Il y a de cela 40 ans, un Polonais décidait de protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie en s’immolant ...

Ryszard Siwiec, photo: CTK

Quarante ans se sont écoulés ce lundi depuis la mort du Polonais Ryszard Siwiec, première personne qui s’est immolée, le 8 septembre 1968 à Varsovie, en protestation contre l’occupation de la Tchécoslovaquie. La police secrète communiste a dissimulé son geste. Un concert a été donné dimanche au Rodolphinum, en son hommage.

Ryszard Siwiec, photo: CTK
Le concert donné par l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion polonaise de Katowitz sous la baguette du jeune chef d’orchestre Lukasz Borowicz a été conçu à la fois comme une excuse pour la participation de 25 000 soldats de l’armée polonaise à l’occupation de la Tchécoslovaquie en 1968. Une douleur déchirante ainsi qu’un espoir retentissaient dans les œuvres choisies, dont La musique pour Prague 1968 de Karel Husa, et Eroica de Beethoven. Une exposition installée devant la salle Rodolphinum rappelle le geste qui reste peu connu de Ryszard Siwiec : professeur, père de cinq enfants, âgé de 59 ans au moment de son acte. Ryszard Siwiec s’est immolé au Stade de la décennie, à Varsovie, en plein milieu d’un festival national pour célébrer la moisson, devant 100 000 spectateurs et des dirigeants politiques polonais. Quatre jours plus tard, le 12 septembre 1968, il est décédé de ses blessures.

A l’occasion du 40e anniversaire de l’événement, l’historien Petr Blažek de l’Institut d’études des régimes totalitaires, a sorti un livre intitulé : ‘Torche vivante au Stade de la décennie.’ Pour les documents, il a puisé dans les archives de l’Institut de la mémoire nationale de Varsovie, où hélas, pas plus que quelques dizaines de pages se sont sauvegardées :

Ryszard Siwiec s'est immolé au Stade de la décennie à Varsovie, photo: CTK
« Par ex. la transcription du message de Siwiec enregistré sur un magnétophone caché, à l’hôpital, comme l’a fait aussi Jan Palach quelques mois plus tard, et ce document démontre clairement que la police secrète polonaise a voulu complètement étouffer son acte. »

Selon la version officielle il s’agissait d’un geste de quelqu’un souffrant d’une maladie mentale. Seulement en 1991, un documentaire „Entend mon cri“ du réalisateur polonais Maciej Drygas – a contribué à élucider le geste. On écoute Petr Blažek :

« Ryszard Siwiec ne s’est pas immolé pendant le discours de Wladyslav Gomulka, premier secrétaire du Parti ouvrier unifié polonais, mais un instant après, au moment où les jeunes Polonais se sont mis à danser la Polonaise – leur danse nationale. C’est ainsi que son geste n’a pas été tout de suite compris comme un acte politique. Son incompréhension est due aussi au fait que Siwiec a été le premier Européen, du moins dans le bloc soviétique, qui ait eu recours à une forme de protestation aussi radicale. »

L’historien Blažek ne pense pas que son acte ait pu être un déclencheur pour Jan Palach, en janvier 1969:

« Jan Palach ignorait ce qui s’était passé quelques mois auparavant, à Varsovie. Des parallèles entre les deux hommes sont pourtant nombreux: Palach et Siwiec avaient tous les deux un intérêt profond pour l’histoire de leur pays, les deux ont voulu réveiller les gens et les inciter, par une forme de protestation choquante, à une résistance contre l’occupation et le régime totalitaire. »

L’un des fils de Ryszard Siwiec qui était présent dimanche au concert a remercié Vaclav Havel pour avoir été le premier homme politique à décerner, en 2001, une haute distinction à son père - l’ordre Tomáš Garrigue Masaryk.