Jiří Kajínek a retrouvé la liberté

Jiří Kajínek, photo: ČTK

Jiří Kajínek était l’un des prisonniers les plus médiatiques de République tchèque. Condamné à la prison à perpétuité en 1998 pour un double meurtre, il a été gracié mardi par le chef de l’Etat, comme cela était attendu, et remis en liberté, après plus de vingt-trois ans d’enfermement.

Bohuslav Sobotka, photo: Site officiel du Gouvernement tchèque
Ce n’était pas pour la montée des marches à Cannes qu’ont crépité les flashs des photographes et que se pressaient les journalistes tchèques ce mardi à la prison de Jablonec nad Nisou, mais pour la libération de Jiří Kajínek, graciée par le chef de l’Etat Miloš Zeman. Le prisonnier le plus célèbre du pays, qui a profité de ses premiers instants de liberté dans un marcel vert du plus bel effet, a visiblement acquis un véritable statut de vedette. C’est précisément ce que dénonce le Premier ministre Bohuslav Sobotka, qui était opposé à la décision présidentielle :

« Je n’aime pas cette idée qu’avec cette libération, Jiří Kajínek, qui a commis un meurtre avec préméditation, devienne une célébrité. Je pense que cela ne devrait pas être le cas. Si M. Kajínek doit incarner quelque chose, c’est à mon avis un personnage négatif. »

Mais en réalité, Jiří Kajínek n’a pas attendu sa libération pour être sous les feux de la rampe médiatique. Son histoire a d’ailleurs fait l’objet d’un film en 2010, qui répondait, en toute sobriété, au titre de Kajínek. Elle commence dans les années 1980 avec une série de braquages qui le conduisent à plusieurs reprises déjà derrière les barreaux. Cette histoire prend un tour autrement plus dramatique la décennie suivante. Il est accusé d’avoir été commandité pour assassiner l’homme d’affaires Štefan Janda, tué par balle aux environs de Plzeň en mai 1993. Un de ses gardes du corps meurt dans l’attaque, un autre est blessé mais survit. Pour la police, cela ne fait pas de mystère, c’est signé Jiří Kajínek, qui est condamné à la prison à vie en juin 1998. Pourtant, des doutes subsistent sur sa culpabilité, que lui a toujours niée, alors que le commanditaire de l’assassinat n’a jamais été jugé.

Jiří Kajínek, photo: ČTK
A plusieurs reprises, des hommes politiques tels que l’ancien ministre de la Justice Pavel Rychetský ont essayé de faire réviser le procès, des tentatives qui n’ont jamais abouti. Visiblement sensible aux arguments de la défense, le chef de l’Etat Miloš Zeman a donc décidé d’accorder sa grâce présidentielle, pour la huitième fois depuis le début de son mandat. La nouvelle a été annoncée lors d’une conférence de presse organisée mardi en fin de matinée par le porte-parole du château de Prague, Jiří Ovčáček :

« A l’heure même où je vous parle, la demande de grâce présidentielle faite par le chef de l’Etat pour Jiří Kajínek est transmise du château de Prague au ministère de la Justice. Monsieur le président a commué la peine de prison qu’il lui reste à effectuer en libération conditionnelle. Il s’intéresse à cette affaire depuis bien longtemps et il a évidemment pris note des doutes émis par certaines personnalités qualifiées. Je citerais par exemple le nom de l’actuel président de la Cour constitutionnelle Pavel Rychetský. »

Âgé aujourd’hui de cinquante-six ans, Jiří Kajínek était privé de liberté depuis vingt-trois ans. Enfin pas tout-à-fait car une de ses tentatives d’évasion avait réussi en l’an 2000. Sa cavale avait duré un peu plus d’un mois, et servie, dit-il, à attirer l’attention sur l’injustice dont il affirme être la victime. C’est ce qu’il a répété devant les journalistes ce mardi en début d’après-midi, peu après avoir quitté le centre pénitencier de Jablonec, au nord-est de la Bohême :

Jiří Kajínek, photo: ČTK
« Je pense que c’est un secret de polichinelle de dire que mon jugement n’a pas été rendu dans les règles et que je n’aurais pas dû être condamné à la prison à perpétuité. »

Le ministre de la Justice, Robert Pelikán (ANO), estime que le geste présidentiel, critiqué par toute une partie de la sphère politique, est un acte de miséricorde, d’autant plus que l’ex-prisonnier est soumis à un régime de semi-liberté assez contraignant. Reste que sans réouverture du procès, c’est l’incertitude qui continuera de dominer sur les circonstances de l’assassinat de Štefan Janda.