La visite du tombeau des Schwarzenberg à Trebon

Schwarzenberská hrobka, foto: Roman Casado

Peu de villes, en dehors de Prague, attirent autant de touristes étrangers que Trebon. Ces trois dernières années, les touristes français notamment sont très nombreux à visiter cette pittoresque et ancienne ville de Bohême du Sud, fondée au milieu du XIIe siècle. Aujourd'hui, Trebon, réputée pour être une station thermale, est candidate à l'inscription au répertoire du patrimoine mondial de l'UNESCO pour son système d'étangs unique - les étangs Svet - le Monde, Rozmberk, qui est le plus grand en Tchéquie, et le Canal d'or.

Trebon
La longue histoire de la ville se lit sur les maisons à arcades qui bornent la place ovale, dominée par la haute tour de l'hôtel de ville et la colonne mariale baroque, au milieu. Trebon possède un très joli château d'aspect Renaissance. Un monument rare à l'échelle du pays - le tombeau des Schwarzenberg, derniers propriétaires de Trebon, qui ont succédé à la famille Rozmberk et ont demeuré dans cet endroit jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale. La visite de ce tombeau est une histoire émouvante de cette famille venue s'installer en Bohême en 1660, de la Basse-Franconie.

Le bâtiment néogothique monumental du tombeau se dresse au milieu du parc où nous arrivons par la chaussée de l'étang Svet. De prime abord, on dirait une église. Effectivement, une crypte où sont enterrés les membres de cette famille se trouve au sous-sol, et au-dessus une chapelle haute de près de trente mètres possédant une extraordinaire acoustique a été érigée. Cette chapelle est utilisée pour des concerts de musique classique et d'orgue.

Le tombeau des Schwarzenberg
Notre visite commence au sous-sol, dans la crypte. Un espace clair et étendu s'ouvre devant nous. Les dalles en marbre crème et les murs peints en blanc ne produisent pas du tout une impression dépressive. En face de l'entrée, il y a l'autel en marbre blanc d'Istrie, situé en direction du sud, ce qui est une exception car dans les églises catholiques les autels sont orientées à l'est. Cela s'explique par le fait que les Schwarzenberg ont souhaité que l'entrée de la chapelle donne sur la ville. Le tombeau a été élevé selon le désir de la princesse Eléonore durant les années 1874 - 1877, selon les plans de l'architecte viennois Schmidt, qui est aussi l'auteur des bâtiments des mairies de Vienne et de Liberec, en Bohême du Nord.

Les membres de la famille Schwarzenberg sont enterrés dans vingt-six cercueils. Presque tous sont morts relativement jeunes, des suites de maladies, mais aussi dans des circonstances tragiques, dit notre guide, Lenka Mikulastikova, qui nous familiarise avec quelques-uns des destins parmi les plus mouvementés de cette famille aristocratique :

Jan Adolph Schwarzenberg
« Le premier cercueil est celui d'Anne Schwarzenberg et les deux autres à côté appartiennent à ses jumelles, qui sont mortes avec vingt ans d'écart le même jour et le même mois, le 16 mars. Leur père, Alois, a été mortellement blessé lors d'une expédition en Afrique. Le dernier des Schwarzenberg enterré ici en 1939 est Jan. La mémoire de son fils, Edmund, y est rappelée par une plaque commémorative, car il est mort à l'âge de trente-cinq ans des suites d'une fièvre paludéenne lors d'un voyage à travers l'océan Indien dans lequel son corps a été jeté... »

Un petit cercueil du prince Walter Prosper, âgé seulement de deux ans, témoigne aussi des destinées tragiques de la famille Schwarzenberg. Le coeur du prince a été déposé à part, dans une urne, à la demande de sa mère, Eléonore. C'est elle qui a fait ériger le tombeau. Son cercueil et celui de son mari, Jan, ont été forcés, en 1921, lors d'une tentative de vol. A cette occasion, on a pu constater que leurs corps ainsi que leurs vêtements étaient en parfait état d'embaumement, nous dit notre guide avec laquelle nous poursuivons la visite:

La princesse Pauline
« Un cercueil différent des autres est celui de Karel Laurenc, diplomate mort à l'âge de trente et un ans de la diphtérie pendant sa mission en Chine. Sur le mur on voit les copies des télégrammes de condoléances envoyés par l'empereur François-Joseph. Le dernier des six enfoncements de la crypte abrite le cercueil d'un nouveau-né de cinq jours qui n'a pas de nom. A ses côtés repose la princesse Pauline Charlotte, dont le sort a été tout aussi tragique : elle a été invitée à un bal à Paris, à l'occasion du mariage de Napoléon avec Marie-Louise. Un incendie s'est déclaré dans la salle et Pauline, qui est allée chercher sa fille, a été mortellement blessée par une poutre tombée sur elle. Le mari de Pauline, Joseph, est l'un des membres les plus marquants de la famille Schwarzenberg : il a fait construire un belvédère au sommet du mont Klet, a achevé l'édification du canal de navigation dans le massif de la Sumava qui relie la rivière Vltava au Danube, et est à l'origine d'une archive au château de Trebon, l'une des plus importantes dans le pays. Un autre membre marquant enterré ici, le feld-maréchal Felix, exerçait les fonctions de chef du gouvernement autrichien. »

Le château de Orlik
Le tombeau des Schwarzenberg a été consacré par Bedrich Schwarzenberg, cardinal et archevêque de Prague, dont le tombeau créé par Myslbek se trouve à la cathédrale Saint-Guy, au Château de Prague. Le plus beau que l'on puisse voir dans la crypte de Trebon est un sarcophage datant de 1789, oeuvre du sculpteur italien Alexandre Tripeli, taillé dans un seul morceau de marbre de Carrare. Il appartient à Jan Nepomuk Schwarzenberg, celui qui a divisé la famille en deux branches - celle de Hluboka et celle d'Orlik. Dans les familles aristocratiques, seul le fils aîné pouvait hériter des biens familiers, mais Jan Nepomuk n'a pas voulu oublier son deuxième fils très érudit et doué, Karl, auquel il a légué le château d'Orlik, et ainsi la division des biens s'est produite. Le dernier enterrement dans le tombeau familial a eu lieu en 1939. La branche de Hluboka s'est éteinte avec Adolf, contraint de quitter la République après son occupation par Hitler et mort en 1950 en Italie sans laisser de successeurs. Karel Schwarzenberg, ancien chancelier du président Vaclav Havel, vient souvent visiter le tombeau, mais il appartient à la branche d'Orlik, qui a son tombeau à Orlik et à Murau, en Autriche.

Le tombeau des Schwarzenberg à Trebon attire chaque année quelques 40 000 visiteurs. Pendant les mois d'été, des concerts de musique de chambre et d'orgue sont donnés dans la chapelle. La messe de Noël de Jakub Jan Ryba y est exécutée tous les ans, le 29 décembre. A cette occasion, la chapelle est solennellement illuminée et l'ambiance y est très agréable. Bien que ce soit un tombeau, des habitants de Trebon ont proposé que les mariages soient célébrés dans la chapelle. Pour l'instant, les mariés viennent se photographier dans le parc devant la chapelle. Celle-ci est accessible aux visiteurs pendant toute l'année.

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