La grande diversité de croyances donne une pleine consistance au projet européen

L'Europe manque de valeurs spirituelles. Voilà le constat qu'a dressé, la semaine dernière à Prague, Monsignore Marc Stenger, lors d'une conférence donnée à l'Institut français de Prague. S'il dit valeurs spirituelles, il n'entend pas par là, seulement, des valeurs religieuses. Ecoutons-le.

« On ne parle pas que de valeurs chrétiennes. Il faut regarder dans l'histoire. Dans l'histoire on aperçoit que, à la base de l'évolution européenne, il y a le christianisme qui a eu une grande place et il y a des valeurs qui sont aujourd'hui reconnues de la société et qui ont des fondements dans la religion chrétienne... Mais même dans l'histoire, on peut s'apercevoir qu'il n'y a pas eu que la culture chrétienne qui a nourri l'Europe. Il y a la présence du judaïsme et de l'islam, à travers l'histoire européenne. Et ce que le judaïsme et l'islam peuvent apporter est important pour la construction européenne. Cela me fait dire plutôt qu'il faut que l'Europe ait pour base les valeurs chrétiennes, les valeurs juives et musulmanes. Je veux dire par là qu'il faut que l'Europe ait pour base une culture oecuménique, c'est-à-dire une rencontre de ces grands courants, de ces grandes traditions spirituelles, parce que de cette rencontre sort une certaine image de l'homme, une certaine vision de l'homme et c'est cette vision qui peut aider l'Europe à être plus qu'un simple projet économique. »

Quel regard portez-vous sur le débat autour de l'âme de l'Europe ? Est-il suffisant ?

« Ce projet de débat de l'âme de l'Europe est quelque chose qui est extrêmement important, car il faut se positionner face à cette Europe économique. L'Europe doit avoir une âme, une spiritualité. Mais si l'Europe doit avoir une âme, elle ne doit pas nécessairement avoir des valeurs qui sont des valeurs religieuses, mais des valeurs qui peut-être n'ont aucun rapport avec la religion. Je dis que c'est la grande diversité de croyances qui donne le fondement, la totale consistance au projet européen. La foi cela veut dire croire que l'homme a une destinée qui n'est pas simplement de passer la vie à consommer et de grandir, mais que la vie est menée par un grand projet d'accomplissement. Je crois que l'Europe doit être un réceptacle pour ce grand projet pour l'homme.»

Comment voyez-vous l'engagement des chrétiens dans la construction européenne ?

« Il y a des chrétiens très engagés. Il ne faut pas oublier que les pères fondateurs étaient les chrétiens et s'ils ont lancé l'Europe, c'était au nom de leur foi chrétienne, il faut le dire. Pour eux, la perspective, c'était la réconciliation, c'était l'unité, la fraternité entre les hommes, ce sont des valeurs qui sont totalement évangéliques. Mais force est de constater que tous les chrétiens ne sont pas engagés de la même manière. Il y a des chrétiens nationalistes, il y a des chrétiens qui sont égoïstes, des chrétiens repliés sur eux-mêmes, tout cela ça existe, mais je pense que les chrétiens qui sont conscients de ce que cela veut dire chrétien, ne peuvent que s'engager pour l'Europe.«