La tempête économique

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A l'heure actuelle, la neige qui recouvrait il y encore 15 jours la République tchèque, a totalement fondu. Un déluge qui est reparti aussi vite qu'il est arrivé. Mais la violente tempête hivernale a touché de nombreux acteurs économiques, à commencer par les industriels de l'exploitation forestière. Après une interruption de l'activité, celle-ci devrait reprendre courant février.

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Lesy CR, l'entreprise publique qui détient la moitié des réserves de bois du pays, annonçait, le 29 janvier dernier, avoir conclu un accord avec le ministère de l'Agriculture lui permettant de faire un appel d'offres pour le sauvetage des arbres tombés.

Le retour de l'activité d'exploitation doit s'opérer en ce début février, après que l'état d'urgence ait été déclaré dans plusieurs localités de République tchèque, parmi lesquelles Plzen, Karlovy Vary, la Moravie du sud et le nord de la Bohême. Jusqu'à présent, les employés du secteur forestier ont un accès limité aux forêts et l'activité est en cessation provisoire, avant que les contrats pour 2007 soit relancés.

Même si le sauvetage des arbres est un succès, les conséquences économiques n'en sont pas moins néfastes. Pour qu'ils possèdent une forte valeur marchande, les six premiers mètres du tronc doivent être intacts. Il n'est pas encore possibe de déterminer si le prix du bois de charpente va augmenter à long terme, mais le prix d'un mètre de bois, qui est de 500 Kc, a déjà augmenté par rapport à décembre.

Les tempêtes des 19 et 20 janvier dernier, avec des vents à 200 km/h dans les montagnes, a endommagé 6 millions et demi d'arbres, soit les deux tiers des réserves escomptées de bois de charpente. Les forêts et les parcs nationaux de République tchèque ont été dévastés, avec des spectacles désolants d'arbres déracinés, brisés à hauteur de moitié ou couchés sur le sol.

Ce doux mélange de neige et de vent a créé les pires conditions possibles pour les forêts tchèques. L'arrivée d'un temps chaud pour la saison, juste après, n'a rien arrangé. La chaleur permet aux mites d'écorces d'attaquer plus facilement les arbres. Une fois que les mites y pondent leurs oeufs, l'arbre n'a plus grande valeur.

Le gouvernement estime que plus de 10 millions de mètres cube de bois ont été endommagés par les vents violents. Des dommages qui pourraient coûter à Lesy CR près de 1 milliard et demi de couronnes.

Lesy CR a procédé cet automne à des ventes aux enchères, signant des contrats d'un an sur sa propre zone d'exploitation. Pour l'Association du Commerce Forestier, qui représente une vingtaine d'entreprises privées, ces ventes aux enchères sont opaques et illégales. L'Association a déposé une plainte auprès de l'ÚOHS, le Bureau Anti-Monopole, dont l'enquête est actuellement en cours. Et Roman Bajzan, président de l'Association, de rappeler que, l'année dernière, lors de la signature des contrats avec la compagnie forestière publique, les entreprises privés d'exploitation avaient dû licencier 4 000 personnes.

Pour ajouter aux difficultés, l'activité a dû être suspendu depuis le début de l'année à cause des retards de Lesy CR à signer les contrats d'exploitation avec les sociétés privées. Mais si le secteur forestier a été le premier touché par la tempête de janvier, c'est l'ensemble du monde économique qui a été atteint.

Pour les professionnels du transport, camionneurs ou compagnies de bus, le manque à gagner pourrait s'élever à plusieurs millions de couronnes. La livraison et le transport des biens n'a cependant pas été touché outre mesure, et les grands magasins n'ont pas connu de problèmes d'approvisionnement dans le pays. Mais pour l'entreprise Toyota-Peugeot-Citroën de Kolin, le dégagement quotidien de la neige pour l'accès aux usines a coûté presque 100 000 couronnes par jour !

D'autres entreprises ont même dû cesser leur activité pendant un ou deux jours, les vents particulièrement forts des 19 et 20 janvier ayant parfois endommagé des unités de production, comme celles des usines Skoda en Bohême du Nord. La compagnie nationale d'électricité, CEZ, a quant à elle, été touchée de plein fouet par la violence des éléments naturels. Avec à la clé des dommages à hauteur de 100 millions de couronnes, soit 3 millions et demi d'euros. Ce sont en tout plus d'un million de consommateurs, particuliers et entreprises, qui ont subi des coupures d'electricité.

L'aéroport de Prague, Ruzyne, enfin, a été obligé de fermer ses lignes pendant plus d'une journée, le 24 janvier, l'interruption la plus longue de son histoire. Les images surréalistes des pistes enneigées et des avions semblant s'enliser n'a pas pu effacer la controverse autour de cette fermeture ponctuelle. Car là aussi, les manques à gagner sont importants. 450 vols annulés et une perte de revenus de 30 millions de couronnes pour CSA.

Pour ce qui est des particuliers enfin, ce sont les toitures endommagées qui reviennent le plus souvent dans les réclamations aux assurances, soit environ 50 000 demandes satisfaites. Le gouvernement a prévu une aide financière et certaines banques proposent des prêts spécialement avantageux.