La Maison municipale de Prague, haut lieu de l’art et de l’histoire tchèques

Foto: Archives de ČRo7 - Radio Prague

La Maison municipale, monument typique de Prague, fête son centenaire. A cette occasion, la ville lui a offert un beau cadeau – une grande exposition évoquant le bouillonnement artistique de Prague dans les premières décennies du XXe siècle.

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C’est sur l’emplacement d’un palais royal qu’a été érigé, entre 1905 et 1912, cet édifice Art nouveau qui domine aujourd’hui la Place de la République de Prague. Le directeur actuel de la Maison municipale, Vlastimil Ježek, rappelle que la réalisation du projet confiée aux architectes Antonín Balšánek et Osvald Polívka n’a pas été sans problèmes :

« Le budget de la construction était gigantesque pour l’époque, trois millions de couronnes, mais les travaux ont finalement coûté six millions. Donc, bien que cent ans se soient écoulés, il y a des ressemblances évidentes entre les commandes publiques de 1912 et celle de 2012. La maison a été inaugurée en janvier 1912 et à cette occasion y ont été organisées simultanément deux grandes expositions d’arts plastiques. Grâce au commissaire Otto Urban, nous avons réussi à faire revenir les oeuvres de ces expositions à la Maison municipale, un siècle plus tard. »

Le directeur Vlastimil Ježek tient également à rappeler le rôle que la Maison municipale a joué dans l’histoire moderne des Tchèques et des Slovaques :

Foto: Martina Schneibergová, Archives de ČRo7 - Radio Prague
« Déjà en janvier 1918 a été adopté dans la Maison municipale le document appelé ‘La déclaration de la fête des Rois (Tříkrálová deklarace)’ qui était un des premiers pas vers la fondation de la Tchécoslovaquie indépendante. Et l’édifice a été aussi le théâtre de plusieurs autres événements historiques. C’est ici qu’a eu lieu par exemple la passation des pouvoirs militaires d’Autriche-Hongrie au Comité national du nouvel Etat tchécoslovaque. Et si nous faisons un saut dans le temps, nous arrivons à l’an 1989 où ont eu lieu ici les premiers pourparlers entre Václav Havel et le gouvernement communiste représenté par le premier ministre Ladislav Adamec. »

Foto: Barbora Kmentová, Archives de ČRo7 - Radio Prague
Nous pouvons donc dire que la Maison municipale a abrité deux événements majeurs des tournants de l’histoire tchèque et slovaque du XXe siècle, la naissance de la Tchécoslovaquie indépendante et la Révolution de velours ayant balayé le régime communiste. Pendant toute son existence la Maison a cependant aussi été un centre bouillonnant de la vie culturelle et sociale. Concerts, expositions, rassemblements, congrès, bals, défilés de mode, réunions annuelles de diverses corporations se succèdent depuis un siècle à une cadence rapide sous les voûtes de sa grande salle qui porte le nom du compositeur Bedřich Smetana et dans ses nombreux salons.

Foto: Barbora Kmentová, Archives de ČRo7 - Radio Prague
L’édifice Art nouveau situé au cœur historique de Prague devait symboliser la fierté nationale et les ambitions culturelles du peuple tchèque et sa décoration a été confiée aux plus grands artistes de l’époque. Les meilleurs peintres et sculpteurs tchèques du début du XXe siècle, dont Alfons Mucha, Max Švabinský, Jan Preisler, Karel Špilar et Josef Václav Myslbek, y ont laissé leur empreinte. Dans les années 1910 cependant l’art tchèque s’ouvrait déjà aux courants modernes et ces artistes traditionnels étaient confrontés et coexistaient avec les exploits des avant-gardes cubiste, symboliste et autres. Les oeuvres des membres de ces avant-gardes, dont Emil Filla, Otto Gutfreund et Josef Váchal, ont été exposées, elles aussi, dans la Maison municipale dès le début de son existence. Le commissaire de l’exposition organisée à l’occasion du centenaire de la Maison, Otto Urban, a donc décidé de présenter une confrontation entre ces deux tendances, entre les représentants de la tradition et ceux de la modernité :

Foto: Barbora Kmentová, Archives de ČRo7 - Radio Prague
« D’habitude, les oeuvres de cubistes et de symbolistes et celles d’artistes académiques sont présentées séparément. Moi, j’ai trouvé intéressant de créer une espèce de mosaïque, un caléidoscope de l’année 1912 dans toute son ampleur. Et il s’avère qu’au niveau moderne, cubiste et symboliste, aussi bien qu’au niveau plus traditionnel et académique, les auteurs de cette période ont atteint des résultats remarquables. Un siècle plus tard, leurs oeuvres gardent toujours une profondeur et une force extraordinaires. »

Et Otto Urban de se demander combien d’oeuvres créées en 2012 pourraient être présentées dans le cadre d’une exposition de ce genre organisée en 2112, dans cent ans donc. L’exposition caléidoscope sera ouverte dans la Maison municipale de Prague jusqu’au 31 janvier prochain.