Gabrielle de Schwarzenberg ou La vie météorique d'une princesse

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«Le court chemin à travers la vie et à travers l'Europe» : c'est sous ce titre que la maison d'édition Scriptorium a publié un recueil de documents sur la vie de Gabrielle de Schwarzenberg. Bien que la vie de Gabrielle, née dans une des plus grandes familles de la noblesse tchèque, n'ait pas été longue, elle a laissé un témoignage important sur elle-même, sa famille et son époque. Une grande partie du livre peut être lue aussi par un lecteur francophone, Gabrielle ayant rédigé la majorité de ses écrits en français.

La famille des Schwarzenberg s'est installée en Bohême en 1660 et a acquis progressivement des domaines importants, notamment en Bohème du Sud, ainsi que le titre des ducs de Krumau (Krumlov). Plusieurs membres de la famille ont joué un rôle important dans l'armée et la politique de l'Autriche. La princesse Gabrielle était la petite fille du maréchal Charles de Schwarzenberg, contemporain de Napoléon 1er, et la fille de Charles II de Schwarzenberg, qui, lui aussi, a fait carrière dans l'armée. Elle est née en 1825 et est morte en 1843 à l'âge de dix-huit ans. En quoi la vie et la personnalité de Gabrielle étaient typiques de la jeune aristocratie de son époque ? Réponse de l'un des deux auteurs du livre intitulé « Le court chemin à travers la vie et à travers l'Europe », Milena Lenderova :

Charles II de Schwarzenberg
« Je crois que sa vie et sa personnalité ont été vraiment typiques. Elle était le deuxième enfant de Charles II de Schwarzenberg et de Joséphine, née Wratislavova de Mitrowice. Elle a été élevée d'une façon intéressante. Elle parlait plusieurs langues, elle s'intéressait à la littérature, à la peinture, elle était très forte en histoire et aussi en histoire de l'art. Elle était jolie, elle aimait les belles robes et les beaux chapeaux, et elle aimait aussi s'amuser. »

C'est donc un portrait de Gabrielle que vous venez de brosser. Y avait-il dans tout cela quelque chose d'exceptionnel où c'était plutôt normal pour une jeune aristocrate de cette époque ?

« Je crois que Gabrielle était exceptionnelle et normale à la fois. Elle était normale pour les raisons dont je viens de parler, mais elle était exceptionnelle parce que ses écrits, c'est à dire son journal intime, sa correspondance et son roman historique, ont été conservés dans les archives de la famille. Le caractère exceptionnel de son cas est donc dans le fait que nous sommes bien au courant de la vie de Gabrielle. »

Vous dîtes qu'elle tenait un journal, qu'elle entretenait une riche correspondance. Pourquoi écrivait-elle surtout en français?

« Il faut dire que les jeunes nobles au XIXe siècle étaient presque toujours bilingues ou, en principe, parlaient plusieurs langues. Il est très difficile de dire laquelle de ces langues était leur langue maternelle. Je crois que pour Gabrielle c'était peut-être le tchèque, parce qu'elle avait une nourrice qui était Tchèque. Mais elle parlait français et allemand, elle rédigeait sa correspondance en français, en allemand, en italien et en anglais. Je crois que son journal en français a été rédigé pendant un voyage à travers l'Europe. C'est peut-être pour perfectionner son français, pour le parler plus couramment qu'elle rédigeait son journal en français. »


Le livre que Milada Lenderova et Jarmila Plskova ont consacré à Gabrielle de Schwarzenberg réunit non seulement les documents écrits par la jeune princesse, mais les auteurs y ont aussi ajouté une étude biographique et historique sur Gabrielle, sa famille et son époque, ainsi qu'une assez importante documentation iconographique. On y trouve les portraits des membres de sa famille, les dessins de Gabrielle au crayon et à l'aquarelle, ainsi que les dessins et les tableaux représentant les palais et les salons dans lesquels la princesse a vécu. Mais la plus importante source d'informations sur Gabrielle, la vie quotidienne de l'aristocratie de la première moitié du XIXe siècle et certains événements de son époque est sans doute son journal. Milena Lenderova :

« Je crois que c'est une source vraiment très abondante pour les informations sur la vie quotidienne de la noblesse. Il y a d'abord beaucoup d'informations sur la pratique du voyage, sur les routes, les moyens de transport, les hôtels, etc. Quant aux événements, je crois que Gabrielle a très bien commenté la situation à Paris et en France au tournant de 1840 et 1841, donc la situation d'une époque très mouvementée. »

Gabrielle a donc beaucoup voyagé, elle a visité Paris. Quelles ont été ses impressions ?

«Ses impressions ont été très favorables. A Paris, elle a vu beaucoup de choses, elle y est allée avec ses proches, ses parents et son frère. Gabrielle était une jeune fille qui s'intéressait beaucoup à la mode, aux vêtements et aux chapeaux. Et Paris était un paradis pour ce genre de visiteurs. »

Qu'aurait pu être la vie de Gabrielle si elle n'était pas morte si jeune ?

« Bon, nous pouvons deviner... Elle se serait mariée, parce que la famille de Charles II de Schwarzenberg n'était pas très nombreuse, il y avait deux filles et un fils. Donc, je crois qu'elle aurait eu un partenaire et un époux, un conte ou peut-être un prince, et comme elle était très sociable, elle aurait eu un salon à elle où elle aurait reçu beaucoup d'amis, beaucoup de personnes intéressantes, etc. »