« Il monterait même sur une chèvre si elle avait une jupe »

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Avec le printemps et ses arbres en fleurs, l’œil averti n’aura pas manqué de noter que les premières jupes ont commencé à faire leur réapparition sur les hanches et cuisses des Pragoises et des Tchèques. Un moment important et significatif dans l’année et le passage de ses saisons puisque, après l’interminable grisaille de l’hiver, il marque, en effet, le retour définitif des beaux jours. L’occasion, donc, de nous amuser un peu en nous intéressant aux expressions de la langue tchèque relatives à un joli mot qui se rapporte au mot « jupe » - sukně, le mot sukničkář, bien connu en français comme le coureur de jupons.

Première observation, donc, en tchèque, la jupe – sukně, constitue la racine du mot désignant le coureur de jupons, le sukničkář. Comme son collègue français, le sukničkář běhá za kdejakou sukní, ce qui littéralement signifie qu’il court derrière chaque jupe, chaque jupon. Il s’agit donc bien d’un homme qui multiplie des conquêtes féminines le plus souvent de courte durée. En tchèque, on parle aussi parfois de záletník, un terme qui désigne un Don Juan, un homme galant dans le sens de libertin, amoureux et, on y revient, un coureur qui fait la cour et cherche les aventures. Notons que pour une femme, il existe le terme de zaletníce, qui désigne, lui, une dame galante, de mœurs légères.

Une fois tout cela précisé, passons à la présentation de quelques expressions plus ou moins imagées, drôles et aussi parfois un peu vulgaires sans être cependant grossières. Mais le langage populaire fait aussi partie de la richesse et de la diversité d’une langue, comme nous le prouvent les nombreux exemples dans ce que la littérature compte de plus précieux et de plus beau.

Pour commencer, restons dans l’idée de course, puisque les Tchèques disaient parfois d’un homme qu’il « court derrière chaque bonnet » - « běhá za každou čepicí », ou qu’il « court derrière chaque tablier » – « běhá za každou zástěrkou ». Notons là encore à propos du tablier – zástěrka, qu’en tchèque, un coureur de jupons peut aussi être appelé zástěrkář. Et puisqu’il s’agit de courir le tablier, c'est-à-dire ce carré que les femmes portaient sur le devant de leurs robes pour les ménager, les protéger, mais qu’on ne voit plus guère aujourd’hui, on pourrait dire que le zástěrkářéquivaut à un vert-galant, soit un homme qui reste entreprenant et redoutable pour la vertu des femmes. En bref, il « s’accroche à chaque tablier » - « uvázne na každé zástěře ».

Revenons maintenant à nos jupes. On peut ainsi parfois entendre dire d’un homme que « l’odeur de chaque jupe lui est agréable » - « voní mu každá sukně », ou qu’il « se frotte sur chaque jupe » - « otírá se o každou sukni ». Bien sûr, c’est bien connu, le coureur de jupons « chasse en terres étrangères » - « honí v cizím revíru » ou « passe par-dessus les clôtures des jardins étrangers » - « přelézá ploty cizích zahrádek », comme nous le démontre cette très belle expression « vytáhl mu slaniny z hrachu » - « il lui a piqué le lard de ses petits pois ». Pas besoin de vous faire un dessin, on suppose que vous aurez compris ce que le coureur de jupons a donc piqué à un autre homme ce qu’il a de meilleur. Les Tchèques disent aussi parfois, si l’on traduit littéralement, qu’il « fouille, se fourre dans les choux d’autrui » - « leze mu do zelí ». En réalité, cette expression équivaut plutôt en français à « marcher sur les plates-bandes de quelqu’un », c'est-à-dire empiéter sur le terrain de quelqu’un, se mêler de ses affaires dans un domaine qui n’est pas le nôtre. Cette expression peut donc être employée pour les coureurs de jupons mais pas seulement.

En revanche, terminons avec deux expressions un peu plus osées, dirons-nous, qui, elles, ne peuvent servir que pour donner une idée imagée de l’activité de nos amoureux libertins et n’ont pas besoin d’explications supplémentaires pour être comprises : la première d’entre-elles veut que « si on nouait un lange sur la tête d’une chèvre, il courrait après elle » - « kdyby koze uvázal plínku na hlavu, poběží za ní ». Quant à la seconde, on dit qu’il « monterait, grimperait même sur une chêvre si elle a avait un tablier » - « lezl by i za kozou, kdyby měla zástěru ».

Voilà, et puisque nous sommes sagement revenus à nos tabliers, c’est ainsi que se termine ce « Tchèque du bout de la langue » consacré aux coureurs de jupons. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !