La bibliothèque Václav Havel, lieu de documentation historique et de rencontres culturelles

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Fondée en 2004, la bibliothèque Václav Havel était le dernier grand projet de l'ancien président tchèque, décédé le 18 décembre dernier. Comment la bibliothèque fonctionne-t-elle ? Comment va-t-elle évoluer en l'absence de l'ancien président ? Explications de Jáchym Topol, célèbre écrivain tchèque qui occupe depuis quelques mois les fonctions de directeur de la programmation de la bibliothèque Václav Havel.

C'est Václav Havel en personne, quelques mois avant son décès, qui a demandé à Jáchym Topol de s'occuper de la partie culturelle des activités de la bibliothèque., Auteur de nombreux romans, traduits dans plusieurs langues et notamment en français, Jáchym Topol est depuis toujours un proche de Václav Havel. Son père, Josef Topol, poète et écrivain, a été parmi les premiers signataires de la Charte 77. Jáchym Topol s'est donc engagé dans la dernière grande entreprise de l'ancien dissident – une bibliothèque qui s'inspire de celles édifiées par les anciens présidents américains, où sont rassemblés leurs archives et divers travaux. Jáchym Topol nous donne plus de détails :

« La bibliothèque Václav Havel a été fondée en 2004, selon le modèle des bibliothèques des présidents américains. Les archives constituent donc la base de ce qu'elle contient. Ce sont de riches archives, qui ont été digitalisées : il y a des photographies, des documents. Václav Havel était comme un point d'intersection entre l'histoire de l'Europe centrale et l’histoire du communisme, et on peut ainsi dire que ces archives sont des archives qui couvrent l'histoire contemporaine tchèque. En 2004, le directeur de la bibliothèque était Martin C. Putna, qui est un formidable écrivain – j’aime beaucoup toute son œuvre. Il a écrit un très beau livre sur Václav Havel intitulé ‘Václav Havel, un portrait spirituel’. »

« Cette bibliothèque a donc également des activités éditoriales. Cela veut dire qu'elle édite des livres, comme celui que je viens de citer, mais aussi des cahiers qui concernent Václav Havel et sa famille. Cela présente aussi toute l'histoire de la Tchécoslovaquie et de la République tchèque contemporaine parce que Havel a eu un destin tellement bizarre que, de prisonnier politique, il est devenu le dernier président de la Tchécoslovaquie et le premier président de la République tchèque. »

C’est donc la vie, le parcours et le destin exceptionnel de Václav Havel qui permettent à ces archives de la bibliothèque Havel d’offrir des sources d’une richesse et d’une variété hors du commun. Jáchym Topol :

« Václav Havel était une personnalité tellement importante, non seulement en tant que président, mais aussi comme chef de l’opposition sous le communisme... C’est donc tout le matériel sur sa vie qui est rassemblé. Il était déjà actif quand il n’était qu’un jeune homme. Dans les années 1950, il appartenait au groupe que l’on appelle les « 36 », auquel appartenaient par exemple Věra Linhartová, mais aussi mon père, le poète Jiří Kuběna et bien d’autres encore. L’historien et critique littéraire Pavel Kosatík a écrit un livre sur cette génération 1936. Donc celui qui suit Havel dans les années 1950 trouve dans ces archives des informations importantes qui concernent l’ensemble de la culture tchèque. On trouve des informations sur la culture, sur les poètes, les artistes, et les peintres qui se regroupaient autour de Vaclav Havel, tout comme des informations politiques. Havel est l’homme qui a mené la République tchèque à l’OTAN et à l’Union européenne. Il y a donc tous ces documents, qui auront un jour une énorme valeur historique, qui sont conservés avec soin. »

Il y a tout juste un an, en mars 2011, Vaclav Havel avait présenté à la presse le bâtiment dans lequel les activités de sa bibliothèque devraient à terme être rassemblées. Pour l’instant, ces activités sont en effet encore éparpillées dans divers quartiers de la capitale tchèque. Comment donc la bibliothèque est-elle organisée ? Et comment avance le projet de réunion des diverses branches de la bibliothèque ? Jáchym Topol :

« Actuellement, cette bibliothèque est répartie sur deux lieux. Dans la rue Kateřinská se trouvent les archives où se rendent les étudiants et les chercheurs. C’est là aussi que se trouve le bureau principal de l’équipe de la bibliothèque Václav Havel. Le deuxième lieu est la galerie Montmartre, avec les cafés et tavernes qui se trouvent autour. C’est dans cette galerie Montmartre que se déroulent les différentes manifestations et soirées. Et l’idéal serait que, dans à peu près un an et demi ou deux, je ne sais pas exactement, nous déménagions tous dans un grand bâtiment sur la place Loreta. Mais cela n’est pas de ma responsabilité. Cela aura lieu ou n’aura peut-être pas lieu parce qu’il y a diverses associations pour la défense du vieux Prague ou personnalités qui estiment que le projet architectural n’est pas bon. Mais je ne m’en occupe pas. »

« Cette galerie Montmartre a ses défauts. C’est petit. Il y a des problèmes par exemple avec les toilettes. Je dois aussi régler des questions de vestiaires pour que les manteaux des invités ne disparaissent pas. Il y a donc beaucoup de problèmes, mais la localisation est idéale. Si nous déménageons vers la place Loreta, derrière le Château de Prague, je ne suis pas sûr qu’autant de monde s’y rendra. Ici, nous sommes dans le centre-ville, alors que pour aller là-bas, il faut prendre le tramway. Mais je ne sais pas ! »

C’est donc pour l’instant dans cette galerie Montmartre que Jáchym Topol organise les manifestations culturelles de la bibliothèque Havel ; une galerie Montmartre pour laquelle il manifeste un réel attachement, justifié par une longue tradition historique. Jáchym Topol :

« En plus des activités éditoriales et archivistiques, il y a également ces activités de club, ou activités culturelles, qui sont ma principale charge. J’ai donc la responsabilité de cette galerie Montmarte qui est pour moi fascinante. A l’endroit-même où nous sommes installés au moment où nous discutons s’est saoulé Jaroslav Hašek. Max Brod et Franz Kafka venaient boire leur café ici. C’est formidable ! En plus, cette partie de la vieille ville, cette rue Řetězová, me plaît énormément parce que je pense qu’elle a gardé son authenticité. Nous sommes tout proches de la zone touristique mais tout fonctionne normalement. Tout près d’ici se trouvent aussi le Café littéraire et le Théâtre de la balustrade. Je pense donc que le programme de la galerie Montmartre renoue avec ce qu’il y avait autrefois : František Gellner, Eduard Bass, Vlasta Burian, Egon Ervin Kisch. Je lis ces noms sur cette liste et c’est la réalité. »

Jáchym Topol veut donc inscrire les activités culturelles de la galerie Montmartre dans cette lignée des grands écrivains et artistes de l’avant-garde tchèque. Voici comment il conçoit le programme de la galerie :

J. H. Krchovský, photo: Tereza Horáková
« Je reconnais qu’il est bien et important d’organiser des conférences internationales sur Václav Havel et l’Europe, Václav Havel et les droits de l’homme, etc. Mais ce n’est pas mon style, et ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Je pense que ce que Václav Havel avait en tête était d’offrir à des peintres une salle d’exposition, comme actuellement pour Michal Singer, ou que des poètes comme J. H. Krchovský ou Pavel Zajíček puissent lire leur poésie. Ce sont des gens qui appartennaient au cercle de Havel. Havel les aimait. Ce sont des gens qui appartiennent à l’underground : même si je n’aime pas beaucoup ce mot, c’est toujours une partie importante et vivante de la culture. »

« Je trouve cela formidable que l’on propose un soir une discussion avec la chef de la Cour suprême, Eliška Wagnerová, et que le lendemain, on puisse voir des jeunes gens et des vieux hippies rassemblés pour un concert underground du groupe DG307. Je prépare moi-même le programme et je pense que c’est ce que Havel voulait. »

Jáchym Topol a néanmoins encore d’autres ambitions pour la partie club de la bibliothèque Havel :

« Chaque lundi aura lieu un débat avec l’hebdomadaire Respekt, où j’ai travaillé pendant plusieurs années. Chaque semaine, nous aurons un thème différent pour qu’il y ait un vrai débat vivant. Les rédacteurs de l’hebdomadaire auront des invités. Par exemple, sur un débat sur la réforme de l’armée, le rédacteur en chef de Respekt aura pour invités le ministre de la Défense et un opposant pour un débat public. Si nous réussissons cela, nous serons complètement satisfaits parce que nous couvrirons à la fois la culture contemporaine mais tout en nous intéressant aussi à la politique. Et c’est exactement ce que faisait Vaclav Havel. »

Pour consulter le programme, il suffit de se rendre sur le site de la bibliothèque Havel, www.vaclavhavel-library.org