Foot : La Ligue des champions, ce sera sans les Tchèques

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A la différence des deux dernières saisons, aucun club tchèque ne participera à la phase de groupes de la Ligue des champions cet automne. Battu (1-4) par le FC Midtjylland, mercredi soir à Herning, au Danemark, en match retour des barrages, le Slavia Prague est éliminé de la compétition. Mais le score final ne dit rien du déroulement d’un match dont l’issue a été fortement influencée par une décision arbitrale très contestable et très contestée.

« Monsieur Foote, vous êtes un salaud ! » En 1976, l’équipe de France dispute un match important à Sofia dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du monde. Et lorsque Ian Foote siffle un penalty – il est vrai scandaleux – en faveur de la Bulgarie à quelques minutes de la fin de la deuxième mi-temps, l’inimitable Thierry Roland, à bout de nerfs, donne libre cours à sa colère et, en direct, insulte l’arbitre écossais. Célèbre, la phrase appartient depuis à l’histoire du football français.

L’arbitre slovène Damir Skomina, photo: ČTK/AP/Henning Bagger

Autre temps, autre pays aussi peut-être, et autres moeurs : mercredi soir, les commentateurs tchèques, tout en retenue malgré leur frustration, se sont bien abstenus de donner un quelconque nom d’oiseau à monsieur Damir Skomina. Il n’en reste pas moins que, eux aussi, se sont demandé comment l’arbitre slovène, pourtant désigné meilleur arbitre du monde en 2019, a bien pu ordonner de faire retirer le penalty qu’Ondřej Kolář, le gardien du Slavia, venait de repousser.

On jouait alors la 84e minute, les deux équipes étaient à égalité 1-1, un score qui, après le 0-0 du match aller la semaine dernière, suffisait au bonheur de Pragois qui voyaient la qualification pour la plus prestigieuse des compétitions européennes leur tendre les bras. Mais conseillé par l’arbitre vidéo, monsieur Skomina, à la surprise de tous, y compris des joueurs danois, est donc intervenu... Et après le premier essai raté de son partenaire guinéen Sory Kaba, Alexander Scholz, le défenseur central de Midtjylland, s’est donc chargé d’exécuter la sentence. Après le coup de sifflet final, Ondřej Kolář, ne comprenait toujours pas :

Ondřej Kolář, photo: Kirill Benediktow, CC BY-SA 3.0

« C’est terrible. J’ai arrêté ce penalty exactement de la même manière que la saison dernière en barrages contre Cluj. Je n’ai absolument pas pensé que l’arbitre pourrait trouver quoique ce soit à redire à mon placement. J’ai fait attention à bien rester les deux pieds sur ma ligne et à ne pas bouger, comme l’arbitre me l’avait demandé avant l’exécution du penalty. J’ai repoussé le ballon pratiquement sur ma ligne, donc je ne comprends pas ce qui ne lui a pas plu. Il ne restait plus que quelques minutes à jouer et, sur le coup, je me suis dit que ce serait l’arrêt décisif qui nous qualifierait, que l’on tiendrait sans encaisser jusqu’à la fin du match. Et puis voilà... L’arbitre en a décidé autrement. C’est une belle cochonnerie de la part de l’UEFA, je ne comprends pas que ce soit possible à ce niveau de la compétition. Le pire est que l’arbitre, trop fainéant, n’a pas daigné faire 50 mètres pour aller vérifier les images. »

Mené 2 à 1 et assomé, le Slavia a ensuite été dans l’incapacité de réagir, concédant même deux autres buts dans les toutes dernières minutes. Deux buts, anecdotiques, qui donnent au score une ampleur qui ne reflète en rien la physionnomie d’un match retour qui aura été plus emballant que l’aller à Prague.

L’ouverture du score par Peter Olayinka, photo: ČTK/AP/Henning Bagger

Grâce à l’ouverture du score par son attaquant nigérien Peter Olayinka suite à un corner dès la 3e minute de jeu, la soirée avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices pour le Slavia. A 1 à 0 à la mi-temps, on pouvait même penser que le double champion en titre de République tchèque avait fait le plus dur. Un sentiment qui a prévalu jusqu’au milieu de la deuxième période. Puis l’égalisation de la tête de Kaba, à la 65e minute, conséquence d’une sortie aérienne manquée d’Ondřej Kolář et d’une passivité croissante du Slavia, a tout relancé. Jusqu’à donc ce fameux penalty qui a probablement fait passer une nuit blanche à de nombreux supporters du Slavia et à ses dirigeants qui, ce jeudi, doivent pleurer les millions d’euros envolés par la même occasion. Sur le coup, l’entraîneur du Slavia, Jindřich Trpišovský, regrettait, lui, autre chose :

« Je suis allé demander à l’arbitre pour quelle raison il avait pris cette décision. Il m’a répondu que c’était l’assistant vidéo qui l’avait averti, que ça ne venait pas de lui. J’ai essayé de lui expliquer qu’on s’était préparés pendant deux semaines pour ce match, que l’enjeu était important et que ce serait peut-être bien qu’il fasse cinquante mètres pour aller regarder les images et vérifier le bien-fondé de la décision... »

Les supporters tchèques de bonne foi ont été contraints de reconnaître que le gardien du Slavia a bien bougé avant l’exécution du penalty. Mais si celui-ci a été retiré, alors la très grande majorité des penaltys, qu’ils soient transformés ou arrêtés, devraient l’être tout autant. Quoiqu’il en soit, le Slavia ne disputera pas cette saison la phase de groupes de la Ligue des champions. Comme son rival du Sparta déjà qualifié, et peut-être aussi le Viktoria Plzeň et le Slovan Liberec, qui disputent leur match de barrages ce jeudi soir, il devra se contenter de la Ligue Europa.