« Humour, amour et beauté » : en trois mots, bande-annonce de la rétrospective Agnès Varda au Kino Ponrepo

Photo: Kristýna Maková

Entre le bar Zázemí et le commissariat, rue Bartolomějská à Prague, il y a le Kino NFA Ponrepo. Entre deux Dreyer et un Němec, il y a un Varda au programme. Vous avez jusqu’au 4 juin pour (re)découvrir cette réalisatrice au Kino Ponrepo ! Version originale sous-titrée tchèque et format 35 mm d’origine garantis.

Agnès Varda,  photo: Festival Internacional de Cine en Guadalajara,  CC BY-SA 2.0

« Sans toi », c’est le cas de le dire ! Depuis le 29 mars de cette année, le monde doit hélas tourner sans Agnès Varda, photographe et réalisatrice française proche de la Nouvelle Vague et de la Rive Gauche. Mais il n’y a pas qu’en France que l’on célèbre son œuvre.

A Prague, le Kino NFA Ponrepo, cinéma d’archives nationales, a décidé de ne pas vivre sans Varda. Et c’est pourquoi Milan Klepikov l’a mise au programme du mois de mai. Alternant entre les cinémas politiques polonais et tchèque projetés à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du communisme, et les œuvres de C.T. Dreyer, grand maître danois, un petit bout de Bonheur se glisse dans nos salles obscures.

La Pointe Courte a inauguré cet hommage post-mortem avec une projection le 7 mai, suivi de Cléo de 5 à 7 puis Sans toit ni loi la semaine suivante, et Le Bonheur la semaine dernière. Cette semaine, La Pointe Courte nous faisait à nouveau prendre le large pour le Grand Sud, et si vous avez manqué tous ces films, pas d’inquiétude, vous aurez jusqu’au 4 juin pour (re)découvrir une réalisatrice appréciée jusqu’en pays tchèques, avec Les Créatures.

Ce sera l’occasion de retrouver des figures bien connues du cinéma français : on pense à Michel Piccoli et à Catherine Deneuve en particulier. Et l’on poursuivra avec Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, sans qui l’on ne peut évoquer Agnès Varda, selon Milan Klepikov.

« Si vous parlez d’Agnès Varda, vous ne pouvez omettre Jacques Demy. C’est pourquoi nous avons décidé de projeter un de ses films après la rétrospective sur Agnès Varda, Les Demoiselles de Rochefort. C’est un film très important pour moi, car féérique et unique en son genre : il n’est pas d’autre comédie musicale pour lui ressembler. »

« Michel Legrand a travaillé avec Varda et Demy, en tant que compositeur. On ne peut vraiment pas parler de l’une sans l’autre. D’ailleurs, elle a réalisé trois films sur Demy au moment de sa mort (Jacquot de Nantes, Les Demoiselles ont eu 25 ans et L’Univers de Jacques Demy). »

« Michel Legrand, c’est le lien entre les deux, ainsi que sa musique. Il y a aussi Catherine Deneuve, Michel Piccoli… »

Mais si Varda n’a pas été une figure solitaire dans le paysage cinématographique français, elle a pourtant sa touche bien à elle. Grande cinéphile qui ne manquait pas un rendez-vous à la Cinémathèque française, elle connaissait aussi le cinéma tchèque, qui le lui rendait bien : de grands noms de la Nouvelle Vague tchèque, tels que Miloš Forman ou Jan Němec ont vu ses films, encore trop peu connus du grand public tchèque, selon Milan Klepikov.

Outre son regard de cinéaste avertie et passionnée, elle se distingue par une ouverture et une douceur inoubliables. Agnès Varda, c’est une caméra pleine de délicatesse et non dénuée d’un brin de folie, qui n’hésite pas à aborder les gens sans détour. Milan Klepikov, qui rappelle ses études en histoire de l’art, nous dépeint cette « touche Varda ».

« Quel que soit le genre accolé à ses films (fiction, expérimental, documentaire…), elle aborde toujours le monde de la même façon : comme une peintre. Son regard est celui d’une artiste. Elle se baladait avec un petit cadre pour y placer ses personnages. »

« Varda a sa beauté bien à elle : ses films sont esthétiques, mais pas artistiques. Ce sont des films esthétiques naturalistes, avec une caméra unique. »

« On y trouve toujours de l’humour, de l’amour et de la beauté. Il faut être passionné pour réaliser un film, et c’est particulièrement visible chez Varda. Elle est passionnée dans tout ce qu’elle entreprend. »

« Dans Sans toit ni loi, bien que Sandrine Bonnaire joue le rôle d’une vagabonde crasseuse qui traîne dans les champs, le film demeure beau. »

https://nfa.cz/en/ponrepo-cinema/program/?d=5-2019