Jan Kaplický rejette le prix du ministère de la Culture

Jan Kaplický

Comme chaque année, le ministère de la Culture décerne les prix nationaux aux personnalités marquantes des arts et de la littérature. Cette fois-ci cependant, pour la première fois, un de ces prix a été refusé. Jan Kaplický qui devait recevoir le Prix national des arts plastiques et de l’architecture refuse d’accepter cette distinction pour manifester son désaccord avec l’attitude du gouvernement tchèque vis-à-vis de son œuvre.

L’architecte tchéco-britannique, Jan Kaplický, est l’auteur du projet très controversé de la nouvelle Bibliothèque nationale qui devait être construite dans le parc de Letná non loin du Château de Prague. Le projet futuriste surnommé bientôt « blob » ou « pieuvre » a divisé l’opinion tchèque en deux camps inconciliables et s’est vu rejeter par le président de la République et finalement aussi par la municipalité de Prague. Jan Kaplický, vainqueur d’un concours d’architecture international, a été accusé en plus de ne pas avoir respecté les conditions du concours. Actuellement la réalisation de son projet est plus qu’incertaine.

Le jury du ministère de la Culture lui a pourtant attribué le prix national pour apprécier l’ensemble de son oeuvre architecturale par laquelle il contribue à la renommée de la République tchèque dans le monde. Le directeur du département des arts et des bibliothèques du ministère, František Zborník, explique quelle a été la réaction de l’architecte à cet honneur :

Le projet de la Bibliothèque nationale
«Jan Kaplický a écrit une lettre de deux lignes au ministre dans laquelle il lui a signalé que dans la situation actuelle, c’est-à-dire en août dernier, le gouvernement dont le ministre faisait partie, posait des limites, d’une certaine manière, à ses activités en République tchèque. Et c’est pour cette raison que Jan Kaplický a refusé d’accepter le prix.»

Il est sans doute difficile pour le célèbre architecte de se montrer plus favorable à cette initiative du ministère. On n’est pas prêt d’oublier qu’au moment où l’affaire de la nouvelle Bibliothèque nationale était à son comble, il est allé jusqu’à accuser le ministère de la Culture d’être la seule institution de son genre dans le monde agissant contre la culture. Aujourd’hui, il formule ses reproches d’une façon plus diplomatique:

«Je veux attendre jusqu`à l’époque où j’aurais vraiment l’occasion de prouver que je suis capable de faire quelque chose d’important pour l’architecture et la culture tchèques. J’y ai travaillé pendant 18 mois sans réussir jusqu’à présent, comme vous le savez bien.»

Le Prix de théâtre a été attribué au metteur en scène Jan Borna pour ses productions destinées aux adultes et aux enfants, et c’est le compositeur et musicologue Zdeněk Šesták, une personnalité qui s’impose dans la vie musicale tchèque depuis les années 1960, qui remporte le Prix de musique. Ces deux lauréats des prix nationaux ne protestent pas et semblent beaucoup plus satisfaits de leurs décorations. Par contre l’écrivain Ludvík Vaculík qui reçoit cette année le Prix de littérature ne se départit pas de son esprit critique et satirique :

«L’attribution de ce prix obéit au critère suivant : on choisit ceux qui ne l’ont pas encore eu ou ceux qui pourraient bientôt mourir. Alors, voyez-vous, c’est tout à fait logique.»

Le Prix de la traduction littéraire a été attribué au germanisant Jiří Stromšík.