Humanitas Afrika : vers une meilleure compréhension des Tchèques et des Africains

'Une fenêtre sur l'Afrique', photo: Site officiel de l'association Humanitas Afrika

Basée dans le centre de Prague, l’association Humanitas Afrika est née en 2000 avec pour but de rapprocher Tchèques et Africains. Elle propose différentes activités au public tchèque et organise une aide humanitaire dans plusieurs pays d’Afrique. Radio Prague a rencontré Elie Lusaku. Ce Congolais d’origine, qui vit en République tchèque depuis dix-sept ans, a rejoint Humanitas Afrika en 2008. Dans la première partie de cet entretien, Elie Lusaku présente le Centre africain à Prague et ses principaux objectifs :

« Humanitas Afrika est une ONG qui a été créée dans le but de contribuer à une meilleure compréhension entre les Africains qui vivent en République tchèque et les Tchèques, en permettant donc aux Tchèques de mieux connaître l’Afrique et aussi aux Africains de mieux approcher la culture tchèque. En même temps, il y avait l’intention d’essayer d’aider des communautés en Afrique. Mais c’était notamment pour répondre aux désirs de certains Tchèques de pouvoir contribuer à résoudre des problèmes qui sont en Afrique. »

Parlons d’abord de cette première mission : la promotion de l’Afrique en République tchèque. Depuis environ dix ans, il existe à Prague un Centre africain. Quelles sont ses principales fonctions ?

« Comme son nom indique, le Centre d’informations sur l'Afrique est un centre qui désire informer le public tchèque sur ce qu’est l’Afrique. Bien sûr, il y a beaucoup de médias qui parlent de l’Afrique. Mais notre impression était que les médias allaient surtout à la recherche des sujets qui font sensation ou qui entrent déjà dans une certaine ligne médiatique. Souvent, on parle des guerres, de la pauvreté ou d’autres problèmes négatifs. Nous avons alors trouvé qu’il y avait un espace qui n’était pas occupé. Et c’est ce que nous essayons de faire – donner une information aussi équilibrée que possible, idéologiquement neutre et qui rende compte le mieux possible du vrai visage de l’Afrique. »

Dans ce centre, vous organisez divers activités. Quels sont les événements prévus ces temps-ci ?

Elie Lusaku, photo: Archives d'Elie Lusaku
« Actuellement, l’événement phare que nous organisons, ce sont des conférences-débats mensuelles sur l’actualité africaine. La prochaine édition aura lieu au début du mois d’avril et cette fois-ci, elle sera organisée en collaboration avec le Centre d’informations des Nations Unies. Chaque mois, nous avons un thème différent. Cette fois-ci, il s’agira des défis des changements climatiques et les développements durables. »

Il y a également une bibliothèque. Quel type de livres peut-on y trouver ?

« Oui, nous avons effectivement une bibliothèque qui possède actuellement à peu près 1500 volumes. Il faut dire que la majorité de ce fond, à peu près 80 %, est en anglais. Nous avons de plus en plus de livres en tchèque, un peu en français et parfois aussi quelques livres et magazines en allemand. Quant au type de livres, vous trouvez toutes les sections, donc des encyclopédies, de la littérature, des guides touristiques mais aussi des livres sur l’économie, l’agriculture, la santé, le genre… On essaie de couvrir tous les domaines qui peuvent intéresser non seulement les étudiants mais aussi les professionnels. La bibliothèque offre un abonnement à l’une année. On peut s’abonner seulement pour les livres, mais nous avons aussi une petite vidéothèque qui offre un abonnement séparé. »

Humanitas Afrika organise aussi des cours de langue dont vous êtes un des enseignants. Quelles sont les langues enseignées et pourquoi ce choix ?

Le Centre africain, photo: Site officiel de l'association Humanitas Afrika
« Les langues qui ont été choisies jusqu’à présent, ce sont le swahili et le lingala. Pourquoi ce choix ? Parce que le swahili est une langue majeure en Afrique. C’est la première langue, elle est la mieux placée comme langue de travail des Nations Unis. Donc ce choix a été clair. Quant au lingala, c’est dû au fait que nous nous occupons de la culture et que la musique est un des éléments culturels très importants. Et le lingala est une langue qui prend beaucoup d’importance avec la musique congolaise qui se répand assez bien en Afrique et qui y est très appréciée. »

Quel type et combien d’étudiants fréquentent ces cours ?

« Au semestre actuel, il y en a six pour les cours de swahili et les inscriptions pour le lingala ne sont pas encore clôturées. Mais en moyenne, le cours de swahili accueille environ cinq étudiants. Des fois nous en avons eu même huit. Les cours de lingala accueillent entre deux et trois étudiants, c’est beaucoup moins demandé. En ce qui concerne leurs motivations pour apprendre une langue africaine, nous avons eu parmi nos étudiants des personnes qui voyagent régulièrement en Afrique. Donc, c’était pour eux une raison assez pratique. Et il y en a par exemple qui étudient cette langue parce qu’ils font des études de lettres ou des sciences humaines et cela rentre un peu dans l’extension de leur horizon professionnel. »

Enfin, votre association propose également des programmes pour les écoles. Quel est d’habitude l’âge de ces enfants et comment ces rencontres se passent-elles ?

'Une fenêtre sur l'Afrique', photo: Site officiel de l'association Humanitas Afrika
« Ces programmes pour les écoles portent un nom : « Une fenêtre sur l’Afrique ». Et nous le faisons en général pour les écoles élémentaires et secondaires, donc des enfants de 6 à 19 ans. Ces programmes se déroulent majoritairement en langue tchèque. Nous offrons des présentations sur la vie courante dans un pays spécifique et elles sont faites toujours par un ressortissant de ce pays-là. Nous offrons aussi des ateliers de batterie, donc de tambours, de danse ou des arts, comme la peinture, des dessins ou simplement des coloriages pour les petits enfants. Pour les dessins, nous utilisons par exemple des symboles de la spiritualité africaine et nous essayons de l’expliquer aux enfants. Cela attire souvent beaucoup d’attention. Et sur demande, nous faisons aussi parfois des ateliers de cuisine où nous préparons quelques plats africains. Et pour les plus grands étudiants du secondaire, nous avons aussi des exposés sur la littérature africaine ou un peu sur l’histoire, même si c’est beaucoup plus rare et destiné seulement aux étudiants des classes supérieures du lycée. »

Quelles sont les réactions des enfants tchèques vis-à-vis la culture africaine ? Y a-t-il parfois des choses qui vous surprennent ?

« Oui. Des enfants posent parfois des questions sur par exemple comment sont les maisons dans lesquelles nous habitons etc. Je pense qu’il s’agit de questions qui proviennent souvent des préjugés que ces enfants peuvent avoir et c’est la raison pour laquelle nous essayons d’utiliser également des images et des photos authentiques, prises en Afrique, et parfois aussi des vidéos, pour qu’ils puissent voir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. »

Pensez-vous alors que les informations sur Afrique fournies dans les écoles tchèques sont insuffisantes ?

'Une fenêtre sur l'Afrique', photo: Site officiel de l'association Humanitas Afrika
« Je dirais que là où l’Afrique a été enseignée, les informations sont correctes sur le plan encyclopédique parce qu’elles sont présentées d’un point de vue encyclopédique. Néanmoins, comme nous l’avons dit, ces informations ne sont pas toujours équilibrées et elles ne prennent pas en compte d’autres aspects qui pourraient contribuer à donner une image plus réaliste de l’Afrique. Mais ce qui est encyclopédique est bien communiqué. Je dirais plutôt que le problème repose sur le fait que la place accordée à la géographie et à l’histoire de l’Afrique sur le programme est trop faible. Mais quand un tel programme existe, il est bien enseigné. »