František Bezděk – un chasseur qui renonce à tuer les animaux

Le comte František Antonín Sporck

La forêt, la vénerie et l’histoire - voilà les trois grands amours de l’écrivain František Bezděk. Il a consacré plusieurs livres à ces thèmes qui ne cessent de le passionner. Dans ces livres, il a retracé l’histoire de la chasse et a cherché à redorer le blason des métiers de la forêt, notamment de celui des gardes-chasse dont il a évoqué les glorieuses traditions. En retraçant l’histoire de la chasse en Bohême, il n’a pas pu oublier le comte František Antonín Sporck, personnage incontournable ayant laissé une profonde empreinte dans la vie et la culture tchèque de l’âge baroque.

C’est saint Hubert qui est le patron des chasseurs. Dans le passé les gentilshommes qui aimaient la chasse entraient dans l’Ordre de Saint-Hubert, ordre qui se situait à mi-chemin entre chevalerie et vénerie. L’Ordre a existé et existe de nouveau en Bohême, et František Bezděk est sa mémoire vivante :

« En 1992, je suis devenu archiviste de l’Ordre de Saint-Hubert qui renaissait de ses cendres. En juillet de la même année, l’Ordre a été enregistré en tant que continuateur de celui qui avait été fondé par le comte Sporck. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pratiquement pas d’informations sur ce personnage, et je me suis lancé dans la recherche de documents, j’ai fouillé dans les archives, j’ai cherché des sources historiques. Et c’est à partir des documents réunis que j’ai écrit deux livres. »

Les livres dont il est question s’appellent « František Antonín le comte Sporck et l’Ordre de Saint-Hubert » et « Histoire de la vie de Son Excellence le Comte Sporck ». La vie de cet aristocrate, penseur, mécène d’art et réformateur est une suite d’événements qui ont marqué la vie en Bohême. Quand un historien étudie aujourd’hui les XVIIe et XVIIIe siècle, il ne peut pas omettre ce personnage d’un génie particulier, considéré à l’époque sans doute comme excentrique. František Bezděk rappelle que l’influence du comte Sporck s’est manifestée également dans les règles de la chasse :

« La recherche des racines de la chasse, c’était mon rêve. On apprend dans chaque bon manuel de cynégétique que le comte Sporck a introduit en Bohême les traditions de la vénerie justement par la fondation de l’Ordre de Saint-Hubert. Seuls les gentilshommes qui possédaient des domaines dans lesquels ils pratiquaient la chasse à courre pouvaient devenir membres de l’Ordre. Il existe même des documents écrits selon lesquelles les gardes-chasse impériaux apprenaient dans le domaine du comte Sporck de Lysá nad Labem les principes de la vénerie qui étaient respectés à l’époque. Certaines de se règles se sont conservées, mais nous ne les connaissons pas toutes parce que le livre dans lequel elles étaient réunies, a été perdu. Si quelque chose de ces principes est conservé et respecté encore aujourd’hui, ce sont les règles du traitement cultivé et respectueux du gibier qui vient d’être chassé. La chasse n’est pas que le fait de fusiller un animal. En rendant hommage à l’animal tué, nous faisons les adieux, au nom de cet animal à la nature dans laquelle il a vécu. »


Qui était donc ce comte Sporck dont le nom revient toujours dans les écrits de Frantisek Bezděk ? Ce descendant d’une famille ayant profité de la bataille de la Montagne blanche en 1620 et de la défaite de la noblesse tchèque, est né en 1662. Après des études dans un collège jésuite et ensuite à l’Université de Prague, il fait un long voyage à travers l’Europe qui sera pour lui la source de connaissances et d’inspiration. En France, il étudie la philosophie de son époque et devient un grand admirateur de l’oeuvre du philosophe et mathématicien Blaise Pascal.

Kuks, photo: Dezidor, CC BY 3.0 Unported
De retour au pays, il assume d’importantes fonctions officielles. Il est nommé gouverneur du pays puis conseiller secret, mais il s’impose de plus en plus aussi comme mécène d’art et vulgarisateur de la philosophie rationaliste qu’il désire appliquer dans la vie. Il publie dans son imprimerie des livres jugés hérétiques par les jésuites, il fonde à Prague le premier théâtre d’opéra italien, il fait construire dans son domaine de Kuks un ensemble d’édifices baroques, par lequel il met en pratique ses idées novatrices sur l’architecture, l’urbanisme, la culture et la vie. Pour réaliser ce projet monumental, il n’hésite pas à remodeler le paysage et s’adresse au sculpteur Mathias Bernard Braun et à l’architecte Giovanni Batista Alliprandi, artistes les plus importants de l’ère baroque en Bohême. Il cherche également à cultiver la vie et les mœurs de ses compatriotes et s’applique à l’érudition du peuple.

Dans le cadre de ses nombreuses activités, le compte introduit en Bohême l’Ordre de Saint-Hubert qui lui permet de cultiver les règles de la vénerie qui est, à l’époque, le loisir préféré de la noblesse. Il est le premier à se lancer en Bohême dans l’élevage du gibier et à jeter les fondements de la cynégétique moderne, en tant qu’activité bien organisée et pratiquée par un personnel instruit qui s’occupe également de la protection des animaux. František Bezděk ajoute que c’était également le comte Sporck qui a fait connaître aux Tchèques le cor de chasse :

« Une fois de plus, c’est le comte Sporck qui en est responsable, parce que c’est lui qui a amené en Bohême le cor de chasse, en 1682. Je me suis mis à la recherche des documents sur l’histoire de l’introduction du cor de chasse chez nous, sur l’histoire de l’art de sonner le cor, sur l’histoire des fanfares qui existaient dans des châteaux et dont le cor était une partie inséparable. (…) Je crois que chacun devrait vivre et sentir ce frisson, ce fourmillement le long de la colonne vertébrale qu’on ressent au moment où l’on entend sonner l’halali. »


On peut dire donc que c’est le comte Sporck qui a été initiateur de presque tout ce qui est positif dans les traditions de la vénerie et de la cynégétique tchèque et que les amateurs de la forêt, mais aussi les animaux, lui sont bien redevables. Dans ses livres, František Bezděk a tâché de saisir au moins quelques aspects de ce personnage complexe et baroque dans le meilleur sens du mot. Aujourd’hui, il avoue cependant que ce qu’il y a d’important pour lui dans la chasse, ce n’est pas le fait de tuer un animal. Ce n’est pas ce qu’il cherche lorsqu’il met l’uniforme vert et entend déjà l’aboiement des chiens et l’appel du cor. Par cet aveu, il renie pratiquement la chasse classique qui permettait aux chasseurs de se nourrir, et donne à cette activité une nouvelle dimension :

« J’ai toujours dit que la plus grande sensation que je puisse ressentir à la chasse, est celle que me donne l’animal que je n’ai pas eu, que je n’ai pas tué. Ma plus grande sensation est donc celle de renoncer à tirer sur un grand cerf, bien que je sache qu’il passera peut-être aussitôt dans le domaine voisin où il périra d’une mort héroïque. Mais moi, je ne tirerais pas sur lui. »

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