Jeunes dissidents, « Les Enfants tchèques » se sont constitués en août 1988

Enfants tchèques, photo: ČT24

Ce mois d’août marque le vingt-sixième anniversaire depuis la création des « Enfants tchèques », un groupe des jeunes dissidents d’orientation anarcho-monarchiste. Leur manifeste appelant au retour de la royauté et signé notamment par les poètes et écrivain Ivan Martin Jirous et Jáchym Topol, a tantôt été interprété comme une blague, tantôt sur un ton sérieux. Jeune activiste et fondateur des « Enfants tchèques », Petr Placák offre son récit des manifestations qu’ils ont organisés en amont du 17 novembre 1989.

Enfants tchèques, photo: ČT24
Pour leur première activité publique, les « Enfants tchèques » ont organisé une manifestation, en août 1988, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’invasion des chars soviétiques. Ce jour-là, plusieurs milliers de personnes ont répondu à leur invitation. Dans une interview accordée à la télévision publique, Petr Placák, se souvient de la réaction des forces répressives :

« D’abord, il n’y a eu aucune réaction de leur part, car le nombre de personnes s’étant rendues à la manifestation représentait une mauvaise surprise pour la police. En revanche, c’était une belle surprise pour nous car nous attendions la participation au maximum de quelques centaines de personnes, certainement pas de milliers. L’événement a duré plusieurs heures, nous avons chanté des slogans dans les rues de Prague. Il est intéressant que le rassemblement ait été dispersé à Národní třída, à 100 mètres du lieu où ont commencé, en 1989, les manifestations qui ont mis fin au régime. »

Mais avant d’en arriver à l’année 1989, plusieurs autres manifestations se sont déroulées à Prague suivant l’appel des « Enfants tchèques », notamment celle du 8 octobre 1988 à la place Venceslas où la police était déjà mieux préparée :

Petr Placák, photo: ČT24
« Apparemment, pour cette manifestation, la police s’est entraînée à l’aéroport où ils avaient dessiné les contours de la place Venceslas. Ce jour-là, le centre de Prague me paraissait être le théâtre d’une guerre civile, partout des véhicules blindés et des bouteilles de gaz lacrymogène. Néanmoins, même s’ils étaient mieux préparés, ça leur a pris à nouveau plusieurs heures pour prendre le contrôle des événements. »

En janvier 1989, la semaine de Palach a commencé par un dépôt de fleurs au pied du monument de Saint Venceslas à Prague. Petr Placák était parmi les activistes sur place. Ils étaient arrêtés aussitôt, de même que les fleurs. Peu après, le groupe des « Enfants tchèques » a publié trois numéros du magazine satirique « Koruna » (la couronne), ainsi que le fameux manifeste pour le retour du roi tchèque qui a valu au groupe l’étiquette anarcho-monarchiste. Le manifeste a été publié dans un quotidien pourtant censuré, Rudé právo, car les censeurs estimaient qu’il suffirait à décrédibiliser le groupe qui est déjà devenu un habitué des protestations contre le régime de plus en plus récurrentes. Petr Placák décrit le changement d’ambiance aux manifestations entre 1988 et 1989 :

Enfants tchèques, photo: ČT24
« Entre 1988 et 1989, on s’est clairement amélioré. Au début, nous étions très incertains quant aux résultats de nos activités, mais au fur et à mesure les manifestants ont appris à se défendre, cela devenait une routine, on s’est habitué. Cela a préparé l’année 1989. »

Selon ses paroles, Petr Placák a commencé à croire que le régime pourrait s’effondrer quand il a appris l’autorisation de la manifestation du 17 novembre 1989. A l’approche du 17 novembre 2014, jour du vingt-cinquième anniversaire de ces événements, Radio Prague continuera à vous proposer des programmes thématiques sur ce sujet.