Un trésor découvert par des randonneurs en Bohême de l’Est

Découverte exceptionnelle d'un dépôt d'or

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de tomber sur un trésor, un vrai. C’est pourtant ce qui est arrivé en février à deux touristes qui randonnaient au pied de la colline de Zvičina, près de Trutnov (Bohême de l’Est). Ils ont confié aux archéologues leur découverte, d’une valeur de huit millions de couronnes en or.

Près de 600 pièces d’or divisées en 11 petits paquets cylindriques emballés dans du tissu, des bijoux, plusieurs tabatières recouvertes de dorure, quelques autres objets comme un peigne ou une poudrière : voilà ce qui était contenu dans deux boîtes de sept kilos dissimulées dans un monticule artificiel en pierre édifié au bord d’un champ recouvert par la végétation depuis des dizaines d’années.

Découverte exceptionnelle d'un dépôt d'or | Photo: Musée de Bohême de l’Est de Hradec Králové

Pour Miroslav Novák, le directeur du département d’archéologie du Musée de Bohême de l’Est qui a recueilli le trésor, la façon dont celui-ci s’est retrouvé caché à cet endroit reste pour l’heure un mystère, mais plusieurs hypothèses semblent probables. La région où le trésor a été retrouvé, point de contact entre les territoires anciennement germanophones et tchécophones, peut en effet ouvrir des pistes :

« Les pièces permettent de dater la découverte à 1921 au plus loin. La liste des périodes de crise possibles qui ont mené quelqu’un à cacher ce trésor est donc assez claire. Le début de la Seconde Guerre mondiale, où la population tchèque a été déplacée, puis le déplacement de la population juive et les déportations et, après la guerre, l’expulsion de la population allemande. Mais il y a aussi d’autres possibilités : il y a la réforme monétaire des années 1950 qui est un autre moment qui pourrait expliquer l’origine de cette découverte. »

Vojtěch Brádle | Photo: Musée de Bohême de l’Est de Hradec Králové

Une chose est claire toutefois : le propriétaire de ces biens précieux n’est jamais revenu les récupérer. Les archéologues du musée veulent tenter de découvrir pourquoi. Pour ce faire, ils vont tenter d’éplucher les archives des époques potentielles auxquelles le trésor a pu être enterré. Car c’est bien avec l’idée de mettre de côté de l’or, de le cacher, que les deux boîtes ont ainsi été dissimulées avec précaution, comme le souligne Vojtěch Brádle, numismate au Musée de Bohême de l’Est qui souligne que l’ensemble des pièces d’or pèse 3,75 kg.

« La question n'est pas de savoir si telle pièce vaut cinq, dix ou cent couronnes, l’important c’est le fait qu’elles soient faites en métal précieux qui a la même signification qu’un bijou. Si vous avez un morceau de métal précieux, vous le cachez. Il ne s’agit pas d’acheter telle ou telle chose avec cette pièce, ce n’est pas du tout le but. La pièce est volontairement cachée tout simplement parce qu’il s’agit d’un morceau d’or. »

Découverte exceptionnelle d'un dépôt d'or | Photo: Musée de Bohême de l’Est de Hradec Králové

Pas de monnaie tchécoslovaque ou allemande dans ce trésor, mais par contre un certain nombre de pièces françaises, turques, belges, austro-hongroises, mais aussi originaires de Roumanie, d’Italie ou de Russie, toutes datées entre 1808 et 1915. De petites marques spéciales montrent, selon le département de numismatique, que les pièces austro-hongroises n’étaient pas destinées aux pays tchèques, mais peut-être à la Serbie ou à la Bosnie-Herzégovine.

« Peu après 1921, elles ont dû être frappées à nouveau dans un hôtel de la monnaie local, d’où les petite marques présentes sur ces pièces, et ce n’est que plus tard, dans des circonstances inconnues, qu’elles ont quitté les Balkans pour arriver chez nous. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’en 1921, une partie au moins de ces pièces ne pouvait pas se trouver sur notre territoire. Elles devaient encore se trouver dans le sud de l’Europe à l’époque. »

Découverte exceptionnelle d'un dépôt d'or | Photo: Musée de Bohême de l’Est de Hradec Králové

C’est cette certitude qui a permis aux experts de dater le trésor d’un siècle au maximum. Quant à sa valeur, elle est évaluée à 8 millions de couronnes, mais sa valeur historique, elle, est inestimable, soulignent les équipes du musée, d’ordinaire plus habituées à traiter des dépôts bien plus anciens, souvent remontant jusqu’à la préhistoire.

Les découvreurs, eux, outre la satisfaction d’avoir réalisé quelque chose d’exceptionnel en mettant au jour ce trésor, pourraient à terme, se voir remerciés : il est d’usage qu’une récompense, prévue en vertu de la loi sur la protection des monuments nationaux, soit accordée aux personnes qui font de telles découvertes. Elle est généralement calculée sur la base de la valeur historique ou celle du métal précieux et doit être déterminée par une expertise professionnelle.

Auteurs: Anna Kubišta , Tomáš Lörincz
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