Il y a 75 ans, l’opération Ř visait à éliminer les couvents et les ordres religieux féminins en Tchécoslovaquie
Pendant l’été 1950, le régime communiste tchécoslovaque lance l’opération secrète Ř, qui vise à éliminer les ordres religieux féminins. Les religieuses sont expulsées de force de leurs couvents, réparties par âge et envoyées dans des usines et des régions isolées, où elles sont forcées de travailler dans des conditions déplorables
Il y a 75 ans, en Tchécoslovaquie, le régime communiste de l’époque lance l’opération Ř. Elle s’inscrit dans la continuité de la violente opération K, lancée quelques mois plus tôt avec les ordres religieux masculins pour cible. Après la nuit dite « de Barthélemy », au cours de laquelle les monastères sont attaqués et détruits, le régime commence à s’intéresser aux couvents de religieuses. Il fait expulser les sœurs de leurs communautés, et en fait emprisonner certaines tandis que d’autres sont placées dans des bâtiments délabrés. La plupart d’entre elles se retrouvent dans des usines et autres établissements où elles doivent effectuer des tâches subalternes dans des conditions dégradantes.
Il y a cinq ans, dans un entretien accordé à une station régionale de la Radio tchèque, la sœur Teodora Kubínová racontait son expérience des travaux forcés à Varnsdorf, entre machines bruyantes et comportement déplacé des autres ouvriers. La sœur Sidonie Jana Houštecká, quant à elle, se souvenait de la séparation inhumaine des religieuses en fonction de leur âge, et de leur relocalisation sur tout le territoire de la Tchécoslovaquie, de Broumov aux frontières polonaises.
Elles devaient prier en secret, sans Bible et dans la crainte d’être découvertes. Les sœurs étaient mises à l’abri des regards, dans des régions isolées, loin de la société. Les plus jeunes d’entre elles y sont restées jusqu’à la chute du régime, quarante ans plus tard.
Un roman pour témoigner
Le roman Bílá voda (« Eau blanche », non traduit en français), de Kateřina Tučková, s’intéresse justement à ce chapitre sombre de l’histoire tchécoslovaque moderne. L’écrivaine renommée (dont les romans Les Dernières déesses et Les Exilées de Moravie sont parus en français aux éditions Charleston) y décrit les brutales interventions du régime communiste contre les ordres religieux féminins. Les femmes rejetant l’idéologie communiste étaient sévèrement punies, leur foi et leur dignité piétinées. Kateřina Tučková nous rappelle ainsi qu’en plus de réduire les religieuses au silence, le régime voulait également effacer toute une communauté spirituelle de la mémoire collective de la nation.






