La vie d'un vendeur de Novy prostor

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Novy prostor ( Nouvel espace en français) est un journal de rue, vendu depuis 1999, dans toutes les principales villes de République tchèque, par les sans-abri et d'autres personnes en difficultés. Inspiré du même format suisse, du journal Objectif Réussir, Novy prostor est distribué par une société éponyme à but non-lucratif qui met ainsi à la disposition des SDF un outil pour s'en sortir. Rien qu'à Prague, ils sont actuellement près de 120 « vendeurs ». Nous avons rencontré l'un d'entre eux, Pavel, qui a son point de vente tout près de la Radio tchèque, rue Vinohradska.

« J'ai commencé à vendre Novy prostor un peu par hasard, lorsque je suis sorti de l'hôpital et me suis retrouvé sans moyens. En convalescence, je n'ai pas pu reprendre mon travail d'avant et je ne savais pas de quoi vivre avant que je ne trouve un autre boulot stable. La vente de ce journal était pour moi la seule possibilité de m'en sortir. Je savais que Novy prostor existait. J'étais même habitué à l'acheter lorsque je menais une vie normale ! Mais il ne m'est jamais venu à l'esprit qu'un jour, je le distribuerai, moi aussi (rires)! »

Optimiste et souriant à tout moment de la journée et même dans la situation précaire qui est la sienne, Pavel, une quarantaine d'années, ne correspond pas à l'image que l'on se fait habituellement d'un sans-abri : on a du mal à comprendre comment la vie de cet homme cultivé au physique avenant, habillé d'une chemise blanche, a pu prendre une tournure aussi dramatique. « Vous savez, c'est plus simple qu'on ne le croit », constate-t-il. Ouvrier, puis employé d'une entreprise qui fait faillite, Pavel décide de quitter sa Moravie natale pour Prague, qui lui semble offrir un éventail de possibilités d'emploi. Divorcé et père de trois filles dont il continue à s'occuper, il veut aussi, tout simplement, changer d'air. Tout va bien, jusqu'au moment où une angine mal soignée le cloue sur un lit d'hôpital et fait de lui un chômeur.

Voilà huit semaines que Pavel expérimente au quotidien la vie d'un vendeur de Novy prostor. Un numéro du mensuel est vendu 30 couronnes, soit un euro. Le vendeur gagne la moitié de la somme. Avec un « salaire » quotidien de quelque 13 euros en moyenne, il arrive à payer l'essentiel, y compris son logement dans un camping près de Prague et acheter, tous les jours, au bureau de l'association, les numéros qu'il vendra le lendemain.

« Les réaction des gens sont diverses. Le journal est acheté surtout par les jeunes, les étudiants, mais aussi les personnes âgées, donc les gens qui vivent, eux-mêmes, assez modestement. Et puis, les 'cols blanc' et des dames chics vous regardent avec un mépris total. Ce n'est pas un cliché, c'est vraiment comme ça que les choses se passent. Il y en a même qui me traitent de 'faignant'. S'ils savaient à quel point j'ai envie de travailler physiquement ! Essayez de rester debout, au même endroit, pendant 10, 12 heures... »

Heureusement, pour Pavel, il ne s'agit que d'une expérience temporaire : dans quinze jours, il commence à travailler comme chauffeur. Quand je lui demande de formuler, en deux mots, la leçon tirée de ces huit semaines passées « dans la rue », il répète cette vérité dérangeante :

« Beaucoup de gens sont persuadés que cela ne pourrait jamais leur arriver. Mais ça se peut. Et cela se passe souvent très vite, du jour au lendemain. Ce n'est qu'après, en étant dedans, qu'on s'aperçoit à quel point c'était rapide et simple. »