’une éventuelle extension de l’acticité d’extraction :

Michal Jemelka | Photo: René Volfík,  ČRo

« Le projet polonais vise à étendre la mine jusqu’à quelques centaines de mètres de la frontière. Cela signifie que les personnes qui vivent dans des villages voisins entendront le bruit. L’autre problème est la profondeur de la mine, puisque l’on envisage de creuser plus bas encore, et les habitants s'inquiètent de voir disparaître les réserves d'eau potable. Ils craignent que l'eau s'écoule essentiellement du côté polonais. Le socle rocheux aussi pourrait se mette à bouger. Ces craintes ne sont d’ailleurs pas propres aux Tchèques, les Allemands les partagent, puisque nous ne sommes qu’à quelques kilomètres seulement de la ville de Zittau. »

Si les craintes semblent donc fondées de chaque côté de la frontière, les débats prennent une tournure un peu différente sur le terrain de la communication. Selon le quotidien économique tchèque Hospodářské noviny, « Andrej Babiš a fait son numéro habituel à Bruxelles son numéro habituel en direction du public tchèque en affirmant être incompris et ne pas comprendre qu’il le soit ».

Inversement, les médias polonais pro-gouvernementaux s’émeuvent de la fermeture immédiate provisoire décidée la semaine dernière par la Cour de justice de l’Union européenne, dans laquelle ils voient une énième attaque de l’UE en direction de la Pologne. Ils reprochent aussi à la République tchèque de se laisser instrumentalisée par l’Allemagne. Le gouvernement polonais ne manque pas non plus de rappeler que la République tchèque exploite elle aussi des mines de lignite dans le nord de la Bohême, tout comme le voisin allemand.

La mine de Turów | Photo: Dominik Jůn,  Radio Prague Int.

Pour l’heure, des négociations sont en cours entre Prague et Varsovie en vue d’un accord bilatéral. Le gouvernement polonais compte bien exploiter le lignite au plus près de la frontière jusqu’en 2044. De son côté, la République tchèque envisage de mettre fin à toutes ses activités minières d’ici 2038.

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