La « nouvelle » Vera Chytilova : nihiliste ou réaliste ?

'Hezke chvilky bez zaruky'

Le nouveau film de la réalisatrice tchèque la plus réputée à l'international, Vera Chytilova, intitulé « Hezke chvilky bez zaruky » (Nice Moments with No Guarantee), est sorti le 21 septembre sur les écrans en République tchèque. Histoire d'une psychologue, de sa famille et de ses patients ? Aussi. Mais avant tout, comme le dit la réalisatrice elle-même, c'est un film sur « le recul par rapport à la vie et les frustrations qu'elle apporte ».

'Hezke chvilky bez zaruky'
Ce recul manque cruellement aux personnages du film qui défilent dans le cabinet de la psychologue Hana : à ceux qui vivent des échecs sentimentaux, qui affrontent les problèmes de jeunesse ou de vieillesse, d'adultère, d'alcool ou de violence familiale, qui sont trop pauvres ou trop riches, trop préoccupés par l'état de la planète ou par leur univers à eux pour être libres, contents de soi. Hana, elle-même, voit sa famille se désagréger, autant dépassée par les événements que ses patients. C'est une psychologue, Katerina Irmanovova, qui a co-écrit le scénario du film, avec Vera Chytilova, et qui y campe même un petit rôle. Ecoutez la réalisatrice :

Vera Chytilova, photo: CTK
« Je la connaissais depuis son enfance, je savais qu'elle était psychologue et que son milieu était un véritable foisonnement de sujets à traiter. En fait, je suis allée chez une spécialiste pour m'informer sur ce qui se passe dans le monde, sur les problèmes que rencontrent les gens aujourd'hui. Nous en avons beaucoup parlé et réunis des destins différents dans un ensemble, autour de deux personnages principaux, ceux de la psychologue et d'une de ses clientes. En fait, je ne me souviens de rien... mais je crois qu'à l'origine, il y avait une commande de la part de la Télévision tchèque de tourner une série - format qui est très en vogue en ce moment. Nous étions parties de ce point-là, mais... au bout d'un moment, cela ne m'a plus intéressée. Une histoire isolée peut se terminer bien ou mal, c'est tout. Il y en a des milliers et des millions. Ce qui m'intéresse, moi, c'est ce qui se passe quand vous êtes au coeur de tout cela, au centre, au croisement de tous ces chemins. »

'Hezke chvilky bez zaruky'
L'accueil de la critique est très réservé. En faisant une allusion au titre du film, Jan Gregor de l'hebdomadaire Respekt n'est pas plus tendre avec la première dame du cinéma national qu'elle-même avec le spectateur. « L'univers des 'Moments plaisants sans garantie' est loin d'être plaisant », écrit-il, en constatant que « la perception nihiliste des relations humaines présentée par Vera Chytilova dans sa tragicomédie est presque inacceptable ».

Toujours selon la presse, après avoir expérimenté, en 2001, dans le long-métrage «L'expulsion du paradis » et après avoir réalisé des documentaires remarquables, Chytilova se tourne à nouveau vers un cinéma « grand public ». Nous pourrions ajouter : sans pour autant renoncer à son humour acerbe, à ce regard ironique porté sur l'être humain qui traverse son oeuvre dès les années 60. Si provoquer, déranger, interpeller, fut la devise de la réalisatrice, avec les « Moments plaisants sans garantie », elle ne l'a pas trahie. Du moins d'après les premières réactions...

Retour sur le film dans un des prochains numéros de Culture sans frontières.