La Tchéquie assise sur des réserves d’or plus importantes que supposé, mais inexploitées
Depuis la fermeture de la dernière mine il y a un peu plus de trente ans, l’exploitation aurifère a été abandonnée en Tchéquie. Toutefois, les résultats d’une nouvelle étude géologique, qui a permis d’établir l’existence de réserves d’or plus importantes que ce qui était jusqu’alors supposé, pourraient, à terme, relancer la question d’une reprise de l’activité.
Selon les résultats publiés en fin de semaine dernière par DIAMO, société publique spécialisée, entre autres, dans les prospections géologiques, le gisement situé dans les environs de Zlaté Hory, dans le nord-est du pays à proximité de la frontière avec la Pologne, recèle près de 11 tonnes d’or. Soit un volume cinq fois plus important que ce qu’avaient laissé penser les précédents forages effectués sur le site.
La valeur de ce gisement, de l’ordre de quelque 350 000 onces, s’élève à près de 30 milliards de couronnes (1,3 milliard d’euros), mais seule une partie pourrait en être exploitée en raison du coût des opérations d’extraction et de leur rentabilité.
Au total, selon les données du Service géologique tchèque (ČGS), ce sont plus de 77 tonnes de réserves d’or économiquement exploitables qui se trouvent sous terre dans le pays. Quinze gisements ont jusqu’à présent été recensés sur le territoire, qui représentent 0,15 % des quelque 59 000 tonnes de réserves mondiales connues.
Toutefois, comme le précise Ladislav Pašek, directeur-adjoint de DIAMO chargé des matières premières et du développement, l’or n’est pas le seul métal stratégique potentiellement exploitable à Zlaté Hory :
« Le gisement est polymétallique, ce qui signifie que plusieurs métaux s’y trouvent. L’or est certes le plus connu d’entre eux, mais du cuivre y était autrefois également extrait. Aujourd’hui, c’est un métal stratégique dans l’Union européenne et 5 600 tonnes se trouvent encore à Zlaté Hory. Mais il y aussi du zinc (25 000 tonnes), du plomb (1 600 tonnes) et de l’argent (8,63 tonnes). »
Aussi intéressants soient-ils - tout en restant encore très probablement inférieurs aux réserves réelles se trouvant dans l’ancienne mine de Zlaté Hory -, les résultats de l’étude, réalisée sur demande du gouvernement tchèque, ne signifient pas pour autant que l’exploitation de ces différents métaux, aussi précieux et stratégiques soient-ils eux aussi, sera relancée prochainement.
Avant que le gouvernement ne se prononce sur la possible suite à donner à ces nouvelles prospections géologiques, c’est d’abord au ministère de l’Environnement qu’il appartiendra d’évaluer les conséquences qu’une éventuelle reprise de l’activité pourrait avoir.
De même, les dirigeants de DIAMO prévoient de débattre de la question avec la population de Zlaté Hory où, pour l’heure, comme le confirment les propos du maire de la commune, Milan Rác, une majorité des quelques 3 700 habitants, qui perçoivent l’exploitation aurifère d’abord comme une source de nuisances et de pollution, est opposée à l’idée :
« Nous concernant, nous n’avons encore reçu aucun rapport relatif aux conséquences sur l’environnement. Nous avons déjà débattu des avantages potentiels qu’une telle reprise pourrait avoir pour le développement de la commune, mais jusqu’à présent, nos discussions ont toujours abouti à la même conclusion, à savoir qu’il n’y aurait aucun impact favorable. C’est pourquoi, personnellement, j’ai voté contre. »
Ce projet de relancer l’exploitation minière à Zlaté Hory avait été abandonné à titre temporaire par le ministère de l’Industrie et du Commerce en 2016, à une époque où les cours de l’or ne rendaient pas l’activité rentable. Mais depuis, la donne économique a évolué. Le prix du métal a considérablement augmenté, grimpant même en flèche ces derniers mois en raison de la montée des tensions géopolitiques dans le monde ou de l’incertitude entourant la politique monétaire américaine. À la mi-octobre, son cours a ainsi atteint un niveau historique en dépassant pour la première fois la barre des 4 300 dollars l’once (31,1 grammes).
Plus généralement, le gouvernement tchèque a commandé une étude sur les gisements de métaux à plusieurs endroits du pays. L’objectif étant de déterminer les réserves propres et l’autosuffisance du pays. Les ruptures d’approvisionnement, par exemple en provenance de la Chine, ont contraint la majorité des pays européens à réexaminer leurs gisements, comme l’explique encore Ladislav Pašek :
« Cet inventaire est important surtout pour que l’État, en tant que propriétaire de ces métaux précieux, et pas seulement de ceux-ci d’ailleurs mais aussi de tous les autres métaux courants, ait une idée concrète des quantités dont il dispose sur son territoire. Maintenant que cela est fait, on peut ouvrir le débat entre experts et avec le grand public sur l’intérêt d’une reprise de l’activité minière et sa faisabilité. »
L’or a été extrait en Tchéquie jusqu’en 1994, année où l’exploitation du minerai polymétallique composé de divers éléments, dont l’or, donc, a été abandonnée à Zlaté Hory. Considéré comme l’une des cinq matières premières « superstratégiques » par l’État depuis 2019 (avec le lithium, l’uranium, le rubidium et le césium), l’or a cessé d’être exploité en Tchéquie essentiellement dans un souci environnemental, mais aussi suite à l’interdiction, unique en son genre dans le contexte intrernational, de la cyanuration - une méthode chimique utilisée pour séparer l’or du minerai en le dissolvant dans une solution de cyanure alcaline - dans l’industrie minière.
En cas de reprise de l’activité, qui sera précédée d’une étude de faisabilité dont les résultats sont attendus pour le printemps 2026, c’est cette fois la méthode dite de flottation qui serait préférée, un procédé de sélection des minéraux utilisé en minéralurgie mais aussi, par exemple, dans le traitement des eaux usées.






