La polka, une Polonaise certes, mais tchèque

Photo: Archives de Radio Prague

Il y a un peu plus de deux siècles de cela, le 11 juin 1805, naissait Anna Chadimová, de son nom de jeune fille, une modeste servante de Bohême qui lança une danse désormais connue et jouée dans le monde entier : la polka. Si certains historiens, essentiellement en Pologne cependant, émettent encore quelques doutes sur son origine, tout laisse pourtant à penser que cette danse à l'allure vive et très rythmée est bel et bien apparue pour la première fois en Bohême. Voici donc, résumées dans leurs grandes lignes, l'histoire et l'évolution de la polka...

Très appréciée de nos mères et grand-mères, la polka reste pourtant, aujourd'hui encore, une danse actuelle, festive, gaie, entraînante, au rythme plein de tempérament et de bonne humeur. Quoi de mieux d'ailleurs qu'un air de polka pour relancer, après minuit, un bal, une soirée dont l'ambiance est en train de tomber ? Devenue symbole, au XIXe siècle, du Réveil ou Renouveau national tchèque, la polka, même si on la joue désormais sans doute un peu moins qu'auparavant dans les bals populaires ou autres soirées de mariage en France ou en Belgique, garde son statut de danse nationale en République tchèque et... en Pologne. Pour s'en rendre compte, il suffit de se rendre aux heures de cours collectifs de danse administrés aux jeunes Tchèques un peu partout dans le pays. Là, avant de faire l'étalage de leurs talents au cours de bals grandioses, des milliers d'adolescents, plus ou moins contraints par des parents soucieux de respecter la tradition, répètent pendant des heures les petits sauts et pas chassés qui caractérisent la polka.

La polka est donc une danse tchèque apparue dans les années 30 du XIXe siècle. Si certains Polonais affirment, de leur côté, que la polka est une danse bien de chez eux, c'est notamment parce que le mot « Polka », en tchèque comme en polonais, signifie également « Polonaise » et désigne une femme polonaise. Toutefois, et ce selon la théorie la plus répandue sur l'origine du nom, si cette danse a été appelée polka, c'est parce qu'il s'agit d'un honneur fait au voisin polonais, en l'occurrence de l'admiration et de l'enthousiasme avoués des Tchèques pour la rébellion, l'insurrection des Polonais contre la répression exercée par les troupes tsaristes. Pour les Tchèques, alors sous domination des Habsbourg, cette résistance polonaise, même si elle se solda par l'échec de la révolution et la capitulation de Varsovie en 1831, avait, on peut le supposer, certainement valeur d'exemple.

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En revanche, des doutes plus prononcés sont émis sur la naissance de la danse. Plusieurs sources en attribuent les mérites à la servante Anna Chadimová. Celle-ci aurait effectué quelques pas de danse inhabituels et personnels sur l'air d'une chanson populaire de l'époque intitulée « Strýček Nimra koupil šimla » - « Oncle Nimra a acheté un cheval blanc ». Les personnes qui regardaient Anna apprécièrent sa façon de bouger et se mirent à l'imiter. Ainsi vit le jour la polka...

Au début, cette danse était donc appelée « nimra », en référence au nom de l'oncle dans la chanson populaire. Ce n'est qu'en 1835, lorsqu'elle arrive à Prague, que son nom évolua. On parle d'abord de « půlka », mot tchèque qui signifie « moitié » ou « demi », en référence au pas chassé servant de base à la danse à deux temps sur une demi-mesure, puis, finalement, de polka.

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Tout d'abord dansée par les gens du peuple, de service et des fermes, la polka devient vite populaire et très à la mode, répandue au sein des classes sociales plus élevées par les étudiants, mais aussi à l'étranger. Enseignée à Paris en 1840, puis en Allemagne et en Russie, la polka est présentée, en 1845, à Londres, à la reine d'Angleterre Victoria, avant que les émigrés d'Europe centrale ne l'importent en Amérique du Nord et du Sud et en fassent, peu à peu, une danse internationale comme en témoignent les compositions de Bedřich Smetana et Antonín Dvořák, et surtout la plus connue des polkas, la chanson composée entre 1927 et 1929 par le tchèque Jaromír Vejvoda, la fameuse « Škoda lásky » - « Beer Barrel Polka » en anglais - devenue l’hymne officieux de toutes les armées ayant combattu lors de la Deuxième Guerre mondiale.

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C'est donc sur cet air enjoué que prend fin ce « Tchèque du bout de la langue » consacré à la polka. En attendant de vous retrouver très prochainement pour d’autres découvertes ou redécouvertes relatives à la langue tchèque, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši !, dansez la polka si vous en avez l'occasion, salut et à bientôt - zatím ahoj !