La République tchèque à l’heure de la crise : la presse s’interroge sur ses différentes facettes

Foto: Archiv ČRo 7

Les pages économiques des journaux examinent les différents aspects de la crise économique qui se manifestent actuellement en Tchéquie, comme la disparité croissante entre la hausse des prix et celle des salaires ou la pratique de plus en plus répandue du travail au noir. Le manque de travailleurs formés aux métiers et professions techniques qui se fait ressentir de façon de plus en plus prononcée est un des autres thèmes que nous avons retenus dans la presse.

Photo illustrative: Štěpánka Budková
La crise économique semble avoir finalement pleinement touché, aussi, la République tchèque. C’est ce que constate une des dernières éditions du quotidien Lidové noviny, dont l’éditorial indique que « pour la première fois depuis 1999, le niveau de vie des Tchèques a baissé ». Il explique :

« Les salaires des employés dans le secteur public augmentent, il est vrai, mais plus lentement que les prix, leur hausse de 2,3% étant inférieure à celle des prix qui représente 3,4%. Ce sont notamment les prix des produits alimentaires, des énergies, des loyers et des carburants qui augmentent ».

Selon les données de l’Office des statistiques, le salaire moyen brut en République tchèque se situe actuellement autour de 24 640 couronnes (l’équivalent de près de 1 000 euros). A titre d’illustration, le journal indique qu’un tel salaire peut couvrir, par exemple, l’achat de 646 litres d’essence ou encore de 380 kilogrammes de poulet. Il fait également remarquer que, désormais, ce n’est plus seulement le secteur public qui est touché par la baisse des salaires réels, mais que celle-ci affecte, aussi, le secteur privé. En ce qui concerne les prochaines perspectives, il signale :

« S’agissant de l’évolution des prix durant les mois à venir, les perspectives ne sont pas favorables. Compte tenu de la sécheresse et d’une mauvaise récolte, on peut s’attendre d’ici peu à une importante hausse du prix des produits boulangers et de la viande ».

Au sujet des salaires, le journal fait également remarquer qu’il existe toujours d’importantes disparités entre les différentes régions, le salaire moyen à Prague de près de 31 700 couronnes étant de 7 000 couronnes supérieur à la moyenne nationale. Ce ne sont, semble-t-il, que les employés des institutions financières et des sociétés pharmaceutiques qui ont maintenant une chance de voir augmenter considérablement leurs salaires.


Photo: Martin Karlík,  ČRo
Un article publié dans l’édition de ce jeudi du quotidien Mladá Fronta Dnes avertit que la République tchèque risque d’être confrontée très prochainement à de graves problèmes, en raison d’un manque cruel de personnes formées aux métiers et aux professions techniques. Il cite les paroles de Jaroslav Hanák, président de l’Union de l’Industrie et des Transports qui dit :

« Depuis toujours, l’industrie a été, et le sera même à l’avenir, la base de l’économie tchèque. Au cours des cinq ou des dix prochaines années, on verra partir la dernière génération d’apprentis, de techniciens formés aux niveaux secondaire et universitaire, sur laquelle reposait l’industrie tchèque. Il n’y a pratiquement personne pour les remplacer ».

Le journal constate que chaque année, les écoles lâchent sur le marché des milliers de jeunes avec une formation aux humanités ou à l’économie qui ont du mal à s’y imposer. Comparé aux années 1990, les centres d’apprentissages et les écoles professionnelles reçoivent aujourd’hui près d’un tiers d’adeptes de moins. Fraiseur, soudeur, outilleur, voilà les professions qui manquent le plus. L’auteur de l’article écrit :

« L’Etat s’emploie à mettre sur pied une stratégie qui serait à même d’attirer les jeunes vers les métiers techniques et d’améliorer les conditions de la formation technique en Tchéquie. Une coopération plus étroite entre les entreprises et les écoles professionnelles se présente comme une des principales voies permettant d’y arriver ».


Un autre article publié dans le journal Mladá fronta Dnes se réfère à un sondage effectué récemment par la société LMC qui révèle que la majorité écrasante des Tchèques sont prêts, en cas de besoin, à accepter un travail au noir en dépit des sanctions qu’ils risquent. Il explique :

« Il y a beaucoup de gens qui travaillent dans le pays au noir et il ne s’agit pas seulement de ressortissants étrangers ou de travailleurs sans qualification. A cause de la crise économique, on trouve parmi eux même des gens avec une formation universitaire. Les statistiques font naturellement défaut, le nombre de travailleurs clandestins dans le pays est toutefois évalué à des dizaines de milliers ».

Le travail au noir est pratiqué le plus souvent dans les secteurs du bâtiment, du commerce de détail, de la gastronomie et des services d’hébergement. En dépit du fait que la sanction pour ce travail puisse s’élever jusqu’à concurrence de 100 000 couronnes (l’équivalent de 4 000 euros), celui-ci n’a de cesse de se répandre. Le journal explique :

« La volonté des gens de courir de tels risques est en quelque sorte une réaction à la situation qui existe sur le marché du travail qui n’offre que très peu de possibilités de travailler à mi-temps où à temps partiel. Tandis que dans nombre de pays européens la part de telles heures de travail représente près d’un quart de leur totalité ou plus, en Tchéquie il ne représente que quelque 5%. »

Augmenter le nombre d’inspecteurs et réaliser cette année 200 000 contrôles. Voilà une des façons par lesquelles le ministère du Travail et des Affaires sociale envisage de combattre ce fléau.


« Près de 6 000 étudiants tchèques se rendent chaque année à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus », peut-on lire dans l’édition de mardi du quotidien Lidové noviny. Leur nombre pourra encore s’élever à l’avenir dès que la Commission européenne aura augmenté, dès 2014, les investissements dans ce programme. Le journal donne à ce sujet quelques précisions :

« L’Allemagne, la France et l’Espagne sont les destinations les plus fréquentes des étudiants tchèques. Ceci dit, c’est la Grande-Bretagne qui est la plus prisée par les jeunes Tchèques, la demande dépassant largement l’offre. Depuis un certain temps, un intérêt croissant se manifeste pour la Scandinavie ».

C’est en 1998 que la Tchéquie s’est jointe au programme Erasmus qui a été lancé vers la fin des années 1980. A ce jour, près de 50 000 étudiants locaux en ont profité, dont en premier lieu de futurs juristes et médecins. En conclusion, l’auteur de l’article constate :

« Au début, le critère le plus important pour les étudiants tchèques était le pays où ils devaient se rendre. Aujourd’hui, c’est plus la qualité de l’université étrangère concernée et l’offre de cours proposés qui comptent... A noter aussi que la Tchéquie est l’un des sept pays européens qui disposent d’une base de données contenant les rapports finaux des étudiants qui sont mis sur internet et qui permettent une meilleure orientation aux futurs candidats. »


Dans la presse de ces derniers jours, nous avons également retenu un thème de société traité dans le supplément de Lidové noviny, Orientace. L’auteur de l’article intitulé « Le cycliste prédateur » fait remarquer que les piétons deviennent en Tchéquie une espèce menacée, car « jamais encore dans l’histoire ils n’ont été confrontés à de telles difficultés qu’aujourd’hui ». L’auteur de l’article écrit :

« L’espace vital pour les piétons se rétrécit de façon inquiétante à cause des cyclistes. Ceux-ci s’emparent non seulement des trottoirs et des parcs dans les villes, mais aussi de la nature, des forêts et des surfaces vertes, pénétrant même dans les espaces qui leur sont interdits ».

Il s’agit d’un phénomène nouveau, car pendant de longues années, ce sont les cyclistes eux-mêmes qui représentaient un groupe fragile qui avait du mal à s’imposer face aux automobilistes. Avec le boom cycliste dont la Tchéquie est actuellement le témoin, la situation a changé, défavorisant les piétons qui dénoncent le comportement souvent arrogant de leurs concurrents cyclistes.

« Concilier les intérêts des cyclistes et des piétons sera difficile », constate le journal qui cite quelques villes européennes, dont en premier Vienne et Amsterdam, qui y sont pourtant arrivées.