Il y a 30 ans, Škoda Auto était cédé aux Allemands

Photo: Archives de Škoda Auto

Il y a 30 ans, en décembre 1990, le gouvernement tchécoslovaque annonçait  la décision clé de vendre le constructeur automobile Škoda Auto au géant allemand Volkswagen. Cette annonce concluait plusieurs mois de négociations pour la privatisation de ce que les Allemands considéraient alors comme « une perle parmi les constructeurs automobiles d’Europe de l’Est ».

Depuis quelques années déjà, Škoda Auto, dont l’essentiel de l’activité est resté basé à Mladá Boleslav (Bohême centrale), est le premier exportateur en République tchèque. Le leader d’une activité, l’industrie automobile, qui demeure le moteur de l’économie tchèque. Mais ce qui apparaît aujourd’hui comme une évidence, ne l’était certainement pas en 1990, quelques mois seulement après la chute du régime communiste. A l’époque, l’évocation des voitures Škoda faisait encore surtout rire, loin de la fierté que suscite désormais la marque aux yeux des Tchèques. Partenaire officiel du Tour de France cycliste, Škoda est aujourd’hui la société « tchèque » la plus connue à l’étranger.

Škoda Auto a été fondée sous le nom de Laurin & Klement en 1895 et a acquis son nom actuel après son acquisition par le conglomérat Škoda Works au milieu des années 1920.  L'entreprise a été nationalisée en 1948, année de la prise du pouvoir par le régime communiste en Tchécoslovaquie.

Un peu plus d’un an après la révolution de Velours, les dirigeants démocratiques nouvellement installés au pouvoir se prononcent sur l’avenir de Škoda Auto le 9 décembre 1990. Après de longues et difficiles négociations, et les légitimes inquiétudes que supposait l’idée de perdre le contrôle de ce qui était considéré comme un trésor familial, celui-ci était cédé au groupe Volkswagen.

Photo: Archives de Škoda Auto

Premier ministre tchécoslovaque de l'époque, Petr Pithart s’est souvenu de cette période délicate dans une interview accordée il y a quelques années à la Radio tchèque :

Petr Pithart en 1990,  photo: Sokoljan,  CC BY-SA 4.0

« Les négociations ont été assez dramatiques, bien que le public ne le sache pas. À certains moments, il semblait qu’elles n’aboutiraient jamais. Nous avons insisté sur le fait que nous ne voulions pas qu’une simple usine d’assemblage soit construite ici. Il fallait que ce soit un accord gagnant-gagnant. Le cœur de l’activité de chaque constructeur automobile, son usine de moteurs, devait rester ici. Cela sous-entendait également les activités de développement et de recherche, et donc des centaines, voire des milliers de personnes qui continueraient à être impliquées dans le développement au plus haut niveau. »

Volkswagen a remporté l’appel d’offres malgré la concurrence d'un consortium composé de Renault et de Volvo. L'accord a été conclu comme une vente directe de l'État tchécoslovaque au géant allemand et ne s’est pas inscrit dans le cadre de la politique des grandes privatisations qui ont accompagné cette période de profonde transformation de l’économie tchécoslovaque, un élément majeur du passage vers le capitalisme et une écomomie de marché.

Photo: Archives de Škoda Auto

Un grand nombre de Tchèques étaient opposés au rachat de Škoda Auto. Certains estimaient que les sociétés occidentales souhaitaient racheter les entreprises tchécoslovaques afin de les fermer et éviter une concurrence forte d’une main-d’oeuvre meilleur marché. Certaines personnes âgées ont même évoqué l'Occupation allemande.

Néanmoins, au début de l’année 1991, Volkswagen a pris le contrôle de Škoda Auto en s'engageant à investir des milliards de couronnes. La promessse a été tenue.

David Šprincl,  photo: Archives de Svět motorů

Journaliste au magazine automobile Svět motorů (Le Monde des moteurs), David Šprincl a déclaré à la Radio tchèque que les craintes que Volkswagen transforme Škoda en une « marque discount » et uniquement en un centre d'assemblage se sont avérées infondées :

« Škoda a réussi à maintenir une approche différente. La marque a réussi à introduire de l'intelligence dans tous les éléments inclus dans les voitures. Elle est également visible depuis de nombreuses années aux championnats du monde de hockey sur glace et sur le Tour de France – et tout cela, elle le fait indépendemment. Volkswagen n’a certainement pas transformé Škoda en une simple usine d’assemblage, comme on le craignait. Au contraire, les Allemands s’appuient plutôt sur sa bonne image, différente de celle des autres marques. »

Aujourd'hui, Škoda Auto est le premier exportateur de République tchèque, et de loin le principal acteur dans une branche d’activité primordiale pour l’ensemble de l’économie du pays. Fort d’un passé riche et d’un avenir prometteur.