Interdiction du fumer dans les restaurants à l’horizon de six mois ?

Photo: ČT24

A l’initiative du mouvement ANO, une des formations de la coalition gouvernementale, une loi interdisant de fumer dans les bars et les restaurants pourrait entrer en vigueur dans les six mois à venir. Actuellement, la République tchèque fait partie des Etats de l’Union européenne à la législation la plus laxiste vis-à-vis des fumeurs et où chaque restaurant de décider du régime qu’il adopte.

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Selon les données du ministère de la Santé, 40 % des Tchèques âgés de 15 à 24 ans fument. Les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), présentées par Alena Šteflová du bureau tchèque de l’OMS, confirment une tendance alarmante :

« La République tchèque est le seul des pays de l’OCDE qui n’a pas enregistré une baisse en nombre de fumeurs tandis qu’en moyenne dans ces pays, il y 21 % de fumeurs de moins aujourd’hui par rapport à la situation d’il y a dix ans. »

En réponse à cela, le ministère de la Santé envisage, à partir de 2016, l’adoption d’une loi anti-tabagisme qui introduirait des mesures dissuasives avec à la fois la hausse du prix des cigarettes ainsi que l’interdiction de fumer dans les espaces publics car, selon l’expérience européenne, là où on ne peut plus fumer dans les restaurants et dans les espaces communs, les gens fument moins, même à la maison.

En effet, tous les Etats européens réglementent l’usage des cigarettes dans les lieux publics fermés, quatorze parmi eux ont mis en place une interdiction absolue de fumer. En France, par exemple, l’interdiction concernant les lieux publics est entrée en vigueur en 2007. Elle a été étendue en 2008 aux cafés, bars et restaurants. La première loi de ce type en République tchèque date de 2006, elle proscrit de fumer dans les écoles, les administrations publiques et aux arrêts de transports en commun. En 2010, le texte est assoupli pour uniquement toucher les arrêts fermés. La même année, les législateurs obligent les restaurants à afficher s’ils disposent d’un espace réservé aux non-fumeurs ou pas. Le député du mouvement ANO, Radek Vondráček propose de ne pas attendre le projet gouvernemental et de s’aligner dès les six prochains mois sur ce qui est devenu la norme en Europe :

Radek Vondráček, photo: Chambre des députés
« La modification législative que je propose est très simple à mettre en place. Il suffit d’ajouter une phrase dans la version actuelle du texte et cela signifierait l’interdiction de fumer. »

Le député prévoit l’interdiction de fumer, dans les restaurants, les bars et les discothèques, bref, tous les endroits où on peut consommer nourriture ou boissons. Si une telle mesure est mise en place, elle changerait la donne dans une grande partie des établissements tchèques car actuellement un tiers parmi eux permettent de fumer sans aucune restriction. L’Association des hôtels et restaurants souligne que 60% des restaurants sont totalement ou en partie non-fumeurs, mais ceux-ci se trouvent surtout dans les grandes villes, comme Prague ou Brno, tandis que dans les villes de petite et moyenne taille, il est toujours difficile de trouver des espaces non-fumeurs. Le président de cette association, Václav Stárek, est hostile à un changement de législation :

Photo: Archives de Radio Prague
« Nous ne sommes pas de ceux qui défendent le droit de fumer dans les restaurants, mais nous considérons que le marché peut résoudre cette question tout seul. Dans ce sens, la norme législative dont dispose actuellement la République tchèque est souple et ainsi plus moderne qu’une interdiction absolue. »

Le lobby du tabac peut en tous cas se targuer d’avoir traditionnellement quelques alliés de taille sur la scène politique tchèque, à commencer par le président de la République, comme il l’a encore montré lors de sa dernière visite à l’usine de cigarettes installée à Kutná Hora. Miloš Zeman a déclaré que commencer à fumer après l’âge de 27 ans n’a pas d’effet néfaste sur la santé.