La désignation des rues et lieux publics tchèques (3e et dernière partie)

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Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague - Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Suite et fin de notre petite série consacrée à la désignation et à la dénomination des rues et lieux publics en République tchèque. Les deux émissions précédentes nous ont permis de découvrir l'histoire dans ses grandes lignes de ce processus de signalisation, depuis le XIIe siècle pour en arriver jusqu'à 1925. Un processus forcément influencé par l'histoire du pays, et notamment par la Réforme catholique, la germanisation du pays, le pouvoir exercé depuis Vienne par la dynastie des Habsbourg, le Réveil national et la montée du nationalisme tchèque au XIXe siècle, la fondation de l'Etat tchécoslovaque en 1918, l'occupation du pays par l'armée allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale ou encore la prise du pouvoir par les communistes en 1948. Reste qu'en 1925, le conseil municipal de Prague adopta six principes de base pour la désignation et la dénomination des rues et lieux publics. Six principes encore en vigueur aujourd'hui auxquels nous allons dons nous intéresser.

Rukopis třeboňského augustiniána Oldřicha Kříže z Telče, 15. stol.
Le premier de ces six principes est la préférence accordée aux appellations traditionnelles, tandis que le deuxième donne la préférence aux noms qui tirent leur origine du caractère du lieu qu'elles désignent. Troisième principe, celui selon lequel il est possible d'utiliser des appellations à connotation patriotique pour les nouvelles rues créées après 1918 et la naissance de la Tchécoslovaquie indépendante. Le quatrième tend, lui, au respect des ensembles locaux cohérents au niveau de la terminologue. Enfin, le cinquième principe fixe le droit d'appeler exceptionnellement une rue selon une personnalité ayant vécu dans la ville, mais la personnalité en question ne doit plus être en vie, tandis que selon le sixième et dernier principe, qui règlemente les autres cas de figure, les appellations doivent être choisies selon les caractéristiques du pays ou de la région, ou encore selon les éléments naturels environnants comme la rivière ou les montagnes, et ce dans la mesure du possible dans la partie de la ville située dans la direction de l'emplacement réel de la localité en question.

Rappelons que ces six principes concernaient la ville de Prague. A ceux-ci est venu s'ajouter un septième principe en 1991 visant à empêcher à ce qu'une rue soit baptisée selon des partis politiques, des mouvements ou des idées ou encore selon des institutions, organisations, ensembles ou entreprises ayant exercé une activité après 1945 ou jusqu'à aujourd'hui.

Des règles similaires à celles en vigueur dans la capitale sont appliquées dans les autres villes tchèques. Toutefois, si Prague veille au sérieux des appellations, en interdisant, par exemple, récemment que les rues d'un nouveau complexe d'appartements en construction portent les titres des différents tomes de la série littéraire racontant l'histoire de l'apprenti sorcier Harry Potter, il n'en va pas de même ailleurs. Ainsi, la ville de Humpolec, située à mi-chemin entre Prague et Brno, a fait preuve d'humour en choisissant d'appeler une rue certes selon son habitant le plus célèbre, un certain Hlinik, mais un habitant fictif dont tous les Tchèques firent la connaissance dans une comédie des années 1970.

Sachez encore qu'une appellation de rue ne peut être utilisée deux fois dans une même ville et que, depuis 1961, il est interdit partout dans le pays de baptiser une rue ou un lieu public selon une personnalité encore en vie.

Enfin, pour ce qui est du signalement, retenons que les rues ne commencèrent à être signalées systématiquement qu'à partir de 1787. Des inscriptions étaient alors peintes en noir aux angles des maisons. En 1868, les appellations des rues furent inscrites en allemand et en tchèque sur des petites plaques en tôle qui possédaient une couleur différente dans chaque quartier de Prague. Il fallut attendre 1894 pour que les plaques en deux langues soient remplacés par des plaques uniquement en tchèque portant une inscription blanche sur fond rouge. Des plaques que l'on retrouve aujourd'hui encore à Prague.

C'est ainsi que se referme ce « Tchèque du bout de la langue » et avec lui la troisième et dernière partie de notre série consacrée à la désignation des rues et lieux publics en République tchèque. En attendant de vous retrouver dès la semaine prochaine avec un autre sujet, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !