Jusqu'où on est prêt à aller pour survivre ? Une question posée par Peter Brook à Prague

Peter Brook, photo: Next Wave

« Sizwe Banzi est mort », une nouvelle création de Peter Brook créée au printemps dernier à Lausanne et présentée depuis dans plusieurs endroits du monde, a fait escale, du 8 au 10 octobre, à Prague. Une rare occasion pour les nombreux amateurs tchèques du théâtre de Peter Brook de voir son spectacle « en live ». L'absence du fameux metteur en scène britannique, dont la dernière visite à Prague date d'il y a quatorze ans, n'a pas jeté de l'ombre sur l'événement, remarqué par tous les médias et qui a rempli à plusieurs reprises la salle intimiste du théâtre Archa. « Sizwe Banzi est mort », une pièce écrite par Athol Fugard pendant l'apartheid, raconte avec humour et légèreté l'histoire, au fond peu réjouissante, d'un Sud-africain sans papiers, contraint de prendre l'identité d'un mort pour pouvoir vivre mieux. Le spectacle met en scène deux comédiens épatants : Habib Dembélé, personnalité très en vue au Mali et le musicien rapeur congolais Pitcho Womba Konga. Qu'est-ce qui fait, à leurs yeux, la force de cette pièce ?

Pitcho Womba Konga (à gauche) et Habib Dembélé, photo: CTK
H.D. : « La pièce m'a touché, parce qu'elle parle d'une histoire humaine. C'est aussi simple que ça. Si le théâtre ne touche pas à l'humain, ce n'est pas du théâtre pour moi. Voilà pourquoi j'ai pris plaisir à jouer dans Hamlet ou dans Tierno Bokar, parce que les deux pièces montées par Peter Brook parlent de la condition humaine. »

Pitcho Womba Konga (à gauche) et Habib Dembélé, photo: CTK
P.W.K. : « C'est justement parce que ça parle de l'Afrique que c'est humain. Pareil pour une pièce qui parlerait de l'Europe - elle serait humaine. Si l'on est pro-africain dans une certaine démarche, c'est forcément une démarche très humaniste. Au moment où l'on est 'pro' quelque chose, on n'est pas forcément 'contre' quelque chose, je pense. Ce qui m'a particulièrement touché dans cette pièce, c'est en dehors de l'apartheid, de l'Afrique et du concept noir et blanc. C'est le côté de l'identité. De savoir qu'est-ce qu'on est. A partir de quel moment on décide d'être, quelle est la définition qu'on peut se donner. Qui décide cette définition ? Nous ? L'Etat ? A l'heure actuelle, la chance des gens riches est de pouvoir eux-mêmes choisir cette définition. Ils peuvent décider s'ils 'se foutent en l'air physiquement ou mentalement. Les pauvres n'ont pas le choix. »

P.W.K. : « L'accueil de la pièce à Prague a été très chaleureux. On a même battu notre record en étant appelés sept fois sur scène ! Je crois que ce pays qui vient de sortir d'un lourd moment est assez ouvert pour pouvoir accepter ce genre de sujet. Hier, nous avons joué pour les étudiants. Si c'est ça les étudiants ici, le futur du pays est très prometteur. »

Les propos de Pitcho Womba Konga et d'Habib Dembélé qui seront les invités, dimanche prochain, de Culture sans frontières. En décembre 2006, « Sizwe Banzi est mort » débarquera à Paris, au Théâtre des Bouffes du Nord.